QUATRIÈME HISTOIRE
Le Débiteur insolvable, ou la Contrainte par corps.
Une jeune orpheline, riche et savante dans l'art magique, étant demandée en mariage par de nombreux prétendants. Loin de les repousser, elle les accueillait tous et promettait à chacun d'eux ses faveurs et sa main, moyennant un cautionnement préalable de cent marcs d'argent, puis elle les endormait d'un sommeil magique au moyen d une plume de strygc qu'elle plaçait sous leur oreiller et les renvoyait le lendemain penauds et dépouillés. Après avoir beaucoup augmenté sa fortune par ce moyen, elle finit par épouser un gentilhomme pauvre qui s'était débarrassé du talisman, mais qui avait emprunté le cautionnement de cent marcs avec cette clause terrible, que s'il ne les rendait pas à léchéance, il laisserait couper sur son corps un poids de chair équivalent à celui de l'argent prêté.
Liieureux époux oublia l'échéance et fut poursuivi
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devant le roi par son créancier, qui repoussa impitoyablement la somme en espèces et exigea le paiement en nature. Le roi et les pairs qui l'assistaient étaient fort embarrassés, quand l'épouse du débiteur, recourant à son art magique et se métamorphosant, se présenta devant le roi en se donnant comme un chevalier étranger très versé dans la jurisprudence. Elle parvint à se faire nommer arbitre du litige, et, trouvant le créancier inflexible, elle acquiesça en apparence à la demande, fit étendre son mari tout nu sur un drap et dit au réclamant : « Vous allez vous payer sur le corps de ce jeune homme, mais si vous prenez un scrupule en plus ou en moins, si vous laissez tomber une seule goutte de sang sur ce drap, c'est vous qui mourrez, votre corps sera abandonné aux oiseaux de proie et vos biens confisqués. » Le misérable redoutant pour lui-même l'exécution de cette sentence, demanda grâce à son tour et offrit cent marcs d'argent pour se tirer de ce mauvais pas.
CINQUIÈRIE HISTOIRE
La Poule.
Un ancien roi des Romains partant pour la guerre, traversait un hameau où vivait, avec son fils unique, une pauvre veuve n'ayant pour tout bien au monde qu'une petite poule. Comme l'armée jjassait devant la chaumière de cette femme, le fils du roi qui portait un faucon sur le poing, à la manière des nobles, le lança sur la poule, et la pauvre volatile était expirante quand
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le fils de la veuve accourant, tua l'oiseau de proie d'un coup de bâton. Le fils du roi, furieux de la perte de son faucon, perça le jeune homme de son épée et s'enfuit,
La veuve éplorée alla crier justice auprès du monarque qui voulut bien interrompre son expédition, revint à Rome et rendit la décision suivante :
« J'estime que la mort du faucon a payé pour celle de la poule. En ce qui concerne ton fils, je te donne le choix entre deux partis : ou bien, si tu l'exiges, je tuerai le mien, ou bien, si tu te décides qu'il vivra, je te le donnerai en place du mort, pour qu'il t'honore et t'obéisse le reste de tes jours. »
La veuve, comme on le pense bien, adopta ce dernier parti, elle passa de sa chaumière dans le palais et échangea ses vêtements grossiers contre une belle robe de pourpre.