‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 132 sur 259 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Je Taimais , je te jure ; et pour la posséder, Mon amour , mille fois , voulut tout hasarder ; Mais quand j^eus bien pense que j'allais , à mon âge , Pour toujours me soumettre au joug du mariage ; Que j'eus considéré ces chaînes de plus près, Ma future, à ce prix, n'eut plus pour moi d'attraits. L'hymen me faisant peur , il me prit fantaisie De fuir , pour l'éviter , jusques en Italie ; Et voulant m'épargner tout reproche ennuyeux , Je n'eus garde , en partant, de faire mes adieux. Dis-moi , que fit Lucrèce , et que dit lors son père P Le mien , ou je me trompe , était fort en colère ?. . .

CLITON

D'abord , de part et d'autre , on vous attend sans bruit ;

Un jour se passe , deux , trois , quatre , cinq , six , huit ;

On vous cherche ; après vous vainement on envoie

Lucrèce , par dépit , témoigne de la joie ,

Chante , danse , discourt , rit ; mais sur mon honneur ,

Elle ne riait pas , Monsieur , de trop bon cœur ;

Quand votre père enfin , pour arranger la chose,

S'offre à vous remplacer , pour époux se propose ;

Et la belle , cachant son déplaisir secret,

D'un troc si ruineux se contente à regret.

Le bonhomme enchanté s'apprête au mariage;^

Mais quoi ! l'émotion trop forte pour son âge ,

La joie avec les ans le dépêche au cercueil.

DORANTS.

J'ai SU sa mort à Rome , où j'en ai pris le deuil.

CLITON

La justice aussitôt en bon ordre s'avance, De l'unique héritier met à profit l'absence^ Verbalise , instrumente, et ne ménageant rien, Pour vous le conserver , dévore votre bien.

J'apprends qu'on vous a vu cependant à Florence. Pour vous donner avis , je pars en diligence ; Et voilà que tantôt , arrivant à Lyon , Je vois courir du monde avec émotion; Je cours aussi ; j'approcbe , et je vois , ce me semble , Jeter dans la prison quelqu'un qui vous ressemble ; On m'en permet l'entrée , et vous trouvant ici , Je trouve en même tems mon voyage fini.

Voilà mon aventure ; apprenez-moi la vôtre ?

La mienne est bien étrange ; on me prend pour un autre.

CLITON

La méprise est fâcheuse : est-ce meurtre ou larcin?

Suis-je fait en voleur ou bien en assassin ?

En ai-je l'air , l'habit ?... Et quand on m'examine...

CLITOK.

Faut-il juger des gens , à présent , sur la mine P Et n'est-il point , Monsieur , à Paris de filous Qui par l'air et l'habit l'emporteraient sur vous?

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