‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 161 sur 259 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Une grande felouqne avec des marchandises ; Qu'après une fiiillite en paiement j'ayais prises ; Ce fîit notre beauté qui m'en débarrassa; Je la yis ^ je l'aimai ; ma felouqne y passa En bijoux, en cadeaux, en galantes parties; Bref, deux mille sequins payèrent mes folies. Jusque-là., direz-yous, )e ne yois pas grand mal; Mais écoutez le reste. Un jour de camayal , Comme à Venise alors tout le monde est en masque , Je reconnus mon Grec sous un habit fantasque ; Je ne songeais qu'à rire , et ]e me fis un jeu , Moi-même étant masqué, de l'intriguer un peq. J'allai donc rappeler J^Uç à sa mémoire ; Des tartanes aussi je lui contai l'histoire; A ma plaisanterie il répond en brutal , Et^n instinct jaloux démêlant un riyal , Il m'arrache le masque afin de me connaître ; De mon courroux alors je ne fus plus le maitre ; Jour pris au lendemain ; par un malheureux sort D'un coup de pistolet je le renyerse mort.

CLITONyiMiàDonaité.

Dans ce récit encor yotre esprit s'émancipe ; C'est ainsi qu'à Paris vous tuâtes Alcippe , Qui n'en fut pas malade.

DOEANTE, UsàCliton.

Encore un coup, tais-toi*

(A Ariste.)

La justice s'en mêle ; on s'empare de moi ;

278 LA SUITE nu MENTEUR.

On me jette en prison ; Taffaire vient au doge , Qui , me connaissant bien , lui-même m'interroge; Sur mon récit sincère : Ah ! vraiment y me dit-il , La Française mettrait notre Etat en péril; Elle est , dans notre port , un terrible pirate ; Nous n'en sauverions pas notre moindre frégate; Four le bien du pays je vais la renvoyer, Et vous , dès ce moment , n'êtes plus prisonnier. Je partis , et ne sais ce qu'elle est devenue : Car depuis ce tems-là je ne l'ai pas revue.

ARISTE

Votre récit m'a plu; je vous écouterais Ainsi jusqu'à demain , sans m'ennuyer jamais. Vous n'avez point perdu la gatté du jeune âge. S'il vous mésarrivait , ce serait grand dommage. Adieu. Ne prenez point de cbagrin en prison ; On aura soin de vous comme en votre maison; Le concierge en a l'ordre; il tient de moi sa place; Et sitôt que je parle , il n'est rien qu'il ne £aisse.

Ma joie est de vous voir; vous me Tallez ravir.

ARISTE

Je ne vous quitte , ami , que pour vous mieux servir.

( Ariste êêrï. )

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