I I . — > LB MARQUIS DB 81LLBRY AU DUC DB LA ROCHEFOUCAULD
A Madrid, ce 6 août [i65o].
Gbllb-gi ne sera pas longue, parce que je vous ai écrit liier si amplement et de choses si nëccssaires que vous sachiez, que je n*ai rien à ajouter. Mais comme je veux que vous receviez sûrement ma grande lettre, peut-être ne l'aurez- vous qu'après celle-ci, par laquelle je vous assurerai que nous partons d'ici lundi, et que les vaisseaux et l'argent sont prêts k Saint-Sëbastien. Nous ferons toute la diligence possible, et si nos secours vous arrivent trop tard, vous vous en prendre/, s'il vous platt, a vous-même, ainsi que vous verrez par ma grande lettre, et beaucoup plus clairement lorsque je vous verrai. Songez à faire recevoir le baron de Batteville à Bordeaux, et sans cela n'espërez rien : ce que je vous dis est la vëritë même; mais avec cela espérez tout. En voilà assez jusques à ce que vous receviez ma grande lettre, et que je vous vote. L'armée de mer a paru vers le détroit, et, avant cela, nous vous irons trouver, assez forts pour être maîtres et sur mer et sur la rivière. Dieu veuille qu'il soit assez à temps I
Suscription : A Monsieur Monsieur le duc de la Rochefoucauld.
i3. C*e8t-à-dire, o^est faux : voyez le Dictionnaire de M, iJttrc^ à Tarticle Abus, 7*.
Lan^RB II. — Diaprés Tautographe, qui est à la Bibliothèque nationale, Manutcrit Ciairamhauit 460, p. ^^-iS (dont deux blanches) ; un cachet conservé. Voyez la lettre précédente.
La RooHirouoAULD. iii| i i;
a6o LETTRES.
fatigaes que je vous donne, et cela mêle une vraie amertume ^^^0 j^Qg Iq plaisir que me donne la manière dont vous agissez pour moi. Je vous jure au moins que ces boutes font leur effet, et un effet si tendre, dans mon cœur, qu'il me donne plus à vous que je n'ai jamais été à moi-même ; et je suis ravi d'y être autant par obligation que j'y ai ëtë d'abord par inclination, et d'y être enfin par une union si ferme qu'il n'y ait que la seule mort qui la puisse détruire ^^
lûeD trahir le sexe. On Terra que, dans la lettre suÎTante, Mme de Longuerille te cache sous le nom de Af. du Fol : royez ci-dessus, dans la note préliminaire de cette lettre, prié ; et ci-«près, note i3, ravie^ échappé par mégarde, à moins que ce ne soit une faute du copiste, dans la lettre à la Palatine.
i3. Dans la lettre à la Palatine, où celle-ci était incluse, on lit ces deux passages (il/a/i«jcnV Claîrambault 4^0, p. 17a et 178) : « Je suis rayie de Tintelligence des frères de Mme de Longueville arec la bonne princesse Palatine.... Je n'ai pas moins de joie de la satisfaction que Monsieur le Prince et M. le prince de Conty témoignent pour ce paurre M. Hesmond (Roche f,)^ car enfin c^eût été une chose bien cruelle, s'ils ne lui eussent pas fait justice. D Et plus bas : a II (Montreuil) pourroit beaucoup nuire à Rochefoucaut auprès des deux filles " de Belinde qui sont allées en prorince ensemble. Vous pouvez bien, je pense, savoir les sentiments de Solon là-dessus, et essayer de lui en imprimer de bons pour Rochefoucaut; enfin cela me paroît nécessaire. » — Y. Cousin remarque, à ce sujet, dans le Journal des Savants (avril i853, p. aSa), que la duchesse s'efforce d'acquérir à la Rochefoucauld la confiance de ses frères et surtout celle de Condé. « On sait, dit-il, que celui-ci avait vu de très-mauvais œil la liaison de sa saur avec la Rochefoucauld, pour lequel il n'avait aucun goût ; aussi Mme de Longueville recommande-t-elle avec instance à la princesse Palatine de faire en sorte que Montreuil, chargé de la correspond dance avec les prisonniers, et qui leur rendait compte de tout ce qui se passait, porte à leur connaissance les services de la Rochefoucauld. »
a En marge : « Je crois qu'elle veut dire : Messieurs les Princes. » Ce n'est pas doateox. Je crois que est de trop.
APPENDICE I. ft6i
l3. — [ti DUCHBSSB DB LONGUBVILLB AU DUC ^^^
DB LA ROGHBFOUCAULD.]
[Stenay,] i6 déoembre i65o.
J'avpbh hier la mort de Madame la Princesse* et aujourd'hui la défaite de M. de Turenne', et que l*on croit que le Cardinal va assic^ger Stenay'. Vous pouvez juger ce que Tamitif; que j'ai pour la pauvre Mme de Longueville fait en moi en apprenant ces horribles malheurs. Tout de bon, j'ai senti ces nouvelles persëcutions que la fortune lui fait, avec des sentiments un peu criminels et un peu rëvoltds contre ma patrie. KUe me le pardonnera, sHl lui platt, et excusera si ma tendresse pour cette malheureuse princesse, réduite à la dernière extrëmiti, l'emporte sur l'amour que je dois avoir pour mon pays. Mais*, pour quitter un discours si touchant et si peu propre à vous faire, puisque vous n'êtes de rien et que votre profession vous défend les partialités, soit d'un côté, soit d'un
LiTTEB i3. — Revue sur une copie ooniervée à la Bibliothèque nationale, Manuserii Ciairamhault 460, p. 90i-9o3. En tète, d^une autre écriture , également ancienne, te trouve cette mention : a Pour M. Hesmond {Roche fj) M* de Long. » Cette lettre a été, comme la précédente, publiée par V. Cousin dam le Journal dê$ Savtmtt^ avril i853, p. 'i38.
I • La princesse douairière de Condé était morte le a décembre, à Cbâtillon-sur^Loing. Voyex les détails que donne à ce sujet Mme de Motteville dans ses Mémoires^ tome III, p. s4'-*4&*
s. Sur la bataille de Rethel, livrée le i5 décembre, o*est>à-dtre ta veille même du jour où Mme de Longueville écrivait cette lettre, voyez les Mémoiret^ p. ii5 et 916; et ci-deitus, p. 43, la note 4 de Iti lettre i5.