‹ ŒuvresChapitre 138 sur 240 · TRADUCTION LIBRE D*HORA(ÎE · texte numérisé non relu

TRADUCTION LIBRE D*HORA(ÎE

(S*t.6, Ut. II. )

PAR COLLIK-B^HARLEYILLE.

Un rat de yille , ayant promis long-tems

D'aller dîner chez certain rat des champs ,

Lui fit un jour cette faveur extrême.

Le campagnard , sobre , dur à lui-même ,

Touchait à peine k ses provisions ;

Mais il savait, dans les occasions,

Se relâcher, et ne se faisait faute

De son avoir, pour bien traiter un hdte.

Cette fois donc , pois chiche , aveine , lard

Demi-rongé , raisins secs mis à part ,

Tout fut servi : c'était jour de ripaille.

Pour lui , grugeant sur un monceau de paille

Quelques grains d'orge , il laisse au citadin

Les meilleurs plats; mais l'autre , avec dédain

FABLE. 2o3

D'un air distrait , semble goûter à peine ,

Du bout des dents , non le lard ni Tayeine ,

Mais un raisin , qu'encore il trouve amer.

Le repas fait: « Çà, de grâce, mon cber

» ( Dit-il à Tautre ), un si triste ermitage

>» Sera-t-il donc ton éternel partage ?

» Ces bois ont-ils tant de charme pour toi ?

» £h! laisse là ton désert , et suis-moi.

» Viens voir la ville et connaître les hommes,

M Puisqu'il est vrai que tous tant que nous sommes

» N'avons qu'un souffle et qui meurt avec nous ;

» Puisque la mort , hélas ! nous frappe tous ,

» Petits et grands , avant qu^elle nous frappe ,

» Goûtons ce bien , qui sitôt nous échappe.

» Eh! vis heureux , songeant au peu de jours

» Que tu dois vivre. » Emu'^par ce discours.

Le rat des champs rêve un peu , puis il saute

De sa cabanç , et part avec son h6te.

Us vont gatment, arrivent à minuit ,

Et dans la ville entrent â petit bruit.

Besoin ne fut d'en faire l'escalade.

Le citadin conduit son camarade

Dans un palais , le place sur un lit

D'ivoire et d'or, que la pourpre embellit.

Là , des reliefs du repas de la veille

Sont entassés dans plus d'une corbeille ;

Il court, apporte entremets, rôt, dessert.

Goûtant d'avance à chaque plat qu'il sert ,

2o4 LES DEUX RATS.

Comme ferait un valet peu novice.

Le campagnard savonre avec délice

Son nouveau sort ; et par plus d'an bon mot

II commençait k payer son ëcot.

Quand un grand bruit vient troubler leur mystère.

La porte s'ouvre ; eux de sauter k terre ,

Et de courir, d'aller sans savoir où ,

Et de chercher, mais en vain, quelque trou...

Jugez alors, si l'un et l'autre tremble!...

Quand chiens et chats, grondant, miaulant ensemble. . .

« Ah ! mon ami , dit le bon rat des champs ,

» De tels repas sont pour moi peu touchans;

» Adieu. Mes bois sont un plus sûr asile:

» J'y vis de peu; mais j'y mange tranquille. »

Nota. CoUîn-d'HarleyiUe a fait imprimer, dans ses œuvres, ma fable des Deux Rats à la suite de la sienne. Il prétend que la mienne est la meilleure ; je suis d'un avis contraire. Nous avons toujours mis beaucoup d'amour -propre aux ouvrages Funlle Tautre.

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