‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 3 sur 59 · LIVR8 I · texte numérisé non relu

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sur les degrés du Louvre , les fils de ces étrangers ne rehoik vellent point leur sacriflce !

Enfin le Canadien Henry dirige à Tavant-garde cette troupe de Français demi-sauvages , enfants sans soucis des forêts du nouveau monde. Ces chasseurs, assemblés péle-méle à la tête de Farmée, portent pour tout vêtement une tunique de lin qu'une ceinture rapproche de leurs flancs : une corne de chevreuil , renfermant le plomb et le salpêtre , s'attache par un cordon , en forme de baudrier, sur leur poitrine; une courte carabine rayée se suspend comme un carquois à leurs épaules : rarement ils manquent leur but, et poursuivent les hommes dans les bois comme les daims et les cerfs. Rivaux des peuples du désert, ils en ont pris les goûts, les mœurs et la liberté; ils savent découvrir les traces d'un ennemi, lui tendre des embûches , ou le forcer dans sa retraite. £n vain les pandours , qui les accompagnent sur leurs petits chevaux de race tartare ; en vain ces cavaliers du Danube , aux longs pantalons , aux vestes fourrées flottant en arrière , au bonnet oriental , aux moustaches retroussées , veulent devancer les coureurs canadiens : moins rapide est l'hirondelle effleurant les ondes , menus léger le duvet du roseau qu'emporte un tourbill<Hi.

Les troupes ainsi rassemblées bordaient les rives du fleuve , lorsque, monté sur une cavale blanche, élevée vagabonde dans les savanes mexicaines , voici venir Chépar au milieu d'un cortège de guerriers.

Mé sons la tente des Luxembourg et des Catinat , le vieux capitaine ne voyait la société que dans les armes ; le monde pour lui était un camp. Inutilement il avait traversé les mers, sa vue restait circonscrite au cercle qu'elle avait jadis embrassé , et l'Amérique sauvage ne reproduisait à ses yeux que l'Europe civilisée : ainsi le ver laborieux , qui ourdit la plus bel'e trame, ne connaît cependant quéâa voûte d'or, et ne peut étendre ses regards sur la nature.

Le chef s'avance, et s'arrête bientôt à quelques pas du front des guerriers ; les roulements des tambours se fout en-

tendre , les capitaines courent à leur poste , les soldats s'af* fermissent dans leurs rangs. Au second signal , la ligne se fixe et devient immobile, semblable alors au mur d'une cité au-dessus duquel flottent les drapeaux de Mars.

Les tambours se taisent , une vou s'élève, et va se répétant le long des bataillons , de chef en chef, comme d'écho en écho. Mille tubes enlevés de la terre frappent ensemble répaule du fantassin ; les cavaliers tirent leurs sabres, dont l'acier, réfléchissant les rayons du soleil , mêle ses éclairs aux triples ondes de feu des baïonnettes : ainsi, dnrant une nuit d'hiver, brille ime solitude ou des tribus canadiennes célèbrent la fête de leurs génies; réunies sur la surface solide d'un fleuve , elles dansent à la lueur des [mus allumés de toutes parts ; les cataractes enchaînées , les montagnes de neige , les forêts de cristal , se revêtent de s{^endeur , tandis que les Sauvages croient voir les esprits du nord voguer dans leurs canots aériens , avec des pagaies de flammes , sur l'aurore mouvante de Borée.

Cependant les rangs de l'armée s'entr'ouvrent, et présentent au commandant des allées régulières : il les parcourt avec lenteur, examinant les guerriers soumis à ses ordres, comme un jardinier se promène entre les files des jeunes arbres dont sa main affermit les racines et dirige les rameaux.

Aussitôt que la revue est finie , Chépar veut que les capitaines exercent les troupes aux jeux de Mars. L'ordre est donné , le coup de baguette retentit. Soudain vous eussiez vu le soldat tencbe et porter en avant le pied gauche , avec l'assurance et la fermeté d'un Hercule. L'armée entière s'ébranle ; ses pas égaux mesurent la marche que frappent les tambours. I^es jambes noircies des soldats ouvrent et ferment une longue avenue , en se croisant comme les ciseaux d'une jeune fille qui découpe d'ingénieux ouvrages. Par intervalles , les caisses d'airain, que recouvre la peau de l'onagre, se taisent au signe du géant qui les guide; alors mille instruments, fils d'Éole, animent les forêts, tandis que les cymbales du nègre se choquent dans l'air et tournent comme deux soleils

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Rien de plus mervdllenx et de plus terrible à la fois que de Toir ces légions marcher au son de la musique , comme si eUes ouvraient ks danses de quelque fête : nul ne peut les regarder sans se sentir possédé de la fureur des combats , sans brûler de partager leur gloire et leurs périls. Les fantassins s*appuient et tournent sur leurs ailes de cavalerie comme sur deux pôles; tantôt ils s'arrêtent, ébranlent la solitude par de pesantes déchaiges , ou par un feu successif qui remonte et redescend k long de la ligne comme les orbes d'un serpent ; tantôt ils baissent tous à la fois la pointe de la baïonnette, si fatale dans des mains françaises : coucher leurs armes à terre , les reprendre , les lancer à leur épatée, les présenter en salut, les charger ou se reposer sur elles , ce n'est pas la durée d'un moment pour ces enfants de la Tictmre.

A cet exercice des armes succèdent de savantes manœu- ' vres. Tour à tour l'armée s'allonge et se resserre, tour à tour s'avance et se retire : ici elle se creuse comme la corbeiHe de Flore ; là elle s'enfle comme les contours d'une urne de Corinthe : le Méandre se replie moins de fois sur lui-même , la danse d'Ariadne, gravée sur le bouclier d'Achille, avait moins d'erreurs , que les labyrinthes tracés sur la plaine par ces disciples de Mars. Leurs capitaines font prendre aux bataillons toutes les figures de l'art d^ranie : ainsi des enfants étendent des soies légères sur leurs doigts légers ; sans confondre ou briser le dédale fragile , ils le déploient en étoile, le dessinent en croix, le ferment en cercle, et l'entr'ouvrent doucement sous la forme d'un berceau.

Les Indiens assemblés admiraient ces jeux , qui leur cachaient des tempêtes.

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