‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 71 sur 95 · Prseteril enim figura hujus muncli (I Cor., vu · texte numérisé non relu

Prseteril enim figura hujus muncli (I Cor., vu

2. Xon enim habcmua hic rnanentem civitatem (Hebr., xni, 14).

réguliers, de sœurs de charité. Quel souverain jouit d'un prestige pareil à celui de cet auguste Pontife, si faible, si dépouillé de toute puissance humaine, qui du palais où il est comme cerné par la marée montante de la Révolution, règne jusqu'aux extrémités du monde sur plus de deux cents millions de sujets, qui le révèrent comme l'interprète infaillible de la doctrine, comme le guide suprême des consciences et le chef de la hiérarchie la plus nombreuse et la plus fortement constituée qui existe?

Cependant, N. T. G. F., il ne faut rien nous dissimuler. Si le ministère de l'Eglise est toujours efficace, elle l'exerce aujourd'hui dans des conditions qu'elle n'a jamais connues et traverse une crise dont aucun de ses enfants ne peut se désintéresser. La nouveauté pour elle, c'est qu'elle a presque cessé d'être une institution dans l'Etat pour devenir une simple puissance d'opinion ', et que son enseignement est condamné à subir une contradiction quotidienne, éclatante et très hostile. Protégée, riche et extérieurement honorée jusqu'à la fin du siècle dernier, puis horriblement persécutée, elle reconquit une existence légale par l'initiative du Premier Consul et la conclusion du Concordat. Mais il est permis de croire que ce grand homme considérait beaucoup

1. Ces mots d'inslilulion ei d'opinion ne s'appliquent évidemment qu'à la situation extérieure de l'Eglise et non point à sa constitution intérieure, ni à la certitude que produit la foi dans lame du fidèle.

plus l'utilité sociale de la relig^ion que son autorité divine ; car il prit immédiatement des précautions contre la puissance qu'il venait de rétablir, et lui rationna jalousement la liberté aussitôt après la lui avoir promise. Aucun des gouvernements qui lui ont succédé n"a pu ou n'a voulu alléger ces entraves ; aucun n"a défendu l'Eglise bien efficacement, et peut-être que ceux qui lui ont témoigné le plus de faveur lont plutôt compromise que servie. C'est bien Dieu qui la soutient tout seul, et il semble que désormais l'Eglise, sans rien changer de ses principes c[ui sont la vérité même, sans rien renier de son passé, doive s'appuyer surtout sur hi grande force (|ui mène aujourd'hui le monde, l Opinion, et apparaître aux peuples modernes si impatients de toute contrainte, si jaloux de leur indépendance, moins comme une domination exclusive que comme une liberté, la plus j)récieuse et la plus bienfaisante de toutes.

Mais cette opinion, qui règne et qui gouverne dans les sociétés démocratiques, qui fait les lois, élève ou qui abaisse les hommes, qui dicte des arrêts souverains et sans appel immédiat, qu elle est capricieuse, ondoyante et passionnée, et combien, dans ce siècle, n'avons-nous pas, nous catholiques, de veidicts injustes et d'actes véritablement tyrannicpies à lui reprocher! Elle se forme et s'exprime par la presse, par la tribune et par renseignement. Or. c est de ces trois centres d'influence que partent chaque jour contre la doctrine catholique ou des attaques savantes et modérées de forme ou des attaques violentes et haineuses. Il y a tel livre qui a porté à l'orthodoxie des coups

aussi sensibles qu Arius et Luther. Il y a tel discours, tel mot d'ordre, tel cri de guerre qu'on exploite encore chaque jour contre nous, et enfin le mal que la littérature sensuelle fait à la moralité publique éclate à tous les yeux.

L'impiété, qui autrefois se dég"uisait sous la forme du doute, qui se cachait dans les in-folio de Bayle ou les pamphlets de Voltaire, qu'on se passait sous le njanteau et que leur auteur avait soin de désavouer, s'étale cyniquement aujourd'hui, non pas seulement dans des volumes qu'il faut aller chercher à la librairie, mais dans des feuilles quotidiennes, qui s imposent à l'attention du passant, ([ui se vendent à un prix intime, pénètrent jusque dans les paroisses les plus chrétiennes, et vont V combattre Jésus-Christ et son Eoflise. C'est une chose horrible à penser que la quantité de blasphèmes et d'obscénités, cjui se débitent chaque jour, pour un sou, d'un bout de la France à l'autre, quand on ne les donne pas pour rien, quand on ne les glisse pas dans les mains de l'enfant qui se rend à l'école, et de l'ouvrier qui sort de l'usine.

On leur apprend qu'il n'y a plus de Dieu, que Notre- Seig'neur Jésus-Christ était un halluciné, (jue ses ministres ne méritent que le mépris, et qu'il n'y a rien de bon sur la terre, que de prendre du plaisir et de laisser dire les prêcheurs hypocrites dune morah' démodée. Qu'un scandale éclate quelque part d ms le clergé, ces corrupteurs du peuple en triomphent comme d'un succès personnel ; ils le racontent avec prédilection, ils 1 étalent, en ayant bien soin d'étendre à tout le corps les faiblesses

heureusement rares de quelques-uns de ses membres, et prennent pour les flétrir des airs d'hermines efYarouchées et de moralistes austères. Quelles hermines ! Quels moralistes ! Quelles découvertes on ferait dans la vie de ces censeurs incorruptibles, si on y regardait de près ! Inventions, exagérations, plaisanteries grossières, rien ne leur coûte pour déconsidérer le prêtre ; et pour les aider dans cette besogne répugnante, ils recrutent, jusque dans les hameaux les plus reculés, des délateurs anonymes et infîmes, dont ils payent les calomnies.

Ce nest pas tout. Aux assertions théoriques, qui attaquent directement l'enseignement de l'Eglise, et aux récits, qui en ditîament les ministres, ces journaux détestables joignent des fictions romanesques qui éorarent limao-ination. souillent le cœur, flattent tous les instincts inférieurs de notre nature et amènent tôt ou tard chez les jeunes gens, qui les lisent, le naufrage de l'innocence et l'habitude du vice. Jeune fille, qui revenez de la ville et qui dévorez ce feuilleton en route, à quoi songez-vous ? Comment pouvez-vous vous oublier au point de vous complaire à ces discours, à ces peintures, à ces actions, qui présentent sous des couleurs aimables le péché que vous devez avoir le plus en horreur? Pourquoi chercher à connaître ce que la pudeur et toutes a'os délicatesses naturelles vous commandent d ignorer ? Comment, après vous être ainsi enivrée du poison de la chimère, vous accommoderez-vous de votre existence uniforme, de vos exercices de piété et de vos devoirs sévères ? Fille d'Eve, qui vous jouez ainsi autour du fruit défendu, prenez garde d'expier bientôt votre curio-

POUR LE r.AI\È.ME DE 1897 203

site téméraire par de lamentables chutes et. peut-être, par une irréparable honte !

Non, ce n'est pas impunément que le mauvais journal se répand et devient la pâture quotidienne de millions de lecteurs. Malheur k la paroisse oîi il pénètre 1 La Foi, les mœurs, les habitudes chrétiennes y baissent dans la mesure exacte où son influence monte. Ennemi de la société autant que de la reliiiion, flayorneur de la démocratie dont il enflamme toutes les mauvaises passions, menteur, intolérant et despote, il est en train de rendre la liberté de la presse odieuse, notre pays ing-ouvernable, et s'il nest combattu etïîcacement, de préparer des malheurs dont personne ne peut soupçonner l'étendue.

Reconnaissons-le donc, X. T. C. F., Jésus-Christ, le fjrand signe de contradiction^ du monde, est contredit aujourd'hui plus activement et plus puissaninicnt (jue jamais. Son Eglise ne jouit point de toute la liberté qu'elle désirerait. Beaucoup la suspectent, beaucoup la détestent et veulent l'anéantir, et ses défenseurs les plus clairvoyants constatent avec tristesse le terrain qu'ils ont perdu depuis vingt ans. Le pays lui-même, il est inutile de se le dissimuler, est travaillé dune véritable inquiétude, et beaucoup d'observateurs, même des moins pessimistes, se prennent k répéter, sous une forme ou sous l'autre, la plainte que le grand tragique anglais met dans la bouche d un de ses héros : <( Il y a quelque chose de malade dans le royaume de Danemark. »

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