‹ ŒuvresChapitre 34 sur 41 · Lettre à Jaucourt, 27 mai · texte numérisé non relu

Lettre à Jaucourt, 27 mai

de remonter sur leurs sièges dont ils portaient toujours le titre quoiqu'ils eussent été ou supprimés ou occupés par de nouveaux élus. Leur chef était Mgr de Talleyrand-Périgord, loncle du ministre, tout puissant auprès de Louis XVIII qui l'avaient nommé grand aumônier et président d'un comité ecclésiastique chargé de réorganiser les affaires religieuses de France. C'est ce prélat que Salamon sollicita et choisit pour confident de ses plaintes sur le peu d'ardeur avec laquelle il était soutenu.

Oubliant qu'il s'était vanté d'avoir fait accepter le Concordat à Rouen, il poussait les prélats anglais à l'intransigeance la plus extrême et professait à peu près la doctrine de la Petite-Eglise. Qu'on juge par ces extraits de deux de ses lettres :

« ...Avec cette cour il faut avoir de la ténacité, de la fermeté. On n'a jamais mis en avant une chose qui les ferait trembler; c'est que le Concordat de 1801 ayant été fait sans le roi, il ne peut le lier en aucune manière, car pour qu'un pacte lie, il faut qu'il ait été consenti par toutes les parties intéressées, or le roi était sérieusement intéressé à ce que son ancienne église, si renommée, si illustre, si belle ne fût pas bouleversée. Le roi a beau jeu à s'en tenir à son avis ; son droit est incontestable... Le Pape a accordé au dernier gouvernement tout ce qu'il a demandé parce qu'il a dit : je veux. Nous avons négocié, voilà notre tort. 11 fallait dire au Pape : Je ne veux que le Concordat fait avec nos ancêtres et je n'en veux pas d autre. Autrement il n y en aura point. Une pareille détermination ferme les aurait fait trembler. Ils seraient à nos genoux et vous êtes aux leurs...

(( Je connais cette cour, je connais les Romains, il faut parler ainsi ; mais plusieurs me l'ont dit, vous ne finissez rien parce que vous ne voulez pas, vous ne demandez pas avec énergie. Voilà ce que des gens bien pensants m'ont dit. Oui, Monseigneur, l'insouciance, l'irréligion, ont gagné ce pays-ci ; on ne pense qu'au temporel et les Italiens qui ont été en France avouent que le bon Dieu y est mieux servi qu'ici, où il y a une grande dissolution de mœurs.

« Quanta moi, Monseigneur, dont vous avez la bonté de vous occuper, mon affaire n'est pas une affaire, et elle finira quand le roi voudra. Depuis le mois d'août, M. l'Ambassadeur n'en a plus parlé, mais cela ne m'ôte nullement ma considération. M. le cardinal Pacca, prosecrétaire d'Etat, donnant un dîner d'Etat, c'est-à-dire diplomatique, m'invita avec le prince de Saxe-Gotha, les ambassadeurs, le lord Holland et le duc de Befort ; j'étais le seul évêque et le seul auditeur de Rote. Rome ne fait nulle difficulté de dire que cela finira bientôt ; au reste j'ai eu une conduite noble, mesurée et discrète, et M. l'Ambassadeur, s'il dit la vérité sur mon compte, dira que je jouis d'une considération méritée et toute la légation en dira de même. Je tiens toujours le rang et l'éclat que doit avoir l'auditeur de Rote français, eu égard à mes revenus bornés.

« L'Empereur d'Allemagne vient de nommer le sien, Mgr Odescalchi ; il a eu son billet de la secrétairerie d'Etat pour être reçu. Voilà pourtant un jeune homme qui passe avant moi. Il est vrai qu'on m'a dit qu'en ma qualité d'évêque j'aurais la préséance sur les autres et

surtout aux chapelles papales, où je serai assis sur un tabouret à côté du Pape avec la mitre en tête, au lieu que les autres sont assis sur les gradins du trône K »

La lettre suivante est écrite après la nouvelle du débarquement de Napoléon, sans qu on sût encore quelle serait l'issue de l'aventure.

« La Cour de Rome voit déjà le g-ouvernement changé en France. Bonaparte, dans ses proclamations, appelle encore à la liberté les peuples ; sa mère, encore à Porto Ferraro avec M. Bertrand, a dit à des Anglais qui sont allés la voir, que son fils ne combattait plus pour conquérir et s'adressant aux Anglais elle leur a dit : et il offrira une paix honorable à l'Angleterre. Les Anglais sont détestables ; presque tous ceux qui sont venus en Italie ont été voir Bonaparte dans File d'Elbe et même ils y vont quand il n'y est plus, visiter la mère ; ici on laisse entrer quarante-six caisses que la mère a envoyées, sans les visiter.

« Le cardinal Fesch a dit avant hier chez la marquise Massimo, sœur de la duchesse d'Esclignac, que Bonaparte avait déjà une armée de 50.000 hommes; que Masséna était pour lui et que trente départements avaient envoyé des députations à l'île d'Elbe pour l'inviter à venir en France et il était tout radieux. Dans toutes les occasions cet homme se montre contre les Bourbons ; il est indigne d'être archevêque de Lyon et je crois bien que V. E. trouvera un moyen de l'éconduire. C'est un ennemi du roi ; il faut entendre ses domes-

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