Infantem,posituni in prœsepio. (Luc, ii
3. Et Verhuin caro faclurn est cl habitavit in nohis. (Joan., i, 14.)
4. Vidinius uculis nusiris... el manus noslrœ contractaverunl de verho vilw. (I. Joan., i.)
les aveuçfles voient^ les sourds entendent, les muets parlent, les paralytiques marchent , les morts sortent du tombeau '. C'étaient là les signes glorieux et authentiques de sa mission libératrice ; mais, cette mission il devait 1 accomplir par lelfusion de son sang. « Sine sanguinis effusione, non fit remissio peccatorum '-. )> Il meurt en nous sauvant par les ignominies et le supplice du calvaire. Il meurt pour ressusciter, mais pour disparaître bientôt aux regards de ceux qu'il a ravis ; car son sépulcre ne s'illumine un moment que pour nous montrer sa chair transfigurée et triomphante, qui s'élance du sommet des Oliviers vers les demeures éternelles.
0 Jésus, n'avons-nous pas quelque droit de nous plaindre de votre glorieuse Ascension? Vous n'êtes donc venu sur la terre que pour quelcjues rares privilégiés ? Dans votre adorable personne, vous nous avez rendu la divinité familière et souverainement aimable pour nous la dérober ensuite, quand nous désirerions passionnément l'étreindre et reprendre avec elle le commerce intime, qui faisait le bonheur de notre premier père dans l'Eden. Seigneur, nous avez-vous laissés orphelins ? Votre incarnation n'a-t-elle été qu'un bienfait collectif et n'avez-vous pas trouvé moyen de vous donner à chacun de ceux que vous avez sauvés, qui vous aiment et qui voudraient vous posséder?
Ce moyen existe, N. T. C. F., et Notre-Seigneur l'a imaginé en faisant son testament en notre faveur, la
1. Cœci vident, clnmli ambulant... surdi audiunt, niorliii rraiirgunl. (Matth., xi, ;J.)
2, Ilebr., ix, 22.
veille de sa mort, à l'heure solennelle, mystérieuse et touchante entre toutes dont nous célébrons l'anniversaire au Jeudi-Saint.
Jésus était réuni avec ses Apôtres dans le Cénacle, pour y célébrer la Pâque. C'était le dernier repas qu'il prenait avec eux : il le savait. C'étaient des adieux qu'il célébrait ; c'était pour la dernière fois avant sa mort que son cœur s'épanchait avec ceux qu'il avait tant aimés. Regardez et écoutez ! Cette salle haute, pleine de lumières et de grandes ombres ; cette physionomie du Maître dont la clarté des lampes met en relief toute la beauté, toute la mélancolie sublime ; ces figures d'Apôtres, mobiles et passionnées ; cette face de traître, au milieu de cette petite troupe fidèle ; cette tristesse, ces sombres pressentiments qui planent sur les convives ; ces rumeurs qui, dans le silence du soir, montent de la cité où les méchants tendent leurs embûches ; ces propos du Sauveur si doux, si alîectueux, si élevés, entrecoupés par l'annonce d'un péril imminent ; cette tendresse qui déborde de son cœur à l'approche du moment suprême; cette sorte de chant du cygne d'un Dieu qui va mourir, quelle scène inoubliable, et comme nous comprenons qu'elle ait tenté souvent le pinceau des maîtres ! Qui de nous n'a essayé de la ressusciter en imagination ? Qui ne s'est assis avec les Apôtres pour recueillir avidement les confidences du Seigneur? Qui ne s'est glissé à côté de saint Jean, dans l'espoir de partager son bonheur et d'appuyer aussi la tête sur le cœur de Jésus ? Qui n'a
déploré l'impuissance de ses efforts pour ranimer ce passé divin ?
Ne regrettez pas trop votre absence du Cénacle, car vous y étiez. Vous y étiez présents dans la pensée de Jésus, qui a fait en votre faveur un testament dont vous êtes tous invités à recueillir le bénéfice. C'est alors, en effet, que le Sauveur a institué la sainte Eucharistie qu'il nous présente comme un legs destiné à nous procurer une nourriture divine en nous rappelant sa mort, l'amour qui Ta conduit à la mort, et la rédemption qu'elle a opérée. Devenu légataire du corps et du sangd'un Dieu, chacun de nous peut ainsi contracter avec la divinité cette union surnaturelle, qui a été la gloire de notre race à son origine et dont la perte a causé la déchéance de l'humanité, ses regrets et son invincible espérance. Examinons, N. T. C. F., dans quelles circonstances Jésus-Christ a daigné tester en notre faveur, ce qu'il nous donne et ce que le présent exige de nous.
Qu'est-ce qu'un testament? C'est un acte par lequel l'homme dispose de ce qui lui appartient^ pour le temps où il ne sera plus, en faveur de ses parents ou de ses amis. Remarquez d'abord un premier caractère de cet acte : c'est que, supposant la mort, il lui emprunte quelque chose de sa tristesse et qu'on ne se résout guère plus facilement à l'un qu'à l'autre. Qui pense volontiers à son testament ? Qui en parle ? Testament, dernières volontés, funérailles, cela signifie également la nécessité de disparaître et de perdre tout. Loin de nous toutes ces idées funèbres et tous les oiseaux de mauvais augure qui voudraient les rappeler ! Il y a bien des gens qui
meurent s ins avoir pu se résoudre k écrire ces mots : Je lègue. Ceux qui sy déterminent ne le font guère qu'à la dernière extrémité, et ceux qui, plus sages, prennent leurs dispositions à temps, obéissent à une triste nécessité, avec le désir et l'espair de prolonger l'attente de leurs héritiers : c'est l'instinct profond de notre nature. Le testament est un acte auquel on se résigne parce qu'il est la préface de la mort et de la spoliation complète qu'elle opère.
Ecoutez pourtant le testateur dont la générosité éclate sur nos autels : « Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vohiscuin '. J'ai désiré d'un grand désir de manger cette Pàque avec vous. » Dès le commencement de sa vie publique, il songe au legs qu'il nous fera et l'annonce aux foules stupéfaites qui n'y comprennent rien. « Panis quein ego daho, caro mea est pro mundi vita -, C'est ma chair (jue je donnerai en pain pour la vie du monde. » Ce n'est pas lui qui écarte les idées que suppose l'acte solennel qu'il médite. Il les appelle au contraire, il s'y délecte, il s'en nourrit. Il sait qu'il passera par la mort sanglante. 11 sait que pour devenir le pain de nos ciboires il sera broyé sous la meule, il sait que pour devenir le vin de nos calices il sera foulé sous le pressoir et que la terrible messe du calvaire précédera toutes les autres. Il sait tout cela dune prévoyance infaillible, qui lui montre en détail tous les supplices par lesquels il passera, et il en savoure d'avance l'horreur