Prose Lauda S ion
« Faites ceci en mémoire de moiK » Il y a des testateurs qui ret^ardant plus loin que le cercle étroit de leur famille ont voulu fonder pour toujours des institutions utiles, dans l'espérance d'y attacher leur souvenir : ambition lég-itime, qui a sauvé certains noms de l'oubli pendant plusieurs siècles. Il y en a d'autres qui ont prétendu s'immortaliser, en bâtissant de magnifiques monuments. Qu'est-il resté pourtant de la plupart de ces fondations et de ces édifices? Où est limmortalité qu'avaient rêvée leurs auteurset que promettaient tant d'inscriptions pompeuses ? Où sont même les sépulcres dans lesquels ils voulaient dormir jusqu'à la résurrection? Rois, reines, princes et princesses, vieux chevaliers couchés en marbre blanc sur tant de tombes décorées avec art, qu'êtes-vous devenus et que sont devenues vos dernières volontés ? Cherchez sous l'herbe, N. T. G. F., cherchez dans les maisons privées, quelquefois dans les écuries et sous les pieds des chevaux ! Essayez de relever tous ces monuments, de rétablir toutes ces fondations, de ranimer toute cette poussière: vous n'y arriverez jamais! Il y a là tout un monde détruit par le temps et les révolutions dont les ruines même ont péri, et tout ce testament du passé est devenu absolument caduc.
Il y a pourtant un testament plus vieux que tous les autres et qui s'exécute toujours, c'est le testament eucharistique. « Faites ceci en mémoire de moi. » Ces paroles,
\. Hoc facile in meam commemorationem. (Luc, xxii, 19.)
SUR LE TESTAMENT DU SEIGNEUR 28o
d'abord, ont créé un exécuteur testamentaire àg'é aujourd'hui de près de dix-neuf cents ans et qui s'obstine à ne point mourir, en dépit des prophètes qui annoncent sa fin et des malveillants qui y travaillent : le sacerdoce catholique. Puis, elles ont établi une fondation à perpétuité que les siècles n'entament point. Nous voulons dire cette institution admirable qui est le centre de toute la religion, l'âme du culte, le foyer oii s'allume le feu sacré, le rendez-vous où Dieu et l'homme se rencontrent pour se réconcilier dans l'amour: la sainte messe, qui se dit chaque jour et partout.
« Faites ceci en mémoire de moi. » Pour obéir à cette disposition testamentaire, les ministres du Seigneur ont dressé l'autel sur lequel s'immole à toute heure la victime pure ^ annoncée parle Prophète, l Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde'^ en se laissant ég-org-er, qui apaise la justice de son Père, en la satisfaisant surabondamment, et qui crie miséricorde, quand nos iniquités crient vengeance. Et au-dessus de l'autel ils ont placé le tabernacle, pour g-arder la victime même après le sacrifice, pour jouir de sa présence et s'entretenir avec elle, pour ressusciter Bethléem et Nazareth aussi bien que le Golgotha.
« Faites ceci en mémoire de moi. » Ces paroles ont érigé non seulement l'autel et le tabernacle, mais tous les monuments qui les abritent. Promenez-vous par la pensée à travers le monde chrétien ; qu'est-ce que cette