‹ ŒuvresChapitre 22 sur 41 · I.K MOI M'. JEAN ion · texte numérisé non relu

I.K MOI M'. JEAN ion

hertin qu'un petit malheur, c'est que le Dolopafhos ne ressemble nullement au Syntipas, comme vous pourrez vous on convaincre en consultant le texte de Boissonade, ou simplement l'analyse de Dacier, si, comme moi. vous comprenez plus facilement le g-rec quand il est traduit en français.

M. Aubertin se serait épargné cette erreur s'il avait seulement ouvert le Dolopathos à la troisième page : « Pendant que j'admirais le génie des Anciens, je me « suis rappelé tout d'im coup un roi sous le règne (( duquel et auquel arrivèrent des choses merveilleuses. (( Comme les écrivains n'en ont rien dit ou rien su, j'ai .( craint qu'elles ne tombassent peu à peu dans Toubli c< et j'ai entrepris de les écrire... Quœ quidem adhiic ■ ■ scf'iptoribus intacta vel forsan incognita permano- « tant... » Le témoignage est formel : ce n'est donc pas sur un texte écrit que le moine a travaillé, quoiqu'on rédigeant il se soit souvenu des classiques. C'est une tradition orale et vivante qu'il a recueillie, et si vous me demandez d'où elle lui venait, je ne trouve qu'une réponse plausible à faire, et je vous dirai : des pèlerins de Terre- Sainte. Ce sont les croisés lorrains qui ont rapporté d'Orient dans notre province l'histoire du Prince muet et des sept Sages. Jean l'a entendue de leur bouche, c'est lui qui, le premier, Ta racontée « on beau latin », c'est H lui qu'Herbert l'a emprunté sans y rien changer, car ses treize mille vers ne sont guère qu'une paraphrase assez monotone de l'original ; et c'est de la Lorraine que la légende est partie pour faire son tour de France et d'Europe, et s'enrichir en voyageant, car les légendes

ŒUVRES Di: CARDINAL MATHIEU

sont le contraire de la pierre qui roule et ressemble bien plus à la boule de neig^e. Est-ce à dire que les chevaliers revenus de Terre-Sainte aient dicté, et que Dom Jehan n'ait fait que tenir la plume ! Non, Messieurs, il est évident qu'outre son beau latin, il a mis beaucoup du sien dans la composition, dans le choix, l'arrangement et les détails des récits, quoique en pareille matière et à pareille distance, on ne puisse rien déterminer avec une entière précision. Ainsi, c'est de lui, très probablement, qu est venue l'idée d'attribuer à Virg-ile un rùle prépondérant dans l'action, c'est lui qui a semé dans la narration les réflexions pieuses et morales et lui a donné, autant qu'il a pu, une couleur édifiante qu'elle n'avait pas naturellement, c'est lui qui a introduit le christianisme dans l'œuvre et a fait le dénouement. En définitive, il s'est montré écrivain assez original et assez intéressant pour mériter sa petite place dans notre galerie lorraine, et j'espère, Messieurs, que grâce à vous, il ne sera plus tout à fait ignoré dans son propre pays.

Il doit être aussi considéré dans une certaine mesure comme un des bienfaiteurs de nos pères, et j'ai remarqué dans son introduction quelques paroles touchantes (pie je veux vous citer en terminant. « 11 y a, dit-il, des u écrivains pour ainsi dire hallucinés, qui remplissent « leurs livres de fictions bizarres, monstrueuses et dis- « cordantes. Je les crois utiles pourtant, parce que, à la « façon des jongleurs, ils ont consolé la misère humaine... « Vice joculatoruin, humanse miserise solatium prsebue- « runt. » Voilà, Messieurs, un mot qui fait honneur à notre bon moine et une pensée qui doit nous rendre indul-

I,E MOINE JEAN lOT

o-ents pour son œuvre et pour toute la littérature du moyeu âg-e. Les hommes de ce temps-là ont soulFerl plus que ceux du notre, cela est incontestable. En revanche, ne vous paraissent-ils pas plus forts, moins inquiets, moins mélancoliques, plus sains de corps et d'àme, plus gais même et. passez-moi le néologisme, mieux équilibrés que nous? D'où leur venait cette constitution vigoureuse? Si je ne me trompe, de deux éléments qui se trouvent réunis dans l'œuvre de Don Jehan: d'une part, une foi profonde et précise qui leur inspirait la résignation, et, de l'autre, une jeunesse d'imagination et de cœur qui les rendait sensibles à la fiction, et capables de goûter les illusions consolantes qu'elle procure à ceux qui s'en laissent charmer. De nos jours, la condition des hommes est devenue iniiniment plus douce; mais ils sont moins satisfaits de ce qu ils possèdent que tourmentés de ce qui leur manque, et un^ grande tristesse pèse sur les âmes, parce qu'elles ne regardent point en haut et quelles ont perdu le sens de l'idéal.

Au moment même où je lisais à votre intention les inventions naïves du Boman des sept Sai/es, j'ai été, comme vous, douloureusement surpris par des clameurs h, ineuses, des revendications sauvages, des menaces de guerre sociale, et il m'a semblé que la scène du Dolopathos devenait sous nos yeux une allégorie savante et sinistre.

La voilà bien, cette marâtre qui pousse des cris de mort et réclame des supplices ! C'est cette démagogie grossière, jalouse et cruelle, qui veut à tout prix sassou-

vir, et le malheureux contre lequel elle s'acharne, c'est notre cher pays lui-même, dont elle met en péril la richesse, la renommée, la civilisation et jusqu'à l'existence. Qu'ils viennent les sages à la langue persuasive ([ui ont secouru le prince, qu'ils viennent les Orphées dont la Ivre sait dompter les bêtes fauves, qu'ils viennent les apôtres qui ont ressuscité les morts et converti le peuple de Sicile! Que la religion, l'art et la philosophie s'entendent pour éclairer les intelligences, désarmer les bras en pacifiant et en élevant les cœurs, et qu'ils réussissent ainsi à sauver la grandeur de la France !

Un pèlerinage en V honneur de Notre-Dame de Lourdes, dans un village du Toulois, par M. labbé De.ma.ngi:, chanoine honoraire, direcleur de l'Ecole Saint-Léopoldi.

M. labbé Démange, directeur de 1 Ecole SainL-Léopold de Nancy, n'excelle point seulement dans Tart difficile d'élever la jeunesse ; à la science de l'éducation il joint les dons les plus rares de l'écrivain. Si vous le voulez bien, lecteur, considérons dans l'écrivain la forme plus que le fond, écartons toute idée litigieuse ou trop sérieuse et délectons-nous, un instant, à parler littérarature : il s'agit de payer à un littérateur éminent une vieille dette de reconnaissance.

M. Démange, dans une vie très dignement occupée, a trouvé le temps de beaucoup écrire. L année dernière, il publiait une étude sur Vabus des plaisirs dans l'éducation contemporaine, qui est, en même temps qu'un beau livre, une bonne action et un service signalé rendu aux familles. Avant ce travail considérable, il a composé bien

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