‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 67 sur 95 · Montégut, Revue ries Deux-Mondes, 14 août · texte numérisé non relu

Montégut, Revue ries Deux-Mondes, 14 août

A i/oCCASiON DE SON ARlUVÉÈ 1 71^

« ceux qui parlent au nom du Christ peuvent dire à ce « flot montant et menaçant de la démocratie : Tu vien- « dras jusque là et tu briseras ta colère sur le seuil du « riche !

« C'est pourquoi j'oserai recommander ;i tous ceux (( qui aiment leur pays de s'élever au-dessus des préju- « gés vulg-aires, et de ne point traiter en ennemi un « clergé sorti des entrailles du peuple et le moins inféodé « au passé qui fût jamais. Aux Lorrains, en particulier, « j'adresserai ces paroles que M. Guizot écrivait, en « 18S7, aux Belges agités et fatigués de leur bonheur ; '< Vous avez cette bonne fortune que l'élément religieux, « chrétien, catholique, a marché avec vous à la première i< conquête de la liberté : vous avez encore plus besoin « de son concours pour l'aU'ermir et la conserver. Il vous « en coûtera souvent des déplaisirs à surmonter, des « ménagements à garder, des sacrifices à faire : n'hési- I' tez pas, ne perdez pas de gaieté de cœur l'heureuse « chance que vous avez olîtenue ; l'alliance chrétienne " est pour vous la condition du bon et durable succès <' libéral. »

Ce qui nf)us semblait vrai il y a vingt ans, nous le paraît plus encore aujourd'hui que tant de mauvais principes ont produit leurs conséquences. Nous souffrons de l'anarchie intellectuelle, qui devient notre état chronique, de la corruption croissante des mœurs, de l'alfaissement des volontés, du découragement (jui suit chez les uns les grandes espérances trompées et de l'exaltation que produit chez les autres le mensonge des promesses chimériques. Nous vous le disons avec une con-

viction profonde, N. T. C. F., lîientôt la nécessité sociale du christianisme s'imposera comme l'évidence mémo à tous les hommes de bonne foi, à tous ceux qui sauront se dégager du parti pris et ne fermeront point obstinément les yeux. La civilisation du siècle qui va commencer sera chrétienne ou elle ne sera plus. Nous ne pouvons croire au triomphe de la barbarie et nous saluons avec confiance l'aurore d'une grande renaissance religieuse dont les signes apparaissent déjà sur notre horizon.

Pour ce qui nous concerne, nous préparerons cet avenir dans la faible mesure de nos forces, en travaillant de notre mieux à affermir le règne de Jésus-Christ dans ce beau diocèse oîi, comme dans celui d'Angers, se trouve réuni tout ce qui peut soutenir la bonne volonté d'un évêque et seconder le succès de son ministère. Votre illusti'e Eglise, en effet, contemporaine des origines de la Gaule chrétienne, a gardé la foi de saint Saturnin avec une constance qui a triomphé des périls les plus redoutables sans se démentir jamais, ^'os pères, en repoussant l'hérésie arienne et en se donnant au roi franc qui la combattait, ont puissamment contribué à fonder l'unité française et à déterminer le cours de nos destinées nationales. Souvenir glorieux qu'il est particulièrement opportun de ra[)peler en ce moment, où, à la voix de l'éminent successeur de saint Remy, la France catholique afflue à Reims pour célébrer le centenaire du baptême de Clovis !

A l'occasion de son aruivée 17o

Une ville de notre cher pays de Lorraine, Toul, porte avec fierté dans ses armes trois mots qui résument son passé : Pia, Prisca, Fidelis. Notre métropole ne pourrait-elle pas revendiquer plus justement encore cette belle devise? Toulouse, elle aussi, cité antique, pieuse et fidèle, avec ses traditions romaines, son Capitole, son Université, son Parlement, avec sa parure de basiliques et de monastères, son peuple de saints, de savants et d artistes, règne sur toule rhisloire de la France méridionale. Aux re<j^ards du chrétien, elle apparaît à la fois comme un foyer rayonnant de vie religieuse et comme une forteresse armée en guerre pour le service de Dieu. Vous n'avez pas dégénéré de vos pères, N. T. C. F., et la capitale du Languedoc exerce toujours au loin une maitrise intellectuelle et morale dont le prestige n'a pas vieilli. Ce n'est pas chez vous que l'impiété pourrait acclimater ses négations désolantes et le désenchantement quelle répand sur toutes choses ; car elle répugne profondément à votre sens judicieux, à votre caractère épris d idéal et à toutes vos traditions. Vous avez gardé toute vive sur vos âmes l'empreinte de vos premiers apôtres et celle de saint Dominique ! ^'os œuvres d'enseignement et de charité, vos écoles libres, vos Facultés catholiques, vos pèlerinages, vos confréries, votre empressement vers les cérémonies du culte, le succès récent de la grande mission de Toulouse attestent la vivacité d'une foi que vous alliez sans difficulté avec l'intelligence de tous les progrès modernes. Puisse votre nouveau pasteur ne pas se montrer trop indigne de ceux qu'il va diriger, de tant de chrétiens d'élite qui

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honorent ce diocèse, de tant de religieux et de relit^ieuses qui Tédilient, de ce clergé pieux et distingué, dont les Caussette et les Lamothe-Tenet ont répandu la réputation dans toute la France, et de tous ces prédécesseurs illustres qui lui ont tracé la route du devoir ! Dieu nous fasse la grâce d'imiter, s'il le fallait, le courage des d'Astros et des Clerniont-Tonnerre, et de témoigner à tous nos diocésains la bonté paternelle du prélat auquel nous succédons immédiatement, de ce jDatriarche de Tépiscopat français qui vous a été enlevé plein de joints et de mérites, et que tous les catholiques français entouraient comme vous de leur vénération attendrie !

Si vous nous demandez comment nous entendons exercer notre ministère, nous vous répondrons en toute simplicité qu'il n'y a pas à nos yeux deux manières d'être évêque, et que la seule bonne consiste à agir suivant l'Esprit de Jésus-Christ et en union parfaite avec son Vicaire. Jésus-Christ voulait qu'on rendît à César ce qui appartient à César ; il reconnaissait les puissances établies, ménageait le roseau à demi rompu et la mèche encore fumante, défendait à ses disciples d'appeler le feu du ciel sur les villes coupables et répondait aux mauvais traitements par des bienfaits. Il aimait passionnément sa patrie. Ses préférences étaient pour les petits, les humbles, les déshérités de ce monde et les pécheurs dont il aimait à s'entourer, au risque de scandaliser les Pharisiens. Il traitait ses apôtres et collaborateurs en amis, ne voulant point que son autorité fût entourée de faste et ressemblât à celle des princes de ce monde. Tel sera notre idéal. Ministre d'une religion de charité et de

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persuasion qui s'adresse à tous, nous ne la prêcherons point avec aigreur ; nous ne chercherons point à l'imposer par la force, nous n'en ferons point la chose d'un parti, nous souvenant avec saint Paul que nous nous devons à tous.

Tout dévoué à notre cher pays, nous respecterons, comme nous l'avons toujours fait, les institutions qu'il s'est données, sans les rendre responsables des torts de ceux qui les exploitent contre nous, en leur demandant seulement de nous garantir la plus précieuse de toutes les libertés, celle qui protège toutes les autres : la pleine liberté de la conscience et du culte de l'immense majorité des Français. Nous venons à vous, N. T. G. F., pour vous aimer de tout notre cœur, vous servir de toutes nos forces et vous consacrer tout ce que Dieu voudra bien nous laisser de vie.

Qu'il daigne envoyer sa bénédiction sur nos travaux ! Que la Très Sainte Vierge nous prenne sous sa protection maternelle, comme nous venons de le lui demander à Lourdes ! Que les anges gardiens et tous les patrons du diocèse intercèdent pour nous ! Saint Louis, le plus jeune et le plus populaire de nos prédécesseurs, vous qui avez rendu le nom de l'Anjou cher et sacré à nos diocésains, obtenez à l'Evêque qui vient de votre pays d'origine quelque chose du zèle qui vous embrasait et des vertus qui ont illustré votre court et fécond épiscopat ! Nous vous implorons tous, ô saints Pontifes de Toulouse, qui, dans vos châsses glorieuses de Saint-Sernin, montez votre garde vigilante pour le diocèse que vous aimez toujours et qui avez entendu des prières si

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ardentes pendant la vacance du siège ! Sainte Germaine de Pibrac, rendez notre ministère efficace auprès de ce pauvre et excellent peuple des campagnes que nous devons aimer avec prédilection et dont vous êtes la protectrice ! A vous tous, N. T. G. F., nous disons, avec les mêmes instances et le même accent que saint Paul : « Je vous conjure, par Notre-Seigneur Jésus-Christ et par la charité de TEsprit-Saint, de m'aider dans vos prières auprès de Dieu, pour que je vienne à vous dans la joie de faire sa volonté et que nous nous consolions ensemble ^ . »

1. Obsecro ergo vos per Dotninum nostrum Jesuni Christum et per charitatem sancti Spiritus ut adjuvetis me in orationibus vestris pro me ad Deum... ut veniam ad vos in gaudio per voluntateni Dei et réfrigérer vobiscum [\d Rom., xv, 30, 32).

Discours cl intronisation à la cathédrale de Toulouse '.

Pax vohis !

La paix soit avec vous.

Mes bien Chers Frères,

Comment vous dire les sentiments que j'éprouve en ce moment, à cette heure si solennelle et si touchante de ma première entrevue avec vous ?

Votre empressement à venir saluer votre Archevêque et lui témoigner votre sympathie m'a profondément ému. Et comment pourrait-il en être autrement lorsque je me trouve en présence de cette assemblée immense qui renferme l'élite d'un des plus beaux diocèses de France, en présence d'un clergé distingué, accouru en si grand nombre de tous les points de la région ? La venue de ces Messieurs de l'administration, de la magistrature et de l'armée, qui ajoutent à l'éclat de cette fête ; la magnifique cérémonie qui vient de se dérouler sous les voûtes de cette belle cathédrale, peuplée de tant de souvenirs glorieux, qui a vu passer tant de générations, et qui renferme les tombes de mes vénérés prédécesseurs, me font comprendre les grands devoirs que je vais avoir à remplir et les responsabilités redoutables qui vont peser sur moi.

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