SECONDE HISTOIRE
Le trésorier du roi.
Il y avait au temps passé un roi très riche dont les trésors étaient entassés dans une haute tour. Son ancien trésorier, retiré des affaires, se laissa entraîner par un fils prodigue à voler son maître, et pénétra dans la tour en perçant une ouverture dons la muraille. Le roi s'aperçut du larcin, et pour en découvrir les auteurs, s'adressa k un vieillard aveug-le qui possédait une g-rande expérience dans la matière, ayant eu lui-même les yeux crevés pour vol. Sur les conseils de cet ancêtre de Vidocq, on allume un feu de bois vert dans la tour, et la fumée, en s'échappant par l'ouverture mal rebouchée, montre par où les voleurs ont passé. Pour arriver ensuite à les prendre, on dispose au-dessous de l'ouverture une grande cuve qu'on remplit de ciment. Le vieux trésorier revient en débouchant l'ouverture, tombe dans le siège jusqu'au cou, et y reste englué. Son fils, resté sur la brèche faite dans la muraille, essaie inutilement de le tirer d'affaire. Se voyant perdu, le larron prend un parti héroïque pour n'être pas reconnu et pour épargner aux siens le déshonneur de son crime. « Coupe-moi la tête
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et emporte-la bien vite », dit-il à son fils : et celui-ci se résigne à exécuter l'horrible commandement.
Le lendemain, le roi pénètre dans la tour et ne trouve que le tronc sang'lant et méconnaissable. Il communique la découverte à son Vidocq qui dit en souriant : (( Voilà certes, un rusé voleur ! C'est certainement un « noble qui. pour ne pas perdre sa famille, s'est fait « décapiter par son compagnon ! Le cas devient diffî- (( cile. Il faut essayer d'un autre expédient. Que l'on « attache le tronc à la ([ueue d'un cheval, qu'on le pro- « mène à travers toutes les villes du royaume et que les « soldats s'emparent de tous ceux qu ils verront pleu- « rer : l'émotion trahira la famille du coupable. »
Ainsi dit, ainsi fait, Le fils voit passer le cadavre de son père, il devine le stratagème, et afin de pouvoir pleurer librement, il se coupe prestement le pouce gauche et se met à pousser des cris lamentables, lui et tous les siens. On le conduit au roi qui l'accuse de complicité. " Je suis innocent, répond-il. je pleure non sur le cadavre, mais sur mon pouce coupé par mégarde. » La promenade sanglante est recommencée le lendemain, le tils éprouve la même émotion et les mêmes craintes, et afin de justifier de nouveau sa douleur, il pousse son petit garçon dans un puits, et se lamente ensuite avec toute sa famille. On le ramène au roi auquel il raconte sa nouvelle infortune. Le monarque plaignant de tout son cœur le malheureux qui a perdu coup sur coup son pouce et son fils, le renvoie libre en lui donnant cent marcs d'argent.
Vous voyez. Messieurs, (juelle habileté déployaient.
dès ces temps reculés, les voleurs des deniers publics. C'est à se demander comment le second des sept Sages a été si bien informé, et par {juelle divination il a connu les détails d'un larcin resté secret et impuni.