UN NOUVEAU GENRE DE TRADUCTION
Non yeriian mrhô euraUs rtidtre , fidus
imUrpres
HoAACi, Artpo^t,
Ce B*est pas scrnpalenMmedt «nx mats que le bon tr«d«oteur doit j'Attaclier.
On a beaucoup écrit sur l'art de traduire ; on a fait des milliers de traductions , et à peine en ayons-nous quelques-unes de bonnes. Les Anglais vantent V Homère de Pope ; les Italiens , le FirgiU d'Annibal Caro ; nous n^avons à leur opposer que les Géorgiques de Delille. Les Dacier , les Sanadon , les Desfontaines ne sont pas supportables pour quiconque peut lire les originaux.
Pour moi , je crois avoir découvert un genre de traduction tout nouveau, et sur lequel je ne sache pas qu'on ait encore publié de traité exprès. Il ne s'agit point ici de langues étrangères , mortes ou vivantes : il s^agit de traduire ce qu'on nous dit dans notre propre langue ; je m'explique.
J'ai plus d'une fois remarqué combien il serait utile, dans le commerce de la vie, de pouvoir saisir la vérir
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table pensée de ceux qui noas parlent ou nous écrivent ; et cela est souvent difficile , non point parce que les gens ne savent pas s^exprimer clairement , mais parce qu'ils ne le veulent pas, et qu'ils sont inintelligibles de dessein formé. Je prends un mot bonnéte pour désigner ce qu'une personne moins polie que moi appellerait mentir, et je dis que pour n'être pas trompé dans mille et mille occasions , il est très-nécessaire de traduire ce que ks hommes disent en ce qu*ils pensent. Je conviens que cet ^rt de traduire n'est pas plus facile que l'autre , et je doute qu'aucun passage de Perse ou de Tacite soit plus obscur que les inversions de l'intérêt et les tournures de l'amour-propre.
Je suis loin de m'ériger en docteur dans cet art important ; je laisse d'ailleurs au tems à perfectionner ma découverte. Peut-être moi-mémé parviendrai-jeun jour à réduire cette science en système ; je ne puis aujourd'hui qu'indiquer quelques préceptes généraux, et les rendre sensibles par des exeioples.
Toutes les fois qu'un honmie parle contre son intérêt , toutes les fois qu'affectant la modestie il s'accuse lui-même de quelque défaut, prenez -y garde , il y a presque toujours matière à traduction.
De grands complimens , des protestations d'estime , des éloges de votre mérite , veulent dire en d'autres termes qu'on a besoin de vous , et qu'on vient vous demander un serïice^
La plupart des femmes auraient honte ou seraient in-:
dtgnées des flatteries qu'on leur adresse , si elles s'étaient accoutumées 4^3 leur jeunesse à les traduire dans leur véritable sens.
En général , le bien qu'on dit des autres a souvent besoin d'explication ou de commentaire ; il n'en est pas de même du bien qu'on dit de soi ; il n'y a pas là d'obscurité, et l'on ne craint que de ne point parler assez clairement.
Un homme vient d'être n^ommé à une place considérable ; vous en rencontrez un autre qui était sur les rangs pour le même emploi ; il vous dit pis que pendre du premier ; il l'accuse d'ineptie , d'improbité ; il accumule contre lui les inculpations et les injures ; mais vous parlât-il sur ce ton deux heures entières, tout ce qu'il vous dira se traduit par un seul mot : Envieux.
Allez-vous à la bourse ? vous entendez quelqu'un diemander d'un air indifférent : « A quel taux sont les effets publics ? A-t-on du papier sur Gênes , sur Li- Tourne , sur Hambourg ? A combien le fait-on aujour^ d'hui ? Ne vous pressez pas de répondre ; Fenqnêteuf sait mieux le cpiffs que vous ; mais il cherche quelqu'un qui ne le sache pas , afin de lui vendre plus cher. » Traduisez sa question par celle-ci : « Voulez -vous du papier sur Gênes , sur Livourne , etc. . . , j'en ai à placer. »
Un homme dît de Céphise , que c'est une bonne enfant , et qu'il a passé l'été dernier quelques jours délicieux à la campagne avec elle ; il ajoute qu'elle a la peau très-fine et très-douce , la jambe parfaitement belle ; il
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s^arréte et sourit... Cela se traduit littëralement par : <c Je sais un fat. »
Un mari me disait Tautre jour que sa femme avait des dispositions merveilleuses pour les mathématiques , qu^un jeune savant de ses amis avait la complaisance d^ venir les cultiver ; que depuis trois mois il s^enfermait presque tous les jours au moins deux heures avec elle, et quMl lui avait dit dernièrement que Madame comment çait à résoudre des équations du second et du trobième degré. . . Je n'ai pas voulu traduire ce discours au confiant époux.
Je ne puis approuver nos auteurs dramatiques , lorsquMls font révéler tout crûment par un fripon sa propre turpitude ; ils manquent alors à la vérité ; un coquin ne passe pas si franchement condamnation ; il se trompe lui-même autant qu'il le peut , et commence par mentir à sa propre conscience ; à plus forte raison a-t -il grand soin d'en imposer à autrui.
Voyez si Molière a fait dire à TartufiTe qu'il est un imposteur , excepté dans le seul moment où il sait bien qu'Orgon ne le croira pas , et que sa confession sera prise pour un acte d'humilité chrétienne ? Est-il poussé à bout par le sage Cléante ? Voyez comme il s'en tire :
ce n est y Monsieur, trois heures et demie ; » Certain devoir pieux me demande là haut , )) Et TOUS m'excuserez de vous quitter si tôt. »
Le spectateur traduit cela mot h mot\, par*: « Je suis un coquin qui ne sais plus que vous répondre: » *
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Et quand Sganarelle demande un a^s pour la guërison de sa fille malade , et que M. Josse lui conseille d'acheter pour elle des bijoux , de Targenterie , et assure que la parure est le plus sûr moyen de lui rendre la santé; la fameuse réponse de Sganarelle : «Vous êtes orfèvre , M. Josse , » qu'est - elle autre chose que la traduction fidèle de son avis intéressé ?
Négociateurs , commerçans , juges , époux , amans , youlez-YOUs connaître la vérité ? ne vous arrêtez pas aux mots qu'on vous dit ; traduisez , traduisez ; et souvenez-^ vous que ce n'est presque jamais le sensus obvius qui est le sens véritable.
Heureux deux amis qui , en conversant ensemble , seraient certains de toujours s'entendre , même à demimot , et de n'avoir jamais besoin de se traduire ! Mais où sont-ils , les amis de cette espèce ?
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