‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 68 sur 95 · D'après la Semaine catholique de Toulouse · texte numérisé non relu

D'après la Semaine catholique de Toulouse

180 ŒUVRES PASTORALES DU CARDINAL MATttlÉU

Toutes ces pensées me causent une émotion profonde, une de ces émotions qu'on ne sait comment exprimer, qui font jaillir les larmes des yeux et monter aux lèvres une prière du cœur, une prière où Ion met toute son âme : Deus, in adjiitorium meuni intende. 0 mon Dieu ! venez à mon secours, venez aider ma faiblesse qui sans vous succomberait. Mon Dieu, bénissez tous mes nouveaux enfants.

Pour vous, mes Frères, ma première parole sera celle que Jésus ressuscité adressait à ses apôtres et qu'après lui les apôtres répétaient aux premiers fidèles : Pax vohis. La jDaix soit avec vous. Qu'elle soit avec vous tous, la paix, ce bien suprême que Jésus-Christ est venu apporter au monde en le réconciliant avec son Père par la vertu de son sacrifice, en lui renouvelant la loi divine de la charité, en nous apprenant à nous vaincre nousmêmes, à nous réformer, en dirig'eant vers le ciel les aspirations de nos âmes que la terre ne saurait satisfaire.

Pax vohis. La paix soit avec vous, intelligences qui cherchez le vrai et qui flottez incertaines dans vos voies.

La paix soit avec vous tous qui cherchez à résoudre ce problème de la destinée humaine qui est notre tourment.

La paix soit avec vous qui errez de système en système et qui construisez des théories qui s'écroulent immédiatement.

D'où vous venez, où vous allez ? Quelle est la loi de la vie ?

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Nous vous apportons la réponse à cette question.

Croyez-nous, mes Frères, car nous venons de la part de Celui qui nous a créés, qui nous a revêtus de son autorité, et dont la doctrine est arrivée jusqu'à vous comme un flambeau brillant.

La paix soit avec vous, cœurs ardents, qui courez après les plaisirs et les honneurs, et qui brûlez de ce désir ardent du bonheur qui ne trouve pas à se satisfaire ici-bas.

Ah ! pourquoi êtes-vous tristes, inquiets ; pourquoi maudissez-vous la vie et maudissez-vous aussi la destinée ? — Parce que vous vous êtes mis en i^uerre contre Celui qui doit être votre élément et votre atmosphère. — De même que le poisson hors de son élément périt aussitôt, de même que l'oiseau, si joyeux lorsqu'il s'élance dans les plaines de l'air, languit et reste inanimé dès qu'il se trouve dans le vide, de même l'âme, hors de l'atmosphère divine, cesse bientôt de vivre.

Vous êtes créés pour Dieu, mes Frères, vous avez besoin de lui, quoi que vous en pensiez.

Il y a déjà longtemps que saint Augustin a exprimé cette vérité en paroles immortelles : (( Fecisii nos, ad te, Domine, et irrequietum est cor nostrum, donec requiescat in te. » Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, et notre cœur demeure tourmenté, plongé dans l'inquiétude, tant qu'il ne se repose pas en vous.

C'est l'expérience même que vous apporte saint Augustin, et ses paroles résument l'histoire de cet homme doué d'une nature sensible, ardente, impétueuse, qui, après avoir demandé le bonheur à tous les plaisirs.

est venu, désabusé et repentant, demander à la religion le secret de la vérité et du seul amour qui puisse remplir tous les cœurs.

La paix soit avec vous, familles, qui ne pouvez prospérer sans l'autorité incontestée du père, sans le dévouement absolu de la mère, sans l'amour fdial, sans ces vertus d'union et de sacrifices mutuels qui fleurissent à l'ombre de la croix sous l'influence de l'Eglise et de la sainte famille de Nazareth. A vous aussi, nous apportons la paix, car ceux qui sont revêtus du sacerdoce et les évéques qui en ont la plénitude travaillent au bonheur de toutes les familles en cherchant à y établir l'influence de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Fax vobis. La paix soit avec vous, déshérités de ce monde, vous qui portez le poids du travail, de la pauvreté, des peines secrètes qu'on dévore dans la solitude et de la douleur sous toutes ses formes. Ah ! mes Frères, comme votre Evêque voudrait vous faire du bien et vous répéter l'invitation que Jésus adressait à tous les malheureux : (( Venez à moi vous tous qui êtes chargés et qui souffrez, je vous soulagerai. «

Je voudrais que ma parole pénétrât partout où l'on travaille, partout où l'on souffre, dans les mansardes, dans les ateliers, dans les hôpitaux, et dans les lieux même où on a l'habitude de maudire et de blasphémer souvent par ignorance. Misereor super f.iirham. J'ai pitié de la foule. Voilà ce que disait notre bon Sauveur en voyant la foule affamée qui l'avait suivi au désert.

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Voilà les sentiments qui animent depuis dix-huit siècles les prêtres de Jésus-Christ quand ils entendent les plaintes des affamés du désert de la vie.

Misereor super tiirham. Ils l'ont dit aux grands de la terre, aux puissants de ce monde. Ceux que vous traitez avec dédain, ils sont vos égaux, et peut-être vos supérieurs devant Dieu qui vous jugera tous et vous demandera un compte sévère de la manière dont vous aurez agi envers vos frères.

Misereor super turham, ont dit les prêtres de Jésus- Christ, et ils sont partis pour aller au loin, jusque sur les rives musulmanes, briser les fers de l'esclave et délivrer les opprimés.

Misereor super turbam, ont dit les prêtres de Jésus- Christ, et, touchés par cette parole, saint Vincent de Paul a créé cette légion d'anges si multipliée de nos jours, qui ont trouvé tant d'émulés dont vous connaissez le dévouement ; le bienheureux de La Salle a ouvert pour les enfants des pauvres tant d'écoles où des Frères accomplissent tous les jours, avec le plus grand zèle, le plus grand dévouement et une abnégation absolue la tâche la plus ingrate, et qui souvent n'en sont payés que par l'ingratitude et par l'insulte.

Voyez donc ce que cette belle ville de Toulouse compte d'établissements charitables, qui sont la magnifique traduction de cette parole, et alors vous pourrez répondre victorieusement à ceux qui disent que nous ne faisons rien pour résoudre le grand problème social.

Ce problème s'impose, il serait puéril de le nier ; mais on ne le résoudra pas contre nous, on ne le résoudra

pas sans nous. Nous savons tous qu'on cherche à exploiter contre le clergé les revendications de ceux qui souffrent. Il faut bien que le clergé se défende et qu'à l'occasion, il dise ce qu'il pense. Il y a, c'est certain, sur la terre de grandes injustices à réparer, des misères à soulager; beaucoup portent des fardeaux excessifs. II faudrait que la société considérât que le progrès consiste d'abord à secourir les pauvres et ceux qui méritent d'être secourus. En est-il ainsi? Non, mes Frères, il y a des fortunes scandaleuses détenues par des hommes qui nous font assister à des spectacles démoralisateurs, et en présence de ces sommets opulents, il y a des abîmes d'infortune. II y aura toujours dans le monde, c'est certain, une part irréductible de misère. La misère, on peut la diminuer, mais on ne la supprimera jamais. Notre devoir est d'employer tous nos efforts à faire mettre en pratique et à faire respecter les commandements de Dieu. La haine, la spoliation et le vol resteront toujours des péchés pour tout le monde, et ce serait un crime d'entretenir des espérances qu'on ne pourrait jamais réaliser. Ne l'oublions pas, mes Frères, la question sociale, pour être résolue dans le sens du bien et dans la mesure du possible, ne peut l'être que par la main délicate de la charité. Mais avant tout, il y a une question morale à résoudre, c'est celle de la destinée humaine, et c'est nous qui en savons le dernier mot.

Pax Christi. Que la paix du Christ soit avec vous. Regardez donc la croix, vous qui cherchez la solution du grand problème. La voilà, la voilà suspendue à cette croix ! Le jour où les pauvres et les riches compren-

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dront l)ien la leçon que leur donnent ces bras étendus, cette tète couronnée d'épines, ces pieds et ces mains cloués, ce jour-lk, croyez-le, l'amour éteindra toutes les haines, et les rivalités, et les iniquités qui déshonorent notre siècle disparaîtront. Alors commencera cette ère nouvelle prédite par les prophètes, l'ère de la paix, de la charité, de la prospérité.

Malheureusement, nous n'en sommes pas encore là, mes Frères, mais c'est un devoir sacré pour nous tous de travailler pour arriver k ce g-rand résultat. Votre Evêque ne manquera pas de faire tout ce qui dépendra de lui. Il se livre à vous tout entier, et il s'efforcera de marcher sur les traces de son clerg-é dont le zèle ne connaît aucune fatig'ue, de ces fervents chrétiens qui soutiennent les œuvres catholiques avec tant d'abnégation, et de toutes ces religieuses dont le dévouement et le zèle sont au-dessus de tout éloge.

Oh ! mes Frères, puissent toutes ces espérances se réaliser, c'est le vœu que je forme. Je vous l'adresse à vous, mes Frères dans le sacerdoce, avec une estime et une tendresse profondes. Je connais votre foi, vos mérites et les difficultés contre lesquelles vous vous débattez ; j'ai passé par toutes vos situations, Messieurs, et je saurai compatir à toutes vos misères et à toutes vos peines. Ne doutez pas, je vous prie, du dévouement absolu de votre Archevêque ; il s'eiforcera pendant tout son épiscopat de mériter ce que vous voudrez bien lui témoigner de confiance et d'estime. Oh ! mes chers confrères, mes chers amis, un chef est fier de combattre avec des soldats comme vous. Eh bien, soutenons le bon

combat, combattons ensemble le combat de la justice contre l'iniquité, de la douceur contre la violence, le combat éternel du mal contre le bien.

L'archange saint Michel, sous les auspices duquel je suis heureux d'entrer dans mon diocèse, nous aidera dans notre tâche pour soutenir la lutte et pour ranimer notre courage. Marchant ainsi, nous arriverons sûrement à la victoire, et nous procurerons le triomphe de la sainte Eglise, notre mère à tous.

A ce vœu, à cette prière pour l'Église, nous ajouterons, n'est-il pas vrai, un vœu, une prière pour la fdle aînée de l'Église, cette fille qui est si chère à sa mère et qui parfois se montre si ingrate envers elle.

Oh ! mes Frères, comment me défendre d'une grande émotion patriotique en apercevant du haut de cette chaire tant d'officiers, chefs de cette armée que je salue comme le symbole vivant de l'honneur et de la bravoure, et qui garde avec les douleurs du passé, la sécurité du présent et les espérances de l'avenir.

Comment ne pas me souvenir de ce brave général en chef du 11*' corps d'armée, que je suis si heureux de retrouver ici.

Je suis né bien loin, là-bas, sur la frontière mutilée qui saigne encore de la blessure que la Lorraine porte au flanc depuis vingt-six ans. Oh ! mes Frères, comment ne ressentirais-je pas cette émotion dont tout le monde tressaille en France à la pensée de la terrible guerre ! Mais comment aussi ne pas concevoir des espé-

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rances bien légitimes à l'approche de la grande visite que notre patrie va recevoir bientôt. 0 cher pays, tu n'es donc plus cet infortuné autour duquel les malheurs avaient créé la solitude. 0 France ! tu n'es done plus ce pestiféré, ce lépreux que les pharisiens du pays de Luther insultaient avec tant d'arrogance. La France ! elle a repris sa place dans le concert des nations, et la voilà qui va recevoir la poignée de main de son allié. Ah ! ne vous semble-t-il pas qu'un grand souffle d'espérance va courir sur les opprimés et, que là-bas, les victimes de Gravelotte tressailleront au fond de leurs tombes ! Oh ! puissent ces espérances se réaliser et cette alliance devenir pour la France un présage de bonheur. 0 mon pays, que nous aimons encore plus à cause de tes malheurs, oh ! puisses-tu rajeunir à l'ombre de ce drapeau qui a si longtemps et si glorieusement parcouru l'univers. 0 France chevaleresque, redeviens la nation grande, prospère et reprends dans le monde le grand rôle de soldat de Dieu.

Pardonnez-moi, mes Frères, cette digression et cette émotion, pardonnez-moi d'avoir tant prolongé cette cérémonie, je vais la clore en vous donnant ma première bénédiction solennelle. Puisse-t-elle vous assurer à tous les bienfaits de cette paix que je vous désire : Pax vobis. Oui, la paix soit avec vous. Que ma bénédiction porte bonheur à vos familles, aux absents, à ceux qui se débattent dans les longues heures de l'ennui, aux affligés, à ceux qui nous haïssent. Oui, que cette bénédiction vous porte bonheur à tous !

0 mon Dieu, bénissez les nombreux et nouveaux enfants que vous m'avez donnés, cette nouvelle famille pour laquelle depuis quatre mois je vous ai adressé des prières ferventes. 0 mon Dieu, ne regardez pas mes péchés : Ne respicias peccata mea, mais la foi, mais les mérites de mes prédécesseurs, de ceux qui ont gouverné cette Eglise, et particulièrement du patriarche si vénéré auquel je succède. 0 mon Dieu, ne permettez pas que cette terre dépérisse sous ma main, mais qu'elle devienne une pépinière de vrais chrétiens, de chrétiens vaillants et intelligents. Faites, ô mon Dieu, que cette Métropole de la Gaule Narbonnaise brille toujours sur la couronne de votre Eglise immox-telle comme un de ses plus beaux fleurons. Ainsi soit-il.

Instruction pastorale pour le carême de 1897 sur les devoirs des catholiques à Vheure présente.

Nos Très Chers Frères,

Il y a quelques mois, obéissant à la voix du prince des Pasteurs, nous arrivions au milieu de vous, pour prendre possession de ce grand siège de Toulouse, que les siècles écoulés depuis sa fondation, la sainteté, la science, l'activité bienfaisante de ses Pontifes ont entouré d'un si légitime prestige. Vous nous avez accueilli comme une famille excellente accueille un père après une longue absence, et nous n'oublierons jamais les marques éclatantes de respect et d'affection que vous nous avez prodiguées dès le jour de notre installation, et que depuis vous n'avez cessé de renouveler avec une ardeur infatigable. Dans ces démonstrations, nous avons reconnu votre foi séculaire, votre grand cœur et la délicatesse de vos procédés. Noble ville de Toulouse, métropole et diocèse si riches en hommes et en œuvres, recevez nos remerciements émus et lassurance réitérée de notre entier dévouement. Daigne le Seigneur bénir un ministère inauguré sous de si heureux auspices et nous accorder la grâce de remplir le précepte de l'Apôtre en veillant comme il convient sur nous-mêmc et sur tout le troupeau.^ au milieu duquel l Esprit-Saint

nous a placé, pour régir VEglise de Dieu. Atlendite vobis et universo gregi in quo vos Spiritus Sanctus posuit episcopos regere ecclesiani DeiK

Nous venons a ous entretenir des devoirs particuliers que la situation actuelle de l'Eglise impose à ses enfants. Sujet grave et délicat que nous ne croyons pas pouvoir éviter et que nous nous efforcerons de traiter avec une franchise aussi éloignée de la témérité que de la faiblesse. Car il y a un temps de parler et un temps de se taire -. Il y a des obscurités à éclaircir, des malentendus à dissiper et des vérités essentielles que doivent dire coûte que coûte ceux qui ont reçu mission d'en-haut, pour instruire et guider les fidèles. Que Celui au nom duquel nous parlons veuille bien diriger notre parole pour la rendre persuasive et utile à vos âmes.

Nous n'avons qu'un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême^. La doctrine que nous professons est fixée pour toujours et les préceptes fondamentaux qu'elle enseigne ne changent point avec les siècles, parce qu'ils émanent d'une volonté immuable et qu'ils dérivent delà nature essentielle des êtres qu'ils régissent. Cependant, si le devoir reste identique en lui-même, il oblige dans des circonstances qui varient suivant les temps, et la manière de le pratiquer se modifie nécessairement avec les con-

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