‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 196 sur 259 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

Au moment où pour lui la partie allait mal , Nous nous faisions des yeux tous les deux un signal ; Sous un prétexte alors nous sortions Tun et Tautre , Sans qu'aucun se doutât d'un tour comme le nôtre; n me cédait là veste , et prenait mon habit ; Nous rentrions après ce changement subit , Et mes traits abusant joueurs et galerie , J'achevais pour mon frère et gagnais la partie.

LISE

Oui>dà! ce n'était pas jouer de bien franc jeu.

PORAI^TE.

Entre frères il faut se secourir un peu ,

Et le mal n'était pas très-grave, ce me semble.

Mais le plaisant , c'était quand nous jouions ensemble :

Les spectateurs surpris voyaient , d'un œil troublé ,

Jouer contre soi-même un seul homme doublé...

La partie en effet devait être amusante. * Par curiosité , je voudrais bien , Dorante ,

Voir quelque jour ce frère avec vous...

Ah! vraiment, On pourrait vous donner ce divertissement , Et Lucrèce croirait alors à ce miracle ; Mais c'est que, par malheur,. il se trouve un obstacle. «•

MÉLISSE

Lequel ?

Man frère et moi , rions nous sommes brouilles;

MÉLISSE

Et .comment ?

.'Nous ayons eu de grands démêlés.

Nous ne nous voyons pas ; c^est unoc horrible chose , J'en gémis ; mais enfin mon frère en est la cause ; C'est lui qui , le premier, mit la guerre entre nous.

MELISSE.

Et quel événement fit naitre ce courroux ?

Dites-moi ?

BORAIÏTE.

Vous voulez que je vous le raconte ?

Oui; parlez.

Un peu haut il faut que je remonte.

Un jeune et bel objet m'avait mis sous ses lois ; J'avais vingt ans; j'aimais pour la première fois; ( Pardonnez : cette ardeur que je sentis pour elle , Votre vue en mon cœur aujourd'hui la rappelle ) ; Sans peine vous jugez que cet amour ardent Avait, pour s'épancher, besoin d'un confident ; Je ne cherchai pas loin : n'avais-je pas un frère P Je voulus qu'il connût celle qui m'était chère ; Je le menai chez elle , et crus , à l'amitié Révélant mon bonheur, l'augmenter de moitié.

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