TRADUCTION LIBRE D*HORA(ÎE
(S*t.6, Ut. II. )
PAR COLLIK-B^HARLEYILLE.
Un rat de yille , ayant promis long-tems
D'aller dîner chez certain rat des champs ,
Lui fit un jour cette faveur extrême.
Le campagnard , sobre , dur à lui-même ,
Touchait à peine k ses provisions ;
Mais il savait, dans les occasions,
Se relâcher, et ne se faisait faute
De son avoir, pour bien traiter un hdte.
Cette fois donc , pois chiche , aveine , lard
Demi-rongé , raisins secs mis à part ,
Tout fut servi : c'était jour de ripaille.
Pour lui , grugeant sur un monceau de paille
Quelques grains d'orge , il laisse au citadin
Les meilleurs plats; mais l'autre , avec dédain
FABLE. 2o3
D'un air distrait , semble goûter à peine ,
Du bout des dents , non le lard ni Tayeine ,
Mais un raisin , qu'encore il trouve amer.
Le repas fait: « Çà, de grâce, mon cber
» ( Dit-il à Tautre ), un si triste ermitage
>» Sera-t-il donc ton éternel partage ?
» Ces bois ont-ils tant de charme pour toi ?
» £h! laisse là ton désert , et suis-moi.
» Viens voir la ville et connaître les hommes,
M Puisqu'il est vrai que tous tant que nous sommes
» N'avons qu'un souffle et qui meurt avec nous ;
» Puisque la mort , hélas ! nous frappe tous ,
» Petits et grands , avant qu^elle nous frappe ,
» Goûtons ce bien , qui sitôt nous échappe.
» Eh! vis heureux , songeant au peu de jours
» Que tu dois vivre. » Emu'^par ce discours.
Le rat des champs rêve un peu , puis il saute
De sa cabanç , et part avec son h6te.
Us vont gatment, arrivent à minuit ,
Et dans la ville entrent â petit bruit.
Besoin ne fut d'en faire l'escalade.
Le citadin conduit son camarade
Dans un palais , le place sur un lit
D'ivoire et d'or, que la pourpre embellit.
Là , des reliefs du repas de la veille
Sont entassés dans plus d'une corbeille ;
Il court, apporte entremets, rôt, dessert.
Goûtant d'avance à chaque plat qu'il sert ,
2o4 LES DEUX RATS.
Comme ferait un valet peu novice.
Le campagnard savonre avec délice
Son nouveau sort ; et par plus d'an bon mot
II commençait k payer son ëcot.
Quand un grand bruit vient troubler leur mystère.
La porte s'ouvre ; eux de sauter k terre ,
Et de courir, d'aller sans savoir où ,
Et de chercher, mais en vain, quelque trou...
Jugez alors, si l'un et l'autre tremble!...
Quand chiens et chats, grondant, miaulant ensemble. . .
« Ah ! mon ami , dit le bon rat des champs ,
» De tels repas sont pour moi peu touchans;
» Adieu. Mes bois sont un plus sûr asile:
» J'y vis de peu; mais j'y mange tranquille. »
Nota. CoUîn-d'HarleyiUe a fait imprimer, dans ses œuvres, ma fable des Deux Rats à la suite de la sienne. Il prétend que la mienne est la meilleure ; je suis d'un avis contraire. Nous avons toujours mis beaucoup d'amour -propre aux ouvrages Funlle Tautre.