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DIALOGUE

nui DE XÉNOPHON.

( MemorahUium Socratis, livre III , chapitre 8. )

Toi qui fas autrefois le plos sage des hommes , Tu le serais encor dans le tems où nous sommes , Bon Socrate , ou plutàt tu serais parmi nous Le seul sage au milieu d^une bande de fous.

Hëlas ! que dirais-tu du bon peuple de France ? Que de celui d'Athëne il a bien l'inconstance» Qu'avec fureur toujours embrassant chaque excès , L'exagération est le vrai mal français.

Mais n'allons pas du siècle entamer la satire ; Elle serait trop longue , et j'aurais trop à dire ; Voyons comment Socrate instruisit certain fat Qui voulait s'emparer du timon de l'Etat.

Glaucon avait trente ans » bon air, belle figure; Mais parmi les présens que lui fit la nature , Elle avait oublié celui du jugement.

Glaucon se croyait fait pour le gouvernement ; Pour avoir eu jadis un prix de rhétorique , Il s'estimait au monde un personnage unique ; Sitôt qu'à la tribune il s'était accroché , Aucun pouvoir humain ne l'en eût détaché :

Parler à tout propos était sa maladie.

DIALOGUE. 2i5

Socrate Uabordaat: « Plus je vous étudie ', » Plus je vois, lui dit-il , le but où vous visez. » Votre projet est beau, s'il n'est des plus aisés. » Vous voulez gouverner; vous désirez qu' Athènes » De TEtat en vos mains reinette un jour les rênes ? M — Je Tavoue^ ~'Et sans doute, à vos concitoyens , » Vous paierez cet bonneur en les comblant de biens ? » — C'est là tout mon désir. — U est louable; et j'aime » Que l'on serve à-la-fois sa patrie et soi-même. » A ce plan 9 dès long-tems , vous avez dû penser; » Par où donc , dites-moi , comptez-vous commencer ? » Glaucon resta muet , contre son ordinaire.

U cherchait sa réponse. « Un très-grand bien à faire , » Ce serait, dit Socrate , en ce besoin urgent, » Dans le trésor publia d'amener de l'argent. » M'allez-vous pas d'abord restaurer nos finances , » Grossir les revenus , supprimer des dépenses f » — Oui ; ce sera bien là le premier de mes soins. j> *» n faut recevoir plus; il &ut dépenser moins. » Vous avez , à coup s&r, calculant nos ressources , » Des richesses d'Athène approfondi les sources ? » Vous savez quels objets forment nos revenus ? » -—Pas trè^bien; ils me sont, la plupart, inconnus. » — Vous êtes plus au fait , je crois , du militaire ? » — Six mois , sous Périclès , j'ai servi volimt^ûre. » — Ainsi nous vous verrons , de nos braves guerriers , » Par vos vastes projets , préparer les lauriers ? » Vous savez comme on fait subsister une armée ?

2i6 SOCRATE ET GLAUCON.

» Par quels soins elle doit être instruite et formée ?

n — Je n'ai pas ces détails tràs-préseus à l'esprit.

9 — Vous avez , là dessus , quelque mémoire écrit ,

» J'entends.- Mais , non.-Tant pis; vous me l'auriez fsût lire;

n J'en aurais profité. Du moins , vous pouvez dire

n Si , payant nos travaux par des dons suffisans ,

» L' Attique peut nourrir ses nombreux babitans ;

» Il y faut prendre garde ; une erreur indiscrète ,

» Une mauvaise loi produirait la disette.

» Sur ce point important qu'avez-vous su prévoir? » — En vérité , Socrate , on ne peut tout savoir. » — Pourquoi donc parlez- vous sur toutes les matines? » Je suis un homme simple , et j'ai peu de lumières ;

» Mais retenez de noi ce salutaire avis :

» Pour savoir quelque chose , il faut l'avoir appris,

» De régir les Etats la profonde science

» Vient-elle sans étude et sans expérience î

» Qui veut parler sur tout , souvent parie au hasard.

» On se croit orateur ; on n'est que babillard.

» Allez, instruisez-vous; et quelque jour peut-être

» Vous nous gouvernerez. » Glaucon sut se connaître;

Il devint raisonnable; et, depuis ce jour-là,

Il écouta, dit-on, bien plus qu'il ne parla.

Chez le doux Xénophon , l'élève de Socrate , Son ami , son vengeur au sein d' Athène ingrate , J'ai lu ce Dialogue , et je vous le tradui ; Puisse-t-il corriger les Glaucon d'aujourd'hui 1

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