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Année dominicaine, septembre

devint lu proie de tous les curés qui avaient des églises à bâtir, des orphelinats à fonder, des cercles catholiques à entretenir ; de sorte qu'il lui arriva quelquefois de descendre de la chaire pour remonter à la tribune et de parler six heures dans la même journée.

Dans l'été de 1872, le célèbre historien anglais Henri Froude vint donner à New-York des lectures sur l'histoire de l'Irlande, dans lesquelles il portait sur la religion et le caractère des Irlandais des appréciations sévères, où perçait la vieille antipathie des Anglais contre une race qu'ils ont encore plus méprisée qu'asservie. Le P. Burke était alors dans tout l'éclat de sa renommée. Immédiatement une sorte de clameur nationale le supplia de défendre l'honneur de ses compatriotes. Il écouta cet appel de tout un peuple indigné, revint à New- York, et engagea avec Froude, à l'Académie de musique, un duel courtois de science historique et d'éloquence, dont l'effet moral fut tel que les Irlandais passèrent tout d'un coup du rôle d'accusés à celui de triomphateurs. Le P. Tom fut proclamé le second O'Connell, le libérateur de l'Irlande en Amérique, et pour que rien ne manquât à sa gloire, la caricature elle-même y contribua. Il fut représenté monté sur un cheval fougueux et terrassant, à l'aide d'une longue et forte lance, son adversaire mal protégé par un fragile bouclier. Ailleurs M. Froude, à la vue du Père apparaissant dans un nuage brillant, déchirait avec effroi son volumineux manuscrit.

Ce fut le point culminant de la destinée du P. Bui'ke, qui, après une courte stationàla Nouvelle-Orléans, revint épuisé à Dublin, où depuis il expie ses triomphes par

UN PREDICATELIî CONTEMPORAIN 5

une maladie lente et mystérieuse qui inquiète ses nombreux amis. En dix-huit mois il avait accompli de véritables prodig"es, relevé le moral de tout un peuple, opéré ou préparé des abjurations par milliers et g'agné la somme de deux millions, qu'il laissa presque tout entière aux établissements charitables, n'en o^ardant qu'une très petite partie pour la chapelle de son couvent de Dublin. Burke, qui est un improvisateur et qui n'écrit point, ne songeait à rien imprimer, quand, de retour en Europe, il apprit que des spéculateurs américains allaient publier en forme de livre la sténographie de ses discours. 11 se décida alors à prendre les devants, revit lui-même le travail des sténographes, et fit paraître en 1873 deux gros volumes in-quarto de plus de 600 pages chacun qui n'ont pas été traduits en français et dont un exemplaire m'a été prêté par le R. P. Bourgeois '. En parcourant ce jardin anglais, touffu et luxuriant, il m'a semblé que je pourrais y cueillir un bouquet à votre intention, et je vous demande la permission de vous l'offrir, dans l'espérance que le parfum de ces fleurs d'outre-mer ne vous déplaira point. J'ose seulement solliciter votre indulgence pour la traduction parce que je ne sais l'anglais que très imparfaitement, et pour la prononciation des noms propres, parce que je ne la sais pas du tout, n'ayant appris la langue que par les yeux. Un de vos confrères les plus éminents, qui heureusement n'est pas mort tout entier pour l'Académie, M. A. de Metz-Noblat, disait : « L'anglais ne se parle pas, il se grogne. » Je

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