ACTE V, SCÈNE VIL
Et je vous laisserais dans un péril extrême.
Une fois arrêté , que deviendriez-vous ?
Et pourrait-on des lois désarmer le courroux , Si quelque indice enfin servait à vous convaincre De ce duel fatal ?
CLEANDRE.
N'espérez pas me vaincre.
Je ne vous verrai point , contre toute raison , A ma place aujourd'hui retourner en prison ; Le' ciel ne voudra pas ma ruine peut-être; Fuyez donc...
C'est à vous de fuir, de disparaître; Eloignez-vous; laissez à vos amis le soin D'expliquer ce départ, quand vous serez bien loin. Pour votre sûreté...
CLÉANDRE
Quoi ! vous voulez ?
DORANTE, àMëlisse.
Madame ,
Vous avez plus que moi de pouvoir sur son ame ; Décidez-le.
CJLÉANDRE.
Ah! cessez, ami trop généreux, De..
UÉLIS'SE.
Youlez-vousm'en croire ? il faut (îiir tous les deux, Au péril, quel qu'il soit, n'exposer l'un ni l'autre. Dorante, qu'il est peu de cœurs comme le vôtre !
Ces obstacles détruits , tout s^est accommodé. Les juges satisfaits m^ont enfin accordé Que Dorante fût libre et Taffaire assoupie.
Et de leur ordonnance exprès j'ai pris copie. La voici. N'ayez plus ni craintes ni chagrins.
MÉLISSE
Oh ! qu'en un seul moment vous changez nos destins !
CLEAI9DRE.
En véritable ami c'est bien là se conduire.
ARISTE
Si vous aviez plus tôt pris le soin de m'instruire , J'aurais plus tôt agi : vous auriez moins souffert.
Quel secours fut jamai$ plus noblement offert !
MELISSE.
Comment récompenser un ami si fidèle ?
Lucrèce le pourrait , et cela dépend d'elle.
LUCRÈCE
De moi ? Comment cela ?
MÉLISSE
Vous m'entendez tous deux;
Âriste , parlez vrai ; je sais quels sont vos vœux ,
Et crois pouvoir aussi , sans trop fâcher Lucrèce , Vous dire que pour vous elle a quelque tendresse.
LUCRÈCE
Tu trahis une amie ! . . . Âh ! le tour est affreux !