‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 89 sur 95 · Matlh., xxvi · texte numérisé non relu

Matlh., xxvi

288 (i:lvi{(;s I'astohalks du cardinal mathieu

huvez : ceci est nwii saïuf. » Voilà la vie éternelle, voilà linfini, voilà la joie des élus qui descendent à ma portée, qui se rapetissent pour ainsi dire à ma mesure, qui s'unissent à moi dans une intimité si profonde que j arrive à ne plus faire qu'un avec le Seig-neur, que sa chair transfig'urée touche la mienne, la nourrit et y dépose un germe d'immortalité qui percera la tombe et ranimera ma cendre au jour du grand jugement 1 Intimité tellement douce, que quand on en jouit pour l;i première fois, on croit être en paradis et qu'on en garde un souvenir qui enchante toute la vie 1 Intimité tellement bienfaisante, qu'elle soutient dans le travail, console dans la peine, ag-uerrit contre la mort et enfante comme naturellement la virginité, lapostolat, la charité héroïque, toutes ces vertus surhumaines qui sont la parure de l'Église et mourraient immédiatement, si la terre qui produit ces fleurs divines cessait d'être arrosée par le sang- que le testament du Seigneur épanche sur le monde !

Vous le connaissez maintenant, ce testament. Vous savez dans quelles circonstances il a été dicté, comment il s'exécute et en quoi il consiste. Fait le Jeudi saint au Cénacle, il a reçu le lendemain la ratification sanglante du Calvaire, et depuis les Apôtres il ne cesse de profiter à tous ceux qui veulent en réclamer le bénéfice, aux exécuteurs testamentaires qui sont les prêtres et à tous les chrétiens qui sont les légataires universels.

SÛR LE TESTAMEiNT DU SÈlGNEUfl 289

N. T. C. F., laissez-nous vous poser une question: Appréciez-vous ce leg-s comme il le mérite ? Le considérez-vous comme un trésor unique, incomparable, auquel il faut être prêt à sacrifier tous les autres? Hélas! n'est-ce pas le trésor lui-même que nous sacrifions pour la paille qui vole et pour la boue qui tache? Les exécuteurs testamentaires ont beau dire et beau faire. Ils bâtissent des églises à la sueur de leurs fronts, ils sonnent leurs cloches, disposent les hosties et versent le vin dans les calices : presque personne ne vient leur tenir compag-nie. C'est dans la solitude qu'ils célèbrent les saints mystères pendant la semaine, et le dimanche même, que d'absences ! Ah ! s'il s'agissait de recueillir une succession palpable et maniable en écus ou en terre, on mettrait de l'ardeur à réclamer sa part, on stimulerait les avocats et on solliciterait les juges ; mais ce n'est qu'une messe qui se dit, ce n'est que le sang de Jésus qui coule : ce n'est rien ! On s'en va à ses affaires et à ses plaisirs, on passe devant l'église sans saluer, sans tourner la tête, sans murmurer une prière au bruit de la sonnette qui annonce la consécration.

Beaucoup de chrétiens se rendent plus coupables encore en répudiant formellement le legs d'amour que nous sommes invités à recevoir à la table sainte. Vous savez, en elfet, qu'à la loi de la reconnaissance qui nous oblige à rendre amour pour amour au Dieu qui se donne à nous dans la sainte communion, l'Eglise a joint un précepte qui ordonne « à tout fidèle de Vun et de Vautre se.ce, « parvenu à l'âge de discrétion, de se confesser au moins « une fois Van, et de recevoir avec révérence, au moins

C"' Mathieu 19

« à Pâques, le sacrement de l Eucharistie^ . » Remarquez que cette communion pascale n'est qu'un minimum dont personne ne peut se dispenser sous peine de péché mortel. Mais le désir maternel de l'Eglise va beaucoup plus loin. Elle l'a solennellement déclaré au saint Concile de Trente: « Elle souhaiterait qu'à chacune des « messes auxquelles ils assistent, les fidèles commu- « niassent non seulement spirituellement, mais par la a réception sacramentelle de V Eucharistie, a fin de recueil- « ///' en plus grande abondance les fruits de ce très saint « sacrifice '-'. » Dans ce but elle les exhorte, avec saint Augustin, à mener une vie assez sainte pour mériter chaque jour cette faveur.

Que de chrétiens, hélas ! n'accomplissent point le désir et violent le précepte ! Combien qui, par une contradiction choquante, acceptant la foi et repoussant la loi, croient au Dieu de l'Eucharistie et se tiennent éloignés du festin auquel il les invite ! Ils trouvent la communion excellente pour leur femme et pour leurs enfants ; mais pour leur compte, ils la regardent comme une pratique de dévotion qui n'oblige pas. Paroissiens exacts pour tout le reste, assistant régulièrement à la messe, donnant pour les bonnes œuvres, ils ne négligent que le précepte essentiel et s'esquivent quand le moment est venu de se montrer chrétiens jusqu'au bout, en pavant leur dette au Seigneur devant leurs frères assemblés. Ce qui les retient, c'est le respect humain, c'est quelque

i. Conc. Laler. cap. Omnis.

Page 1