Unus Dominus, unus fides, unuin baptisma (Ephes., iv
jonctures mobiles et contingentes, au milieu desquelles l'homme se trouve placé. Le chrétien est toujours appelé à combattre, mais son champ de bataille et la tactique de ses ennemis changeant suivant les époques, il faut bien qu'il étudie leurs mouvements pour y adapter les siens, et leur armure offensive et défensive pour perfectionner la sienne en conséquence. Autrement, il ressemblerait à ces chevaliers dont l'histoire et le roman nous ont laissé le portrait et qui, ne croyant ni à la poudre ni au canon, s'obstinaient à se battre à l'ancienne mode et succombaient, victimes héroïques et naïves, aux engins qu'ils avaient dédaignés de parti pris. La grande nouveauté qui nous oblige à des précautions et à une énergie particulière, c'est la manière dont la religion est attaquée aujourd'hui.
Ce qui constitue le chrétien avant tout, nos très chers Frères, c'est la foi que le saint Concile de Trente appelle le commencement du salut, la hase et la racine de toute justification, et sans laquelle il est impossible de s'approcher de Dieu et de lui plaire^. C'est elle, qui nous élevant au-dessus de la raison plus encore que la raison ne nous élève au-dessus des sens, nous introduit dans un monde supérieur plein de clartés mystérieuses, d'obscurités saintes et de promesses ineffables, comme dans une nuit étincelante et peuplée d'étoiles qui nous appellent et nous donnent la révélation de l'infini. Les étoiles, ce sont les vérités de l'ordre surnaturel aux-
1. Justitiam aulem quse ex fide est (Rom., xx, 30). — Et accessum in confldentla per /idem ej'us (Ephes-, m, 12 . — S!ine fide inipossibile est place re Z)eo (Hebr., xi, 6).
\9'2 ŒL'VIŒS PASTORALES DU CARDINAL MATHIEU
quelles elle nous initie : la Trinité une et indivisible en trois personnes distinctes, ITncarnation du Fils qui s'est fait semblable à nous pour nous sauver, notre chute et notre restauration par le sacrifice du Calvaire, enfin la vision béatifîque, qui est devenue notre destinée et le but prescrit à nos efforts rendus méritoires par la grâce qui prévient, sollicite et soutient notre liberté. C'est ainsi que la foi, créant en nous l'espérance de ces choses que Vœil de l homme n a point vues, que son oreille na point entendues et qui ne sont pas montées jusqu à son cœur\ brille au-dessus des flots agités et ténébreux de cette vie, comme le phare qui les éclaire et qui montre le port. En révélant les souveraines amabilités de Dieu, idle aboutit à la charité comme à son couronnement et nous dédommage des sacrifices qu'elle impose à notre intelligence, par les charmes de l'amour dont elle enflamme nos cœurs et la paix extraordinaire qu'elle y répand.
Aussi doit-on la considérer comme le trésor par excellence, comme la perle précieuse qu'il faut acheter au prix de tous ses autres biens et défendre, même au péril de sa vie. C'est pour la garder intacte que des légions de martyrs ont versé leur sang ; c'est pour la propager que des légions d'apôtres se sont condamnés aux fatigues et aux tristesses d'un lointain exil. Elle transfigure la vie, console dans la douleur et aaruerrit contre la mort. Comme elle est le don de Dieu par excellence et notre passeport indispensable pour le ciel, le devoir fondamen-
\. Quocl oculus non vidit, nec auris audivil, nec in cor hominis ascendil[l Cor., ii, 9).
tal du chrétien, c'est de la conserver pour lui-même avec un soin jaloux, de la communiquer à ceux qui sont soumis à son influence, d'aider à sa diffusion dans le monde et de s'intéresser effectivement aux destinées d'une doctrine, qui, révélée den-haut, porte partout avec elle les bénédictions du temps et les prémices de l'éternité. Enfin, comme la foi se communique surtout par l'enseig-nement oral ' et que cet enseig-nement nous vient réii,ulièrement par le ministère d'une Eglise instituée divinement pour le dispenser, nous devons confondre dans le même amour et le même zèle la vérité relig-ieuse à laquelle nous croyons et cette Eglise qui en a rec^-u le dépôt.
A cette conservation et à celte propagation de la foi, à cette mission enseignante de l'Eg^lise, notre état politif[ue et social oppose des difficultés particulières que les siècles précédents connaissaient à peine et qui exigent des efforts continuels et redoulîlés de la part des fidèles. Comme nous lavons déjà fait remarquer dans notre première lettre pastorale, la doctrine chrétienne rencontre dans le fond même de notre nature une opposition causée par les sacrilices qu'elle demande à l'org'ueil de notre raison et à la corruption de notre C(eur. Le l'ils de Dieu a prévu cette hostilité, il en a
i. Fidcs ox niifliln, niidilii^ niitnrn jipr vorl)iim Christi iRom., x, 17).
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souffert, il l'a vaincue en y succombant, et comme les disciples ne sont point au-dessus du Maître^, leur destinée a toujours été d'être combattus comme lui, de souffrir comme lui, et de donner le spectacle d'une faiblesse apparente, qui réussit à confondre toutes les forces du monde'-. Rappelez-vous l'histoire du Verbe incarné. Il est venu chez les siens, dit saint Jean, et les siens ne l'ont pas reçu\ 11 a enseigné pour sauver, prouvant sa divinité par les miracles et les vertus surhumaines que vous connaissez. On Ta méconnu et traité d'imposteur. Ses ennemis n'ont voulu en croire ni les éléments domptés, ni les malades guéris en foule, ni les morts sortis de la tombe. Ils n'ont point été touchés de l'ineffable bonté qui rayonnait de toute sa personne. Ils l'ont calomnié, poursuivi, arrêté comme un voleur, mis au-dessous de Barabbas, et finalement condamné à mort. Jésus-Christ a été vraiment cloué à la croix par l'orgvieil, père de la jalousie et de la haine, source première de toute incrédulité, de toute négation impie, de toute recherche téméraire, l'orgueil, qui trouve toujours des complices dans les passions inférieures et sensuelles que révolte l'austérité de la loi chrétienne. Cependant, Notre-Seigneur confondit ses ennemis parle dernier et le plus éclatant de ses prodiges en se ressuscitant lui-même. Remontant au ciel, il laissa sur la terre l'Eglise pour continuer sa mission et l'Esprit-Saint pour diriger l'Eglise. Qu'est-ce que l'histoire depuis