‹ ŒuvresChapitre 36 sur 41 · Lettre à Mgr de Talleyrand-Périgoi-d, 13 mars 181o · texte numérisé non relu

Lettre à Mgr de Talleyrand-Périgoi-d, 13 mars 181o

rand-Périgord. Elles furent décachetées par la police qui, redevenue bonapartiste, ne pratiquait point le respect de pareilles correspondances et les envoya au cabinet de l'empereur. Napoléon remonté sur le trône entendait reprendre avec le Pape des relations régulières et pacifiques. Il venait précisément de renommer Fesch ambassadeur à Rome et, en attendant que le Pape y retournât, il avait désigné Isoard comme chargé d'affaires '. Les propos de Salamon ne pouvaient que lui agréer en déconsidérant la diplomatie royale et en la mettant en mauvaise posture vis-à-vis du Pape. Il fit insérer les deux lettres l'une dans le Journal de Paris, l'autre dans le Journal de l'Empire du 3 avril et quelques jours après elles parvenaient à Vienne où le Congrès se trouvait encore réuni et à Gênes où le Pape s'était réfugié. Consalvi les lut avec une véritable colère et dans toute sa correspondance on ne trouve point de termes aussi violents que ceux par lesquels il qualifie et les deux documents et leur auteur. Qu'on en juge par ce qu'il en écrit au cardinal Pacca :

« Les feuilles publiques dévoilent aujourd hui une mauvaise action qui fera frémir Sa Sainteté et Votre Eminence, comme elle m'a fait frémir, moi et plusieurs des nôtres. Lisez dans la copie ci-jointe l'infâme lettre écrite de Rome par Mgr Salamon à Tancien archevêque de Reims (qu'il ne qualifie pas d'ancien, mais d'actuel)... Voyez comme il excite les Français à faire comme Napoléon, à dire je veux, à prendre ce ton de comman-

1. Isoard n'eut pas le temps de prendre possession de son poste.

dément qu'il dit être nécessaire avec la cour de Rome, parce qu'elle est faible et peureuse. Voye/. quelles maximes il soutient à propos de l'autorité du Pape et de ce qui a été fait pour les anciens évéques de France. Voyez comme il parle des employés pontificaux, n'épargnant pas même l'ambassadeur de France dont il mange le pain... L'autre soir, je ne pus m'empêcher d'en dire un mot à M. de Talleyrand en lui demandant s'il avait lu dans les feuilles la lettre de Salamon. 11 me dit : Qu'est-ce que c'est? Je lui répondis : une infamie, et lui en donnai une idée. Tout ce qu'il trouva à répondre, ce fut que ce n'était sans doute pas vrai. Je lui répondis : Lisez-la, et vous verrez si on peut inventer une chose pareille K «

En effet, l'authenticité des lettres de Salamon, qui a été mise en doute par quelques-uns de ses amis, ne peut être contestée et lui-même ne l'a jamais niée.

« Je vois que Votre Eminence avait lu dans les joiu-naux la seconde lettre de Mgr Salamon, celle de la Cour poltronne et non la première. Je vous ai envoyé le texte de l'une et de l'autre. L'autre soir, j'en reparlai à M. de Talleyrand, en lui demandant s'il avait vu la nouvelle lettre insolente et remplie de faussetés et de calomnies ~ dudit sujet. Cette fois, il m'a répondu : il s'est fait là une mauvaire affaire et le voilà perdu pour toujours. Je dis franchement que s'il ne tenait qu'à moi, je n'y mettrais comme on dit ni sel ni poivre et que je lui intimerais l'ordre de partir immédiatement de Rome, sans lui

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