Luc, XIV
rieures tiennent en échec l'amour immense qui vous otîre le plus grand des biens. Ne traitez pas le testament du Seig-neur avec cette indifférence et ce sans-gêne ; car, nous l'avons dit, le testament du Seigneur, c'est le Seigneur lui-même. Le testateur se confond avec le legs ; le legs méprisé, c'est son corps et son sang méprisés, c'est lui-même qui est outragé, et dont la justice vengera tôt ou tard l'amour méconnu. Ne craignez-vous pas d'ailleurs le contre-coup que votre abstention peut avoirdans l'âme de vos enfants et les ruines morales qu'elle peut causer ? Nous leur avons appris que la communion est nécessaire à tous les chrétiens pour les fortifier contre les tentations, pour augmenter en eux la grâce et recevoir le gage de leur résurrection future. Comment leur persuader que ce qui est bon pour eux ne l'est pas pour vous? Votre exemple contredisant nos discours, ils tireront bientôt des conséquences que vous n'aurez ni prévues, ni voulues. Ils jugeront que la religion n'oblige que jusqu'à un certain âge, et Dieu veuille que la logique de leurs raisonnements ne vous apparaisse pas un jour sous la figure d'un fils pervers ou d'une fille légère qui porteront la honte à votre foyer! N'est-ce pas là l'explication de tant de malheurs domestiques et de tant de drames de famille? Courage donc, chrétiens faibles et inconséquents ! Marchez sur ce fantôme de respect humain qui vous arrête sur le chemin de la Table sainte et prenez-y place avec tous les vôtres, pour y troviver avec eux la force et les joies pures qu'elle procm-e à ceux qui s'en approchent dignement.
Et vous, chrétiens fidèles, qui ne l'avez jamais déser-
tée, portion chérie du troupeau dont nous sommes si justement fier, persévérez dans la foi solide et l'amour ardent qui vous animent à l'égard du Dieu de l'Eucharistie. Consacrez à son service Tinfluence dont vous disposez pour étendre son règ-ne autour de vous. Nous vous le demandons non seulement au nom de l'Eglise, mais encore au nom de la France qui traverse, au déclin de ce siècle, une crise si douloureuse et si inquiétante. Quand donc finiront nos divisions? Quand finira l'anarchie morale, plus dangereuse que le désordre matériel dont nous sommes les témoins attristés ? Quand cesserons-nous d'entendre des cris de haine et serons-nous rassurés sur notre lendemain? L'inquiétude est générale, mais les résolutions pratiques et efficaces sont rares. Il ne suffit pas de nous plaindre et de jeter à tous les échos le cri de notre découragement. Ce salut du pays que les sages ne trouvent point et que nous ne voyons venir d'aucun point de l'horizon, il faut l'obtenir du ciel par une prière ardente et une pénitence sérieuse. Et, en même temps, il faut y travailler, en développant en nous-mêmes cette vie surnaturelle dont la sainte Eucharistie est l'inépuisable source. Puissent les Pâques prochaines marquer au milieu de nos luttes intestines une sorte de trêve de Dieu qui amène le désarmement des âmes et leur union dans la foi, dans la justice et la charité ! Daigne le Seigneur, fléchi par les supplications de ses enfants, balayer de son souffle les nuages menaçants qui assombrissent notre horizon et assurer à la France les bienfaits sans lesquels un peuple est condamné à périr à bref délai: la religion, le respect, la liberté dans l'ordre et la paix dans l'honneur !
Au Clergé et aux Fidèles du Diocèse de Toulouse, salut, paix et bénédiction en N.-S. J.-C.
Nos Très Chers Frères,
Nous n'avons plus à vous apprendre la décision pontificale qui nous a séparé de vous et vous donne un autre archevêque. Le jour de la Toussaint, en officiant pour la dernière fois dans notre cathédrale, nous avons épanché notre cœur devant notre cher peuple de Toulouse et fait nos adieux au diocèse avec une émotion qu'a semblé partag'cr l'immense auditoire qui nous écoutait. C'est de Rome, où le Souverain Pontife a daigné nous appeler à représenter la France dans le Sacré-Collège, que nous voulons vous adresser un dernier salut et une dernière recommandation.
Nous avons passé au milieu de vous trois années que la grâce de Dieu et votre affection filiale ont remplies de consolations. De nouveau nous vous remercions des marques de respect, d'attachement et de regret que vous nous avez prodiguées et de l'édification que nous a si souvent procurée votre foi. Nous l'avons constaté avec joie: malgré le malheur des temps, l'illustre Eglise de Toulouse est restée fidèle à ses grands souvenirs et elle mérite encore les éloges que les siècles lui ont décernés. Elle garde sa parure de prêtres pieux et savants, de reli-