ACTE IV, SCÈNE V
Seriez-yous , par hasard ?. . .
LUCRÈCE
Eh ! parlez franchement ; Je dois être des deux la plus embarrassée ; Vous êtes rinconstant , je suis la délaissée ; Après tout , le beau rôle ici n'est pas pour moi.
BORAÎïTE.
Je ressens vos chagrins ainsi que je le doi ; J'y prends part.
LUCRÈCE
Vous!. .Comment?
BÔRATïTE.
Le discours que voUs faites, Madame , et votre nom , m'apprennent qui yous êtes ; Et votre sort , d&loin , m'a fort intéressé.
LUCRÈCE
Qu'est-ce à dire ?
J'ai su tout ce qui s'est passé ; Que deux fois à Paris vous flites fiancée y Et qu'on rompit deux fois la noce commencée ; Oui , nous avons manqué nous tenir d'assez près , Et sans nous avoir vus ainsi je vous connais. Celui qui cause encor votre juste colère , ,
Ce Dorante inconstant, ce fou , c'était mon frère.
LUCRÈCE
Votre frère ?
3i8 LA SUITE DU MENTEUR.
Jumeau, qui me ressemble au point, Que nos amis souvent ne nous distinguaient point. Bien des gens , abusés par Terreur où vous êtes , Me viennent accuser des fautes qu'il a faites. Mais si ce double hymen u^est resté qu'en projet , Vous en devez, au fond , avoir peu de regret. Mon père était bien vieux ; pour mon frère , ah ! Madame , Je vous fais compliment de n'être point sa femme ; J'eus moi-même à m'en plaindre , et je dois avouer Qu^on trouverait en lui peu de chose à louer ; Il est homme d'esprit , mais léger , mais frivole ; Il ne faut pas toujours le croire à sa parole ; Sa conduite envers vous mérite châtiment, Et j'aurais à sa place agi bien autrement ; Je n'ai jamais su fuir une femme jolie.
MÉLISSE
Allons , ce n'est pas lui.
Moi ! je viens d'Italie , Où j'ai fait mon séjour pendant cinq ans entiers.
LUCRÈCE
Quand je vous ai connu , vous veniez de Poitiers ; Et depuis cette époque , il ne s'en faut de guère Qu'il ne se soit passé deux ans...
C'était mon frèrç.
Il était à Paris au tems dont yous parlez...