‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 83 sur 95 · Facie ad f'aciem. [l, Cor., xin · texte numérisé non relu

Facie ad f'aciem. [l, Cor., xin

C»' Mathieu 18

l'Eden. il se nourrissait du fruit de l'arbre de vieK Jours heureux, qui sont restés dans la mémoire de l'humanité comme un éternel regret, le regret d'un bonheur incomparable, presque aussitôt évanoui que savouré !

Vous connaissez assez l'histoire d'une chute, qui fut d'autant plus profonde que l'homme tomba de plus haut par l'ingratitude de l'orgueil. 11 voulut élever son trône à l'égal de celui de l'Eternel : l'Eternel se retira de lui et l'abandonna à son péché, qu'il transmit comme une déchéance honteuse à toute sa postérité. Voyez ce roi découronné, chassé de son palais, portant dans son âme d'impérissables remords et sur son corps les stigmates de l'expiation, qui le voue à des fatigues et à des douleurs qu'il ignorait ! Ses fils ont hérité de sa misère. Gomme lui, ils sont tourmentés tout à la fois par la peur et par le besoin du Dieu qu'ils ont offensé et dont cependant ils ne sauraient se passer. Ils se souviennent, ils regrettent et ils essaient de combler le grand vide de leurs cœurs, par des moyens qui ne font que le creuser davantage. Idolâtrie, sacrifices, magie, orgies mystiques, qu'est-ce que tout cela sinon un effort désespéré, pour étreindre le divin et rentrer à la dérobée dans ce Paradis terrestre, dont un ange à lépée flamboyante avait défendu la porte? (( Mon Dieu! mon Dieu! mon âme a soif de <( vous... Dans cette terre déserte, aride et sans eau, <> elle tressaille pour vous et soupire vers vous comme (' le cerf altéré vers la source-! » Ces grands cris du

i. Lignum etiain vitse in medio paradisi. (Gen., ii. 9.) 2. Deus, Deus meus... Sitivit in te anima mea, quam muUipliciter tibicaro mea. In terra déserta, invia et inaquosa... Queniad-

Psalniiste ne font que traduire l'invincible aspiration de l'humanité, qui de son passage dans l'Eden et de son élévation à l'état surnaturel a gardé pour toujours la blessure de 1 infini.

Cependant, dans le cours de ces siècles païens, dont chacun semblait élargir encore le gouffre qui séparait le Créateur de la créature malheureuse et coupable, le Seigneur préparait notre salut qu'il avait annoncé aussitôt après la consommation de la faute en elle-même irréparable. Plusieurs fois il apparut aux patriarches, préludant ainsi, comme disent les Pères, au mystère qui devait montrer son Fils visible dans notre chair. Puis il confiait à un peuple choisi le dépôt des grandes promesses avec celui de la vérité religieuse altérée partout ailleurs; il suscitait des prophètes inspirés et multipliait par leur bouche les assurances de pardon. La terre entière palpitait d'une immense et vague espérance, quand Dieu la dépassant infiniment aima le monde au point de donner pour lui son Fils unique '. Le ^'e^be abaisse la hauteur des cieux. Franchissant comme un géant les montagnes et les collines -, il poursuit la nature humaine, la saisit, semen Ahrahœ apprehendit ', sui-

modurn desideral cervus ad fontes aquaruni ; ila desiderat anima ineaad te Deus. » (Ps., lxii, i, 2, 3 ; xli, 2.)

1. Sic Dcus dilexit munduni, ut Filiuni suuni uni(jcniluin daret (Jean, m, 16.)

2. Venit saliens in niontiljus, transiliens colles. [Canl., ii, 8.

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