PROLOGUE. iS
l'aiïglaise.
De Shekspire , tous dites P C'est de notre Shekspire que vous parlez? Le plus grand poète de toute Tunivers.
l'acteur.
Oui, si l'on en croit les Anglais...
J'aime à voir, de Sbekspire évoquant la grande ombre, Ducis tremper de pleurs son vers tragique et sombre.
l'anglaise.
Ducis! Qu'est-ce que c'est? Ducis?
( A sM mari. ) Point Auglais , dites-moi , mon cher ?
l'acteur.
Eh ! non, Madame ; c'est un de nos tragiques français , dont la perte est encore récente , et qui a laissé une mémoire bien respectée et bien respectable.
^ l'a ))G LAIS.
' Tragique français ? point bonne, en cette cas.
l'acteur.
Pardonnez-moi , Monsiei^r; c'est un très-bon poète ^ qui était admirateur passionné de votre Shekspire , et qui l'a imité plusieurs fois heureusement,
L A HG L AI s , tirant loa album.
Attendez... s'il vous plait... j'écris ici sur mon album : Ducis , le meilleur poète français , n'a fait que copier Shekspire. . . ( u écrit *» raibu». ) Tenez , mon cher , les Français pour le comédie , passablement ; mais pour le tragédie , point du tout.
i6 PROLOGUE.
L^AGTEUR.
Tout comme il vous plaira , Monsieur. ( a part.) Quand î^irai disputer avec eux, c'est du tems perdu. ( Hânt. ) Dans . ce moment-ci, c'est d'une comédie qu'il s'agit. Laissezmoi donc poursuivre :
Mous allons , en risquant peut-être plus que lui , Faire au théâtre anglais un emprunt aujourd'hui. Il nous bmàxà voiler plus d'une inconvenance.
Chez nos voisins , Thalie, en sa gaité,
Brave un peu trop l'honnêteté ,
Et souvent sa conduite alarme la décence.
Les Anglais , sur ce point , moins que nous délicats ,
Aiment qu'on leur présente une scène hardie ;
Le beau sexe chez eux ose rire aux éclats
De cent traits scandaleux qu'admet leur comédie.
l'anglaise.
Scandaleux ! . . . Point du tout scandaleux , quand
l'usage est ainsi. Oh! notre comédie fort librement ,
pour beaucoup rire.
l'acteub.
Mesdames , toutefois ne tous effrayez pas ;
Mous nous souviendrons bien qu'en France
On ne dit pas tout haut ce qu'on dirait tout bas ,
Et qu'on sauve au moins l'apparence.
Chez un peuple étranger vous laissant transporter, A ses lois , à ses mœurs , il faudra vous prêter.
En Angleterre , une fillette , Sitôt qu'elle a seize ans , maîtresse de sa main ,