DB LA ROCHEFOUCAULD
A Madrid, oe 5 [août i65o].
Il y a longtemps que vous n'avez reçu de mes lettres, parce qu'il y a longtemps que je n'ai trouvé le moyen de vous écrire, et que, de plus, je sais que mes dernières ne vous seront pas rendues plus tôt que celle-cî ; j'en sais à cette heure les raisons, mais il seroit long et inutile de les vous dire. Vous n'apprendrez donc maintenant que ce qu'il est nécessaire que vous sachiez, et, avec tout cela, cette lettre ne sera pas courte. Ma plus grande peine est de savoir Tétat de vos affaires, dans la crainte que j'ai que l'arrivée de Sa Majesté vers vos quartiers* ne les ait gâtées'. Si cela est, il le faudra soufirir, comme, jusques à cette heure, Ton a bien souffert d'autres choses. Mais aussi, si tant étoit que tout fût encore en assez bon état, il y auroit espérance de quelque conso« lation.
Je m'en vas vous parler franchement et selon la vérité, et avec d'autant plus de hardiesse que je suis certain que vous êtes assez persuadé de mes intentions pour savoir qu'elles n'ont pas d'autre but que celui de votre bien, et que mes grands et petits intérêts sont tout à fait renfermés là dedans. Il faut donc que vous sachiez que je suis ici il y a près de quatre semaines. Les huit premiers jours se sont passés à
LsTraB xo. — Diaprés Tautographe, conservé à la Bibliothèque nationale, Manu$crit Clairambault 460, p. ai -3 a; traces de trois cachets. — Nous rappelons qu^à la date de cette lettre, le titre de duc appartenait à notre auteur, son père étant mort le 8 février i65o.
I. Sur le marquis de Siilery, beau-frère de la Rochefoucauld, voyez les Mémoires^ p. 137 et note 3. Sur son envoi en Espagne et celui du marquis de Sauvebœuf, du baron de Baas et de Mazerolles, et sur les négociations dont ils furent cbai'gés par les Frondeurs, voyez ibidem^ p. 19S ; les Mémoires de Lenet^ p. 993-396 et pastùn; et ci-dessus, la lettre la, p. 38 et note 4. La Rochefoucauld était alors à Bordeaux.
a, La cour étoit arrivée le i" août à Libourne : voyez les Mémoires^ p. 197 et suivantes.
3. Ces quatre derniers mots corrigent : a n'ait gâté toutes vos affaires ».
APPENDICE I* m53
ëcoater des promesfest ac à recevoir des marques d'une 7^^ extrèrne pesfioD à nous aider de tout le pouvoir que le roi d'Espagne a cotre $es mains* Je ne vous ferai point de dis* cours inutiles, mais je vous dirai simplement que les paroles que l'on m'a donnas m*oot r<'joui autant que vous le pouves penser, et je vous les ;û débitées selon cela. Après * avoir IMSsé ici huit ou dix jours, j'ai cru qu'il n'ctoit pas besoin de demeurer : ce me sembloit inutile, et j'ai moi-même demanda oioo congé. Cest alors que Ton a commencé à me déguiser les choses, et à me faire connottre que l'on seroit bien aise que j'attendisse huit ou dix jours. Ce terme ma semblé un peu long; mais, après avoir fortement représenté quelques raisons, il a fallu que j'aie témoigné de souffrir de bon cœur un retardement lequel j'ai connu que, de façon ou d'autre, je ne pou* vois éviter* Vous notere;^ que, dans ce temps-là, j'ai toujours été seul, et lorsque enfm l'impatience m'a pris, l'on ta si fait savoir l'arrivée de MM, de Sauvebœuf et de MaaseroUes k Saint-Sébastien^. Le premier, comme vous savez, est demeuré malade et n'a encore pu venir; Mazerolles est venu, après avoir séjourné sept jours à Saint-Sébastien; son arrivée a scandalisé et tellement refroidi cette cour, joint que, dès Saint- Sébastien et même sur les vaisseaux, il a tenu des discours tellement imprudents, et qui marquoient même quelque chose de plus, que je puis vous assurer que si le malheur eût voulu que j'eusse été parti d'ici, sans contredit toutes vos affaires étoient perdues* Je vous verrai, s'il plaît à Dieu, bientôt, et je vous ferai connottre si clairement la vérité de ce que je vous dis, que vous n'aurez aucun lieu d'en douter. De plus, je suis obligé de vous dire que l'on s'est encore fort étonné de ce que l'on n'a pu faire demeurer à Bordeaux dom Joseph*, et depuis l'on a paru si retenu que moi-môme j'en ai été surpris; car enlin il no faut pas que vous vous attendiez à recevoir des secours qui ne soient très-froids, à moins que vous ne fassiez trouver bon que, sous prétexte de recevoir les propo*
4. Il y a £a, biffé, dertLoXJprès^ et, plus loin, iûi {icjr)^ après