‹ ŒuvresChapitre 15 sur 41 · I.K MUIM; JEAN · texte numérisé non relu

I.K MUIM; JEAN

tiitions d'humilité que les auteurs d'autrefois prodiguaient. Le bon moine se trompe ou nous trompe sur son compte, car c'est un esprit très cultivé, nourri de la fleur de l'antiquité latine, familier même avec le g-rec et qui en remontrerait sans peine aux bacheliers, peut-être même aux licenciés et à quelques docteurs de nos jours.

Sa narration, quoique vivante, naturelle et bien suivie, forme une brillante mosaïque où les citations de l'Ecriture sainte, celle des poètes et des prosateurs classiques se trouvent très habilement enchâssées et fondues dans le texte, et à en juger par ces échantillons, la bibliothèque de l'abbaye de Ilaute-Seille devait être fort bien pourvue.

Je lis, dans la première phrase, ces mots fameux que nous avons tous entendus dans notre enfance et par lesquels débutent tous les beaux contes: Il y avait une fois! Fiiil rex quidam, il y avait ime fois un roi ! ce roi anonyme des féeries, plus riche que Crésus, plus magnifique que Louis XIV, plus puissant que Napoléon, plus populaire que Henri IV, qui règne depuis des milliers d'années sur les imaginations enfantines et naïves ! C'est en vain que les républiques s'établissent et détrônent ses collègues en chair et en os, c'est en vain qu'une histoire et une raison maussades contestent jusqu'à son existence, c'est en vain que le théâtre de nos jours le fait à plaisir idiot et gâteux, il n'en garde pas moins sa cou-

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ronne de diamant, ses palais enchantés, ses coursiers rapides comme l'éclair, son budget inépuisable, ses armées, son incomparable prestige. A travers toutes nos révolutions, son jeune peuple lui est resté fidèle, et Iheureux monarque continuera à gouverner les royaumes de la fantaisie, longtemps, bien longtemps encore, tant qu'il y aura de petites tètes blondes hantées par l'amour du merveilleux et de jolies lèvres roses pour dire à une mère ingénieuse : Conte-nous l'histoire du Prince-Charmant ou celle de Cendrillon !

Il V avait donc une fois un roi que, faute de nom propre, notre moine appelle symboliquement Z)o/o/)a^/ios, c'est-à-dire, d'après son étymologie que je ne garantis pas, souffre-douleur ou souffre-dol, roi destiné à souffrir et à être trompé. 11 régnait en Sicile sous la suzeraineté de l'empereur Auguste qui lui avait donné sa nièce Agrippa en mariage', et comme c'était la perle des monarques pour la justice et la bonté, il avait fait de la Sicile une sorte de paradis terrestre. Son seul chagrin venait de ce qu'il n'avait pas d'enfant. Enfin la reine conçut après bien des années de stérilité. Le roi, tout joyeux, consulta sur l'avenir les devins et les mathématiciens qui inspectèrent les étoiles et lui dirent : Ce sera un garçon, il vivra, sera grand philosophe et aura beaucoup d'embûches à éviter ; mais il régnera dans la mai-

1. Les dix premières pages n'otTreat point grand intérêt et racontent la prospérité de la Sicile, la corruption qui en fut la suite, les plaintes portées à la cour d'Auguste contre le roi, la justification victorieuse de celui-ci et la manière dont il réforma les mœurs de ses sujets.

son de son père et adorera le Dieu suprême. Notre moine ajoute ici cette réflexion irrévérencieuse pour les devins et les mathématiciens : « Ce n'était pas leur science qui « leur avait ainsi révélé l'avenir, mais celui qui fit autre- « fois parler Tàne de Balaam. »

L'enfant vint au monde et son père lui donna le nom de Luscinien, parce que le jour de sa naissance il avait aperçu une croix lumineuse. Pendant sept ans, Luscinien fut abandonné aux mains des femmes, suivant la coutume antique : « C'est l'usage que les fils de rois et « de nobles ne soient admis k la table de leurs pères « qu après la septième année révolue. »

Au septième anniversaire de sa naissance, il fut présenté à l'heure du repas à son père et aux nobles convives de son père qui l'admirèrent beaucoup, car il était devenu charmant. A qui confier l'éducation d'un enfant de si grande espérance ? Le roi se rappela fort à propos cette sentence de Platon, « que le monde serait heureux si les philosophes régnaient ou si les rois philosophaient » , et il résolut de choisir pour précepteur de son fils un philosophe qui lui apprendrait les arts libéraux, l'histoire et la manière de gouverner. En ce temps-là, florissait à Rome le fameux poète Virgile, qui « étant né àMantoue, ville de Sicile », était bien connu du roi dont il avait reçu des présents.

Que les membres de la Société de géographie qui m'écoutent ne jugent pas trop sévèrement cette grosse erreur. Il y avait si loin de Haute-Seille à Mantoue, et les cartes d'état-major étaient si imparfaites à cette époque que le pauvre moine mérite au moins les circonstances atténuantes.

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C'est donc à Virgile, le prince des philosophes de ce temps, que l'enfant fut envoyé pour être instruit et mis en état de déjouer les embûches dont il était menacé. Il paraît que Virg-ile tenait à Rome une sorte de petit collège, car Luscinien, au bout d'un an, surpassait en grec et en latin ses camarades qui avaient quatre et cinq ans d'études, et il fut merveilleusement aidé par un petit manuel mystérieux où son maître avait renfermé, en abrégé, les sept arts libéraux. Virgile ne le prêtait à personne, pas même pour une heure, il l'avait refusé à l'empereur lui-même, et il ne le confiait qu'à Luscinien avec lequel il s'enfermait pour l'expliquer. Un élève aussi favorisé fut bientôt versé dans tous les mystères du trivium et du quadr'wium, dont il estimait surtout la dernière partie, l'astronomie.

Grâce à certaines règles enseignées par Virgile, il pouvait, en interrogeant le mouvement des planètes et l'aspect du ciel, savoir ce qui se passait dans le monde entier, et il tira bientôt grand profit de cette science. C'est ainsi qu'ayant, par l'astronomie, appris que des condisciples jaloux voulaient l'empoisonner dans un festin, il accepta rinvilation, et quand parut le breuvage qui renfermait la mort, il obligea les conjurés à boire les premiers et les vit mourir sous ses yeux.

Voilà donc Luscinien devenu un grand philosophe dans un âge encore tendre, puisqu'il ne passa que sept ans avec Virgile. Malgré sa gloire précoce, il gardait pour son maître la déférence du plus humble disciple, et pour ne pas se mettre au-dessus de lui, même physiquement, il abaissait sa grande taille au niveau de la petite

stature du poète, et se tenait à côté de lui, le corps tout courbé. C'était peut-être pousser le respect un peu loin, mais dans toute l'histoire de cette éducation, vous apercevrez la marque toute vive de cette admiration, de cette sorte de dévotion extraordinaire et touchante que le moyen âge tout entier témoigne à Virgile, et dont, un siècle et demi plus tard, le poète de la Divine Comédie s'est fait l'immortel interprète.

Le précepteur n'avait plus rien à apprendre au disciple ; mais avant leur séparation se place une scène capitale qui est la clef de tout le roman.

Un jour que Virgile était sorti pour une promenade, Luscinien, resté seul au logis, repassait, dans le fameux manuel, les règles de l'astronomie, quand tout à coup il pousse un grand cri et tombe évanoui. Les serviteurs s'empressent autour de lui et lui prodiguent des soins qui le raniment ; Virgile rentre sur ces entrefaites, et Luscinien lui fait la douloureuse confidence qui suit :

« Pendant que vous étiez à vous promener, ô le plus « grand des hommes, j'avais pris notre petit livre pour « en graver définitivement les règles dans ma mémoire. « Voilà que, dès la première page, j'apprends, au chan- « gement de l'air, que ma mère chérie est morte, que « mon père Dolopathos s'est remarié, et qu'il vient d'en- « voyer une ambassade chargée de me ramener dans « ma patrie pour y être couronné. La mort de ma mère (( et la perspective de notre séparation m'ont causé un « saisissement (jui a failli mètre mortel.

« — Je savais tout cela, répond Virgile, et je ne vous (( en ai rien dit pour ne pas vous effrayer avant le « temps. Le moment est venu de montrer sur le trône (( un roi-philosophe et un philosophe-roi, en tempérant (( la majesté royale par la discipline philosophique et en « relevant la philosophie par l'éclat de la majesté royale. « Mais, avant de nous séparer, vous allez me prêter un « serment. Jurez qu'à partir du jour où nous nous quitte- « rons, vous ne direz plus un seul mot à personne, ni en « route, ni dans votre patrie, ni au roi, ni à la reine, ni « à aucun des grands, ni à âme qui vive, jusqu'à ce que (( vous me revoyiez î »

Le pauvre Luscinien éprouve une hésitation bien naturelle avant de s'engager. « La langue, dit-il, tourne si facilement! J'aurais beau mettre un frein à la mienne et de fermer la bouche avec une porte de fer, quand tout le royaume viendra me saluer, pourrai-je retenir quelques paroles aimables ? » Cependant, sur les instances de Viro-ile, il prête le serment, et vous allez voir avec quelle constance héroïque il le tient. Les ambassadeurs arrivent pour le ramener en Sicile, il s'arrache en pleurant des bras de Virgile, et à partir de ce moment, il ne dit plus un mot. On approche, tout le royaume s'émeut, Dolopathos, les rois tributaires de Dolopathos, les princes, les magistrats, le peuple s'avancent en cortège magnifique sur la route qui mène de Palerme à Rome, le détroit de Messine, il faut bien le croire, n'existant point encore. Je vous épargne. Messieurs, la description de toute cette pompe que, « ni Cicéron avec toute son éloquence, ni Homère accompagné des neuf Muses », ne suffiraient à

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chanter dignement. Le père et le fils se rencontrent et tombent dans les bras l'un de l'autre, puis les rois, les princes, les soldats, les jeunes gens, la reine, les dames, les jeunes filles, tout le monde se jette sur Luscinien et l'accable de démonstrations de respect et de tendresse, (( Nous avons baisé toute la Bretagne», écrivait une fois M""^ de Sévigné. Luscinien, ce jour-là, fut baisé par toute la Sicile, même par les dames « qu'aucun mari jaloux ne retint, nullam mariti retraxit zelotypia », même par les jeunes lilles dont la pudeur n'eut rien à souffrir de ces chastes caresses, nullam pudor virginalis ah osculis quœ caste et pudice offerebantur redarguit, si bien que tout occupé d'embrasser le royaume, personne ne s'aperçut d'abord qu'il ne disait rien.

Le lendemain, pourtant, il fallut bien que la triste réalité se manifestât. Dolopathos va de bon matin trouver son fils et lui tient un beau discours pour lui annoncer qu'il veut abdiquer et le couronner à sa place. Luscinien ne répond rien, le roi s'étonne, le presse, soupçonne Virgile ou les ambassadeurs de quelque maléfice, et enfin le jeune prince écrit un petit billet par lequel il déclare que ni Virgile, ni les ambassadeurs ne sont pour rien dans son mutisme, et qu'il a perdu la parole à la suite du chagrin causé par la mort de sa mère.

Vous pouvez juger. Messieurs, de la désolation de l'infortuné Dolopathos à cette découverte, et de celle de tout le royaume, quand se répandit la fatale nou-

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velle : le fils du roi est muet I On résolut de différer le couronnement et d'essayer de quelque remède. Comme la tristesse paraissait être la cause du mal. la reine et les conseillers du roi crurent qu'ils en triompheraient en amusant le jeune prince et en le provoquant au plaisir de toutes les façons. On le livre donc aux filles d'honneur de la reine qui s'appliquent à le corrompre.

Ici. Messieurs, je glisse rapidement et je passe tous les détails très libres dans lesquels entre notre « moine de bonne vie ». dans un livre dédié à un évêque renommé pour sa sainteté. C'est le cas de nous rappeler une observation très juste des moralistes, qui est d'une application fréquente quand il s'agit de la littérature du moyen âge : à savoir que si la vertu ne change point et si la morale chrétienne condamne toujours les mêmes vices, les hommes se font, suivant les temps, une idée bien différente des convenances extérieures, des bienséances du style et de la pudeur dans les discours. On s'entend assez facilement sur ce qu'il est permis de faire, mais beaucoup moins sur ce qu'il est permis de dire, et on ne saurait juger de la A-aleur morale d'un peuple par la réserve apparente des discours ou des entretiens. Il y a des époques et des gens qui bravent l'honnêteté dans les mots en l'observant dans les actions, tout comme on voit des sociétés et des personnes très pudibondes sans être pudiques.

Nous valons probablement beaucoup moins que les bonnes religieuses pour lesquelles Roswitha, abbesse de Gandersheim. composait, au x'' siècle, des comédies

vertueuses au fond, mais d'une forme tellement libre qu'on n'oserait certainement les jouer aujourd'hui dans aucun établissement d'instruction.

Quoi qu'il en soit, les filles d'honneur perdirent leur temps et leurs artifices mallionnêtes avec Luscinien qui demeura aussi vertueux que muet. C'est alors que la belle-mère entre en scène et veut essayer ii son tour le pouvoir de ses charmes. Elle se décore de pierreries, d'anneaux, de colliers, de vêtements splendides, peint sa figure « avec du lait et des roses », et laisse tomber sa chevelure d'or sur ses épaules. On eût dit une seconde Hélène, capable, elle aussi, d'allumer la guerre dans tout l'Orient. Armée de cette redoutable beauté, elle va trouver le jeune prince et renouvelle les tentatives de ses filles d'honneur. Elle se heurte contre la même résistance inflexible ; mais, se prenant alors à ses propres filets, elle conçoit pour celui qu'elle ne peut séduire une passion ardente qui ne reculera devant aucun moyen de vengreance. Elle confie ses ardeurs honteuses et son ressentiment à ses filles d'honneur, et, sur le conseil de l'une d'elles, elle imagine un stratagème qui doit perdre l'innocent et le punir de sa vertu obstinée. Un matin, elle se rend auprès de Luscinien et, devant lui, s'arrache les cheveux, se déchire la figure avec ses ongles, ensanglante ses vêtements, puis se met à pousser d'effroyables cris qui retentissent dans tout le palais. Ses complices accourent et ajoutent par leurs clameurs et leur désolation feinte à l'horreur de la scène, puis « toutes ensemble, la grande couleuvre et les petites sortant de leur caverne », vont trouver le roi et dénon-

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cer à sa vengeance l'infâme qui a osé attenter à l'honneur de la reine sa belle-mère. Quel nouveau coup pour Dolopathos. surpris en plein conseil des ministres par cette elTroyable aventure ! Il se plaint de son malheur aux dieux, qu'il a servis avec une piété si mal récompensée, aux fallacieux mathématiciens et aux devins menteurs qui ont prédit à son fils un règne glorieux, et il interpelle violemment ce fils lui-même qui avait suivi son accusatrice et qui assistait à toute cette scène avec l'air le plus simple et le visage le plus serein du monde, mais toujours sans dire mot. Un combat terrible se livre dans le cœur du père entre son affection et son devoir. Enfin, la justice l'emporte, le roi se décide à punir le coupable et consulte ses conseillers sur la peine k lui infliger. Ceux-ci, qui auraient bien voulu échapper à la responsabilité d'une telle sentence, hésitent, se récusent, demandent à s'en aller et, enfin pressés par leur maître, ils déclarent que les lois prononcent, dans ce cas, le dernier supplice. Le roi ratifie la sentence, un héraut la publie et parcourt la ville en ordonnant à tous les sujets, petits et grands, de se rendre, le lendemain, dans la plaine voisine en portant du bois et de la paille. Le lendemain, tout le monde se rend dans la plaine indiquée, le bois et la paille sont entassés en un vaste bûcher auquel plus de deux cent mille personnes contribuent ; la reine et les filles d'honneur se présentent chacune avec un petit fagot, et l'infortuné Dolopathos paraît tenant d'une main le feu et de l'autre une torche de paille. Quant à Luscinien lui-même, semblable à un agneau innocent et doux, il se laisse mener au supplice les pieds nus et les mains liées derrière le dos.

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Le roi met le feu au bûcher de sa propre main, puis, qi^and la flamme s'élève ardente et haute, il ordonne d'y jeter son fils. Personne n'a le courage d'exécuter cet ordre, le roi insiste, les sujets refusent, et pendant ce débat, voilà qu'un vieillard à la barbe longue et aux cheveux blancs, tenant dans la main droite un rameau d'olivier, s'avance sur une mule à travers les flots pressés du peuple. Il met pied à terre, salue le roi qui l'interroge sur sa patrie et le but de son voyage, et s'exprime en ces termes :

— Je suis Romain de nation, et on m'appelle un des sept Sages. J'ai l'habitude de courir le monde pour m'instruire de ce que j'ignore, et enseigner ce que je sais.

— Vous arrivez à propos, répondit Dolopathos ; j'ai grand besoin de conseillers sages, car la Sicile en est absolument dépourvue.

— Si votre Majesté le permet, reprend le vieillard, j'aimerais de savoir ce qu'a fait ce beau jeune homme et ce que signifie ce bûcher.

Le roi lui expose l'affaire en détail, à quoi le sage réplique : « Qu'un père mette son propre fils à mort, c'est de la cruauté ou de la justice poussée à outrance. Laissez-moi, puisque c'est ma profession, tirer du trésor de ma mémoire un récit qui pourra vous éclairer. » Tous font silence, le vieillard monte sur un tertre et raconte l'histoire d'un jeune prodigue qui, après s'être

ruiné en générosité, emmena sa femme, son enfant au berceau, son chien, son cheval et son faucon dans un pays lointain où il cacha sa pauvreté et vécut péniblement du produit de sa chasse. Un jour que le gibier manquait et qu il avait prolongé son absence, sa femme sortit pour demander du pain à une voisine, laissant seuls au logis l'enfant au berceau et le chien. Un serpent se glissant alors dans la chambre, se dirigeait vers le berceau et allait atteindre le pauvre petit quand le chien rompant sa chaîne, tua la bête venimeuse et entraîna son cadavre loin du berceau qui, sétant renversé dans la lutte, recouvrit l'enfant. Le père rentra sur ces entrefaites, trouva le chien avec la gueule ensanglantée et s'imaginant qu il avait dévoré l'enfant qui était caché par le berceau, il tua la pauvre bête dans un accès de fureur dont le cheval et le faucon eux-mêmes furent encore les innocentes victimes.

A ce récit d'une erreur fâcheuse, le sage ajoute le conseil de relire les lois, et, pour son salaire, demande qu'on diffère d'un jour le supplice du jeune homme. Le roi exauce cette prière, on passe la journée à relire le Code pénal sans trouver un article qui permette d'épargner Luscinien, et le lendemain tous les préparatifs du supplice se renouvellent. Mais, vous le devinez bien, un second sage arrive à point nommé pour empêcher 1 exécution. Comme le premier, il raconte une histoire et obtient un nouveau délai. La même aventure se reproduit les jours suivants, et comme il y avait sept sages, cela fait sept récits pour démontrer qu'il y a des questions très délicates et très diftîciles à trancher, qu'on

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voit arriver des choses bien extraordinaires, que ce monde est rempli de trompeurs et de trompés, et qu'enfin il faut se délier des femmes en g-énéral et des bellesmères en particulier. Si vous le voulez bien. Messieurs, j'analyserai rapidement ces différents récits.

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