‹ ŒuvresChapitre 137 sur 240 · DEUX RATS · texte numérisé non relu

DEUX RATS

FABLE

ZHITix d'bokaci.

(Sat6, liT.n.)

M^TOÎsîiiSy pris Mainlenon, juillet 1793.

Gertaik rat de campagne , en son modeste gîte ,

De certain rat de ville eut un jour la visite;

Ils étaient vieux amis; quel plaisir de se voir!

Le maître du logis veut , selon son pouvoir,

Bégaler Tëtranger; il vivait de ménage ,

Mais donnait de bon cœur, comme on doni^e au village*

n va chercher, au fond de son garde-manger.

Du lard qu41 n'avait pas achevé de ronger.

Des noix, des raisins secs; le citadin, à table.

Mange du bout des dents , trouve tout détestable :

« Pouvez- vous bien, dit-il , végéter tristement,

» Dans un trou de campagne enterré tout vivant ?

» Croyez-moi , laissez là cet ennuyeux asile ;

» Venez voir de quel air nous vivons à la ville ;

» Hélas ! nous ne faisons que passer ici-bas ;

» Les rats, petits et grands, marchent tous au trépas.

» Us meurent tout entiers , et leur philosophie

FABLE. 201

» Doit être de jouir d^ane si courte vie ,

» D^y chercher le plaisir y qui s'en passe est bien fou. »

L'autre,. persuadé, saute hors de son trou.

Vers la ville à Tinstant ils trottent côte à côte ;

Ils arrivent de nuit ; la muraille était haute ,

La porte était fermée ; heureusement nos gens

Passent sans être vus, sous le seuil se glissÂns.

Dans un riche logis nos voyageurs descendent;

A la salle à manger promptement ils se rendent.

Sur un buffet ouvert , trente plats desservis ,

Du souper de la veille étalaient les débris.

L'habitant de la ville , aimable , et plein de grâce ,

Introduit son ami, fait les honneurs, le place,

Et puis , pour le servir, sur le buffet trottant ,

Apporte chaque mets, qu'il goûte en l'apportant.

Le campagnard , charftié de sa nouvelle aisance ,

Ne songeait qu'au plaisir et qu'à faire bombance ,

Lorsqu'un grand bruit de porte épouvante nos rats :

Ils étaient au buffet ; ils se jettent en bas ,

Courent, mourant de peur, tout autour de la salle...

Pas un trou. . . De vingt chat^ une bande infernale

Par de longs miaulemens redouble leur effroi.

« Oh ! oh ! ce n'est pas là ce qu'il me faut, à moi ,

» Dit le bon campagnard ; mon humble solitude

» Me garantit du bruit et de l'inquiétude ;

» Là, je n'ai rien à craindre, et si j'y mange peu,

» J'ymange enpaixdu moins , et j'y retourne. .. Adieu. »

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