SCÈNE V
Un moraliste , en ses réflexions ,
Voit le néant des folles passions ;
U fuit l'orgueil , les soupçons , les querelles ,
Sur-tout Tamour et les appas des belles :
Car c'est le piège où le plus sage est pris ;
Qu'en dites^yous ?
f Je suis de votre avis.
Oui , l'amour est un piège redoutable ,
Un piège affreux, peut-être inévitable :
Trop rarement on sait s'en garantir.
On^le déteste, et l'on vient y périr.
PHROSINE
Ah ! c'est du moins une folie aimable ; C'est la plus douce et la plus excusable ; Et tel , tout haut , déclame avec rigueur Contre l'amour, qui brûle au fond du cœur :
Je m'y connais; aisément je devine...
AT^AXIMAI^DHE.
Comment? de qui parlez-yous là, Phrosine?
Ce ton railleur. . .
PHROSIIïE.
Mon dieu ! point de courroux.
Eh! qui vous dit que l'on parle de yous ?
Seriez-yous donc amoureux ?
ANAXIMAKDREy à ptrt
La traîtresse Sait mon secret , et rit 4e ma £ûblesse ;
3o ANAXIMANDRE.
( A Phrosine. )
Je le vois trop. Phrosine , épargnez-moi:
Vous plaisantez, je ne sais trop.ponrquoi.
PHROSINE
Vous ne savez?... Ah! soyez plus sincère, Mon cher tuteur. Laissez là le mystère. Bien ne m'échappe, on ne me trompe pas.
Pour un amant, je vous le dis^tout bas.
Dissimuler est un effort extrême :
Presque toujours il se trahit lui-même.
Un geste , un mot découvre son ardeur.
Depuis long-tems, votre air sombre et^êveur, Certains regards tendres et pathétiques.
Et des discours.... très-peu philosophiques, M'ont appris...
Quoi! vous m'auriez soupçonné?..
PHROSINE
J'ai fait bien mieux: vraiment , j'ai deviné; Et dans vos yeux, malgré vous, j'ai su lire Que vous aimez , que vous n'osez le dire , Que la sagesse , en guerre avec l'amour.
Le fait céder et lui cède à son tour, Qu'enfin l'objet dont votre ame est remplie » C'est...
ANAXÏMANBRE.
Taisez- VOUS.
PHROSINE
C'est ma soeur Âspasie...