Lettre à Tallevrand, 23 mars
(( Les cardinaux sont partis à l'exception de Braschi goutteux et Albaniqui a été pris inopinément de la fièvre. L'esprit romain est très mauvais et la classe moyenne propage les nouvelles les plus absurdes contre nous. Les Anglais sont revenus en foule de Xaples et ils partent de Rome effrayés. Plusieurs tiennent des propos déplacés. »
L'entrée de Napoléon à Paris eut son contrecoup dans la ville éternelle où des Français manifestèrent en sa faveur :
« J'étais destiné à y voir les choses les plus affligeantes et les plus sensibles pour un sujet fidèle à son roi. Le directeur de l'Académie de France comblé de distinction et de faveur par M. l'Ambassadeur, à peine avait-il su l'entrée de Bonaparte à Paris qu'il a fait descendre les armes de Sa Majesté de dessus la porte du palais au grand scandale de tous ceux qui se sont trouvés ou ont accouru sur les lieux. Les réclamations ont été tardives, faites de vive voix ; aussi elles ont été infructueuses, et les armes n'ont point été rétablies. Cependant après quinze jours on a réclamé par une note écrite et la réponse a été évasive et tout en est resté là. Quelques jours après, quelques soldats étrangers ayant descendu les armes de Murât qui étaient sur le palais Farnèse, le peuple s'en était emparé et les avait mises en pièces. L'autorité en a montré son mécontentement par une notificazione.
« Si on avait voulu, les armes du roi auraient été remises sans trouble et même avec applaudissements, car le suisse de l'Académie ayant eu la hardiesse devenir se promener à la place d'Espagne avec une cocarde tri-
colore à son chapeau a tellement été entouré et hué qu'il a dû se retirer précipitamment par le grand perron de la Trinité des Monts et gagner la villa Médicis, ayant pourtant eu la précaution doter sa cocarde.
« Nous ne sommes plus que quatre ou cinq à conserver notre fleur de lys et presque tous les Français la portaient à Rome.
(( J'ai su de science certaine que Ion avait fait payer à Isoard le trimestre de la Rote et il écrit qu'il va arriver à Rome. Pour ne pas voir tant de choses qui m'affligent infiniment, parce que tout cela tend à blesser, à méconnaître la dignité du roi parce qu il n'est pas dans sa capitale, je suis venu à Albano, à 14 milles de Rome, où je suis depuis vingt-trois jours K »
L'orage passa. Waterloo restaura les souverains fugitifs et le Pape revint à Rome. C^est alors qu'éclata le coup de théâtre qui ruina pour toujours les espérances de Salamon et lui enleva toute possibilité de devenir auditeur de Rote : il eut lui aussi son vingt mars. 11 y avait à Paris un petit g-roupe d'anciens évéques qui n'avaient point reconnu le Concordat et avaient refusé leurs démissions en 1801. On les appelait à Rome les Anglais, parce que sous l'Empire ils n'avaient point quitté le pays qui leur avait donné l'hospitalité. C'étaient de vraies âmes d'émigrés. Rentrés en triomphe avec le roi dont ils avaient partagé l'exil et dont ils possédaient toute la faveur, ils annonçaient l'intention de revenir purement et simplement au Concordat de François I" et