SCÈNE IL
Vous savez bien que , lorsque \e médite , Je ne yeux pas qu'on me rende visite.
Je m'occupais d'un point très-important , D'où mon repos, d'où mon bonheur dépend; Et TOUS prenez ce tems pour me distraire !
ASPASIE
Mon cher tuteur , si j'ai pu vous déplaire , J'en suis fâchée ; et yous êtes si bon , Que j'obtiendrai , sans peine , mon pardon.
AIÏAXIMANDRB.
Appuyez moins sur ma bonté, de grâce; De complimens volontiers je me passe :
Je suis sincère , et hais le ton flatteur.
ASPASIE
Moi ! yous flatter ! jamais , mon cher tuteur. Vous , le soutien de ma timide enfance , Douteriez-vous de ma reconnaissance ?
Ah ! je suis loin de la bien exprimer.
Vous révérer, vous servir, vous aimer.
Voilà mes voeux et ma plus chère étude :
Je m'en suis fait une douce habitude.
Depuis cinq ans je n'ai que de beaux jours , Et c'est à vous que j'en dois l'heureux cours.
ANAXIMAI4DRE, ^part.
Comment tenir à sa voix de sirène , Et résister au charme qui m'entraîne ?
Faut-il me voir à ce point asservi ?
( A Aspasie. )
C'en est assez!.,., ëloignez-yous d'ici; I. a
i8 ANAXIMANDRE.
Je ne saurais plus long-tems vous entendre»
Vous affectez un son de voix si tendre, Et des regards si touchans et si doux !,«..
Je ne suis point tranquille auprès de vous.
Oui, vous troublez le repos de ma yie....
Vous me quittez ?
ASPASIE
J^obéis.
AlïAXIHANDaE.
Aspasie , Pourquoi me fuir ? Revenez , demeurez....
ASPASIE
Pour me gronder encor ?
ANAXIMAI^DRE.
Quoi! vous pleurez!
(A part.)
Ah! sa douleur lui prête encor des charmes.
Est-ce donc moi qui bis couler vos larmes ?
Venez ici, je yeux vous consoler; Venez , osez me yoir et me parler :
Je ne suis point un censeur inflexible.
Je parais dur, et je suis trop sensible.
Je yeux entrer dans ,yos moindres secrets :
Qui plus que moi prendra yos intérêts ?
Vous ignorez combien yous m^êtes chère.
ASPASIE
Non, je le yois, yous m^aimez comme un père.
Depuis long^tems yous m'en aye^ seryi.