‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 8 sur 95 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

connut les honneurs officiels et publics. Il faut bien avouer que son entrée à l'Académie française fut pour lui une sensible satisfaction et une immense joie. Il suffisait pour s'en convaincre de remarquer le soin et la bonne humeur qu'il mit à préparer son discours de réception. Cette composition à laquelle il prétendait donner un fini « à l'ongle », une perfection complète de fond et de forme, lui fut, des semaines durant, un souci et une préoccupation. Son esprit était entré en travail constant. Il couvait patiemment des idées qui soudain éclosaient ; et chaque fois c'était une trouvaille, une de ces pensées, ou simplement un de ces mots qui peuvent faire qu'une (Buvre, même courte, soit de grand prix. Et quand cela lui venait, sans retard, il le notait. Et si c'était la nuit il se relevait pour ajouter à ses notes la phrase qui avait surgi dans la méditation de son insomnie. Il avait peur que ne s'envolât le trait d'esprit subitement inventé, comme ces apparences d'ombres et de formes animées que la nuit favorise et qui s'évanouissent dès qu'on s'attarde à les fixer ou dès qu'on veut les retenir pour soi quelque peu... Combien il l'aimait, son discours ! Avec quelle joie maligne, là-bas à Anzio, dans la villa d'oîi l'on voyait tout près de soi la grande mer mouvante, il le lisait à ses familiers,

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