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XX PRÉFACE

lesidées: « la diplomaLie romaine a montré celte intelligence des situations, cette fermeté à maintenir les principes, celte modération à les appliquer, ces concessions pour la faiblesse humaine qui ont fondé sa réputation et lui ont valu plus d'un grand succè s dans l'histoire. »

Je voudrais que cette préface ne fût pas seulement un témoignage de ma durable reconnaissance et de ma vénération envers le Cardinal Mathieu, mais qu'elle pût convaincre tous ceux qui l'ont peu ou mal connu, que dans toutes les situations qu'il occupa, sous tous ses aspects, par toutes ses œuvres, par la parole et par la plume, dans ses croyances et ses sentiments, dans son esprit, dans son cœur, dans sa vie, dans son âme, il demeura, il se montra, avant tout et par-dessus tout, un Prêtre.

Louis Maisonneuve,

Doyen de la Faculté de Théologie (Institut Catholique de Toulouse).

UN PRÉDICATEUR CONTEMPORAIN LE P. TOM BURKE (1881) i.

Messieurs,

L'orateur dont j'aurai l'honneur de vous entretenir est un de ces hommes auxquels s'applique le mot célèbre fait autrefois sur Berryer : « C'est plus qu'un talent, c'est une puissance. » Il a parlé devant des auditoires de 10, 15, 20 et une fois même de 50,000 personnes, traitant les plus grands sujets que l'éloquence humaine puisse aborder, provoquant l'attention des hommes d'Etat et la réflexion des penseurs aussi bien que l'enthousiasme des foules, et remportant d'incroyables succès d'admiration et d'argent. C'est un prédicateur, un prêtre catholique, un religieux dominicain. Rassurez-vous, Messieurs, je ne vous conduirai ni à Notre-Dame, ni à Saint- Augustin, je ne mettrai pas le pied dans la platebande interdite de la polémique religieuse et votre séance ne sera troublée par aucun écho des discussions si vives de l'heure présente. Aux époques un peu agitées et troublées comme la notre, l'avantage des Académies, c'est précisément de former comme autant d'oasis paisibles où des hommes divisés d'ailleurs puissent se reposer en

1. Publié dans les Mémoires de V Académie de Stanislas. C'i Mathieu. — II 1

1 ŒUVKES DU CARDINAL MATIIILU

échangeant leurs plaisirs d'esprit et en servant la meilleure de toutes les républiques : la république des lettres. Mon prédicateur n'est ni le P. Monsabré, ni le P. Didon, c'est un Irlandais qui ne prêche qu'en langue anglaise, quoiqu'il sache et parle le français. Il s'appelle Tom Burke, il est né en 1828 à Gahvay, a fait une partie de ses études à Rome, et, entré de bonne heure dans Tordre de Saint- Dominique, il passait déjà pour le premier prédicateur de l'Irlande, quand, à la fin de 1871. il fut envoyé aux Etats-Unis comme visiteur des maisons de Tordre. Naturellement les Irlandais d'Amérique, qui le connaissaient de réputation, voulurent l'entendre, et bientôt il obtint dans toutes les grandes villes de l'Union, de Ne'VN'-York à la Nouvelle-Orléans, des triomphes oratoires tels que les Américains seuls savent en décerner. Quand il prêchait, les églises étaient remplies cinq et six heures à l'avance, et souvent des centaines d'auditeurs, qui n'avaient pu trouver place, se pressaient silencieusement aux portes ouvertes, pour saisir quelques mots.

A Boston, il fît ce qu'on appelle une lecture devant trente mille personnes, dans le Colysée, salle immense où les musiques des deux mondes venaient de concourir et où la garde républicaine de Paris avait pris sur les Prussiens une revanche, hélas I insuffisante. Voici comment il débuta devant cet auditoire elfrayant :

« On raconte que le conseil municipal d'une ville d'ir- « lande n'ayant pu tomber d'accord sur le choix d un « maire, il fut résolu qu't)n choisirait le premier qui « entrerait dans la ville le lendemain. Or, il se trouva que " c'était un pauvre, pauvre jeune homme qui occupait

LN l'REDlCATiaU COMEMPOHAIN 6

a un tout petit emploi dans la cité. On le nomma, on le « revêtit du bel lial)il ofticiel et on l'installa dans sa (( charge. Le soir venu, (juand il rentra chez lui dans son « bel accoutrement, sa mère stupéfaite ne put que lui « dire : Qu'est-ce que c'est, mon hls, que ce changement? « qu'est-il arrivé ? Il me semble, Messieurs, que quelque « chose de semblable se passe pour moi. Me voici au « milieu de vous, environné d'honneurs que j ai peine à « comprendre. Et si de Galway où elle vit encore, cette « pauvre vieille femme qui est ma mère voyait ce qui « se passe ici, elle ne pourrait s'empêcher de s'écrier : « Eh ! Tom, mon fils, qu'est-ce que c'est, et qu'est-il « arrivé? Et moi, je ne saurais que lui répondre : Mais, v< mère... je ne sais trop moi-même'. »

Simples et touchantes paroles auxquelles répondit un tonnerre d'applaudissements !

Le P. Burke, ou, comme disaient familièrement les Irlandais, le P. Tom, dut subir les ennuis, les fatigues et les travaux d'Hercule que la popularité, en Amérique, inflige à ses victimes : persécutions de reporters, députations, défilés avec bannières, banquets avec toasts, etc. A Saint-Louis, 3.000 personnes vinrent au-devant de lui, il lui fallut, bon gré mal gré, faire son entrée dans un carrosse à quatre chevaux et assister à un dîner de loO couverts.

Gomme on quêtait à ses sermons et qu'on payait pour assister à ses lectures, toutes les bonnes œuvres voulurent battre monnaie avec sa personne, et le P. Tom

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