‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 5 sur 259 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Le mien , hélas! que la mort m^a rayi.

Avait en vous l'ami le plus sincère.

Il mourut pauvre ; et moi , dans la misère ,

Avec ma sœur, je restais sans secours;

Mais vos bontés furent notre recours;

Puis-je oublier ce trait si mémorable ,

Ce testament , à tous deux honorable ,

Que fit mon père?.... IF vous connaissait bien.

<c J'ai vécu pauvre , et je ne laisse rien

( Ce sont ses mots , il m'en souvient sans cesse ) :

» Heureusement , j'eus , au lieu de richesse ,

» Un ami vra;. Pour m'acquitfer vers lui

» Comme je dois , je lui lègue atijourdliui

» Le noble soin d'élever mes deux filles ,

» De les placer dans d'honnêtes familles ,

a» Et de fournir à leur dot de son bien.

» Voilà le legs que mon cœur fait au sien. >»

Jusqu'à présent , votre bonté constante

De notre père a surpassé l'attente;

Ma sœur et moi , grâce à vos tendres soins ,

Avons toujours ignoré les besoins.

Athène admire et bénit te modèle

D'une amitié rare autant que fidèle ;

Et l'on verra les siècles à venir

D'un trait si beau garder le souvenir.

ANAXinAT^DRK.

Fille charmante ! ahnable créature !

Aht gardez bi^n cette ame honnête et pure.

De votre bouche , il le faut avouei* , J'ai du plaisir à m^entendre louer.

Que vous avez de grâce et d'éloquence !

Votre amitié , voilà ma récompense.

Oui , j'ose ici vous imposer la loi De mé chérir, de ne .chérir que moi.....

(Très-tendrement.)

Pardonne-moi , ma charmante Âspasie , Quelques chagrins répandus sur ta vie :

Tes pleurs coulaient encore en ce moment ; Pardonne.-.. Hélas! mon fol emportement

( 11 lai prend la main. ) ,

Mérite plus de pitié que de blâme.

Si tu pouvais lire au fond de mon ame !

( Il e«t près de baiser la nain d'Aspasie ; puis il la quitte brustiuement. ) ( A part. )

Qu'allais- je faire ?.... Impérieux penchant !

< A Aspasie. )

Faible raison ! .... Ecoutez , mon enfant.

Je veux bientôt achever mon ouvrage , Vous établir ; je songe au mariage De votre sœur....

ASPASIE

Oui , vraiment ; songez-y :

Si vous saviez comme son tendre ami, Son Mélidore et gémit et soupire !

Ma sœur aus;si , qui fait semblant de rire , Ressent parfois de secrètes douleurs , Et dans sq$ yeux j'ai surpris quelques pleurs.

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