‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 133 sur 259 · ACTE 1, SCÈNE î · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE î

Tu dis vrai ; mais écoute. Après une querelle Qu^à Florence un jaloux me fit pour une belle , J'eus avis que mes jours y seraient en danger : Ainsi donc , au plus vite , il fallut déloger. Je pars seul , et de nuit ; et je reviens en France , Où , si tôt que je puis me croire en assurance , Comme d'avoir couru je;me sens un peu las , J'abandonne la poste, et viens à petits pas.

Etant près de Lyon, je vois dans la campagne...

CLITOl^f bu.

N'aurons-nous point ici de guerres d'Allemagne ?

Que dis-tu .^..

CUTON.

Rien, Monsieur ; je gronde entre mes dents Du malheur qui. suivra ces rares incidens ; J'en ai l'ame déjà toute préoccupée.

A deux hommes bien mis je vois tirer l'épée , ^ Et voulant empêcher un accident fatal , Je tire aussi la mienne , et descends de cheval; L'un et l'autre voyant à quoi je me prépare , Se hâtent d'achever avant qu'on les sépare ; Si bien que l'un des deux , prévenant mon abord , Termine le combat en blessant l'autre à mort. Je me jette au blessé; je l'embrasse, j'essaie Et d'arrêter son sang , et de fermer sa plaie.

L'autre , pour s'échapper , sans perdre un seal moment ,

Saute sur mon cheval , le presse vivement,

Disparaît; et, mettant à couvert le coupable ,

Me laisse près du mort faire le charitable.

Ce fut en cet état , les doigts de sang souillés ,

Qu'au bruit de ce duel trois sergens éveillés,

En place de la proie à leurs yeux échappée.

Me découvrirent seul et tenant mon épée.

Lors, suivant du métier le serment solennel ,

Mon argent fut pour eux le premier criminel ,

Et s'en étant saisis aux premières approches ,

Ces messieurs , pour prison , lui donnèrent leurs poches :

Puis, prévenu d'un fait dont je suis innocent,

Je fus conduit par eux dans ce lieu déplaisant.

Qui te fait ainsi rire , et qu'est-ce que tu penses f

CLITOK.

Je trouve ici , Monsieur, beaucoup de circonstances ; Vous en avez, sans doute, un trésor infini :

Votre hymen de Poitiers n'en fut pas mieux fourni ; Et le cheval lui seul vaut , en cette rencontre , Le pistolet ensemble , et l'épée et la montre.

doaXnte.

Je me suis bien défait de ces traits d'écolier ,

Dont l'usage autrefois m'était trop familier ;

Et maintenant, Cliton, je vis en honnête homme.

CLITON

Vous êtes amendé du voyage de Rome ;

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