‹ ŒuvresChapitre 31 sur 240 · III · texte numérisé non relu

III

5o LE JEUNE CRÉOLE.

vâmes ainsi à Cadix, où je m'embarquai avec toi. . . Quand nous fûmes de retour en Angleterre , dans mon pays natal , je voulus prendre un vol plus haut ; nous nous établîmes comédiens ambulans; nous courûmes quelques provinces en jouant des pièces que j'arrangeais , et où nous remplissions chacun cinq à six rôles différens , bien entendu qu'il ne paraissait jamais plus de deux personnages à-la-fois... Malheureusement, je me suis lassé de cette vie errante et vagabonde ; j'ai voulu venir à Londres , et je ne sais quel démon m'a inspiré de me faire libraire. Il y a trop de livres et trop peu de lecteurs. Les journalistes se tirent encore d'affaire avec l'esprit de parti, la petite guerre et les injures.

Mm« FULMER.

Il faudra renoncer à notre établissement littéraire , et chercher dés moyens d'existence un peu plus certains. . . Si nous pouvions trouver , chacun de notre côté , à nous placer!...

FULMER.

Eh ! si je rencontrais , par bonheur , un maitre aussi , aimable , aussi confiant que mon jeune baronnet !..•

Mme FULMER.

On m'a parlé, ces jours derniers, d'une place de femme de charge dans une très-grande maison ; mais il fallait fournir des répondans : on demandait même la preuve écrite de mon mariage avec toi ; et tu sais qu'il me serait difficile de la produire.

. ACTE II, SCÈNE VI. 5i

FTJLMER.

C'est une petite formalité que nous ayons négligée jusqu'à présent.

•M"»« FULMER.

Nous devrions , quelque jour , nous mettre en règle à cet égard ; j'ai dans l'idée que cela nous porterait bonheur.

FULMER.

Au contraire ; je craindrais que cela ne me portât malheur, à moi...

Que veux-tu dire ?

FULMER.

Oh ! tu m'entends de reste , mon enfant ; crois-moi , restons comme nous sommes; vivrions -nous en aussi bonne- intelligence depuis trois ans , si nous étions mari et femme?... Non, assurément; entière liberté ; l'amour seul , le tendre amour. ..

M"« FULMER.

C'est dommage que le tendre amour ne donne point à souper. .*• Mais il me semble voir entrer quelqu'un dans le magasin... Je suis sûre qu'on vient me demander le paiement de cet effet de trente guinées. . .

FULMER.

Il n'est échu que d'aujourd'hui... Ces gens-là sont donc bien pressés!..: Tu les laisseras demander!... Sommes-nous les seuls honnêtes gens qui ne paient pas

leurs dettes?... Je crois que j'aperçois le capitaine Dudley qui rentre.

]««• FULMER.

Ecoute. Ne pourrions-nous pas mettre ces honnêtes gens ,' nos locataires , dans nos intérêts ? Je ne les crois pas riches , quoiqu'ils nous aient payé leur loyer d'avance ; mais je gagerais qu'ils tiennent à quelque grande famille.

FULMER.

Cela se peut; ils ont l'air de fort braves gens , et ils connaissent des personnes très comme il faut , à ce qu'il parait.

IVIiss Louisa Dudley est belle comme un ange; elle fera quelque jour un grand mariage ; son père est un ancien militaire , un homme respectable ...

FULMER.

Et tu vois qu'il n'en est pas plus à son aise ; quand je te dis que la fortune se plait à persécuter le mérite. . .

M™« FULMER.

Le voici qui vient. Parle-lui ; et moi , je vais trouver ce créancier , et lui donner de mauvaises raisons , faute de bon argent*

FULMER.

Cela revient au même • Va donc .

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