‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 70 sur 95 · Non esl discipultis super Miifjistruni (Luc, vi · texte numérisé non relu

Non esl discipultis super Miifjistruni (Luc, vi

2. Infirma niundi elegii Deus ut confundal fortia (I Cor., i, 27).

3. In propria venil, cl nui eum non receperunt (Joan., i, 11).

dix-neuf siècles ? C'est le champ de bataille où lesprit de Dieu et l'Esprit du mal se disputent l'empire des âmes libres, où la foi n'a cessé d être prêchée et d'être contredite, où elle a toujours trouvé des docteurs pour la défendre avec une science éloquente, des martyrs pour la décorer de la pourpre de leur sang et des âmes d'élite pour la justifier par l'éclat de leurs vertus. De 1 ère des catacombes jusqu'à nos jours, le symbole chrétien a fait son chemin à travers une nuée d'ennemis, qui l'ont attaqué par toutes les violences de la force et par toutes les ressources de l'esprit, qui ont passé au crible chacun de ses articles, exploité contre lui les faiblesses de ceux qui l'enseignent, et fondé dans le monde une école permanente d'hostilité contre l'Eglise, dont l'influence, variable suivant les temps, s'est toujours exercée d'une manière sensible sur l'esprit public et sur la conduite des gouvernements, même chez les nations en apparence les plus chrétiennes.

Aucune de ces tentatives de l'impiété n a réussi à anéantir l'Eglise; toutes lui ont créé des périls, dont le plus redoutable assurément fut cette persécution longue et sanglante à laquelle mit un terme la conversion merveilleuse de Constantin. Alors commença pour elle la période de protection des pouvoirs publics. Jésus devint le roi du monde civilisé, et soumit à son influence les nations, ([ui s'établirent sur les ruines de l'empire romain. Sa doctrine pénétra dans les institutions, inspira les lois, corrigea les mœurs et donna sa physionomie particulière à la société du Moyen Age. L'unité religieuse en forma la base. Pendant de longs siècles, on n'admet-

196 a:uvRES pastorai,es du cardi>jal matiiieu

tait point que la paix sociale fût compatible avec la profession publique de Thérésie, de limpiété, des principes destructeurs de la responsabilité humaine. C'est ainsi que, plusieurs fois, nos pères se sont levés et ont pris les armes, pour défendre lintégrilé de leur foi, avec la même ardeur que leurs descendants pour défendre la frontière menacée ; car la fille aînée de lEgHse chérissait sa mère, et il lui semblait, qu'en cessant d être catholique, elle eût cessé d'être la France. (]e n'est point ici le lieu d'apprécier un état social si dill'érent du nôtre, et nous ne songeons pas, croyez-le bien, à absoudre les violences et les duretés que les chrétiens d'autrefois ont pu mêler à l'ardeur de leur zèle. Ils défendaient leur foi avec leur tempérament guerrier et avec leur législation, qui manquent parfois de douceur. Mais quelle grandeur morale, quel dédain des jouissances vulgaires, quelle soif d idéal éclatèrent à plusieurs reprises dans ces âmes du Moyen Age, que n'effleurait point l'ombre d'un doute, chez ces peuples jeunes et vigoureux, que l'enthousiasme des croisades soulevait comme une sorte de tempête sacrée pour les pousser vers la Terre-Sainte, et qui, épris de la Jérusalem céleste, traduisaient leurs espérances ardentes, par cette floraison de cathédrales, dont le sol de notre France s'enorgueillit encore connue d une incomparable parure.

CepencUmt, à toutes les époques même les plus crovaiites, Yhoniiuc ciine/ni était venu se/ncr l'irraie

dans le champ du père de famille ^ x\ plusieurs reprises, riiérésie et le schisme attaquèrent l'intég-rité de la foi et l'autorité des pasteurs, mais sans jamais conquérir d'établissements durables, jusqu'à ce qu'en lo20, Luther, en brûlant la bulle du pape Léon X, sur la place publique de Wittemberg, inaugura la g-rande révolte, qui brisa l'unité religieuse de l'Europe, en séparant de l'Eglise plusieurs grandes nations. La France sauva sa foi de cette crise, vous savez après quelles terribles guerres. A peine avait-elle goûté un siècle de repos qu'une philosophie antichrétienne, armée d'ironie et d'éloquence, s'insinua dans les classes supérieures, leur enleva la notion du surnaturel, et les enflammant d'espérances chimériques, leur inspira, avec le mépris du passé, le désir de refaire la société de fond en comble, sur un plan dessiné par la raison seule. C'est alors que Jésus- Christ fut chassé des institutions d'un peuple à toute l'histoire duquel 11 avait présidé, et que la vieille France, se détruisant de ses propres mains, accomplit cette Révolution, qui punit si durement ses auteurs et ses complices, et qui, née de beaucoup d'idées fausses et de sentiments généreux, mélange de crimes au dedans et de gloire au dehors, a donné au monde une secousse dont il n'est point remis.

Du chaos de ruines qu'elle entassa et de l'organisation qu'y introduisit un homme de génie est née la société contemporaine, dont vous connaissez les principaux caractères : l'instabilité dans les formes de gouver-

1. Venit inimicus ej'us ci auperscminavil zizania in medio Ir'i- /jct (Matth., XIII, 25).

nement, l'égalité civile, une liberté politique variable et mal assurée, le développement merveilleux de la civilisation matérielle, lindifférence religieuse de la loi, l'isolement et la faiblesse de l'individu en face de l'Etat tout-puissant, les revendications de la démocratie et son ascension continue vers le pouvoir. N'est-ce pas un fait providentiel et vraiment divin que l'Eglise occupe encore une place dans ce monde nouveau ? Certes, elle devait sombrer dans le cataclysme, qui a englouti tant de choses anciennes auxquelles elle semblait indissolublement unie, si elle n'était l'arche sainte qui, portant la famille des élus, durera jusqu'à la fin des temps. Elle vit pourtant ! elle prêche, elle prie, elle chante, elle administre ses sacrements et enfante chaque jour des fils à son immortel Epoux 1 Comme autrefois, elle se prodigue de préférence aux humbles, aux pauvres et aux affligés, et elle répète aux hommes de nos jours ce quelle a dit à ceux de tous les temps, que la figure de ce monde passe^, si brillante qu'elle paraisse, que nous n avons pas ici-bas de cité permanente'-, que la vie est une épreuve courte, conduisant à un bonheur ou à un malheur éternel, et que pour les peuples comme pour les mdividus, le seul moyen de salut est daller à Dieu par Jésus-Christ son fils unique, source de toute grâce et modèle de toute perfection.

Non, Dieu n'a point abandonné son Eglise, qui n'a jamais été servie par des légions plus nombreuses et plus dévouées de missionnaires, de prêtres séculiers et

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