‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 46 sur 59 · LIVRE XiK 19S · texte numérisé non relu

LIVRE XiK 19S

Cintre à l*œil , à mesure que les tempêtes du ciel s'arooncéllent autour de sa tête. Plus ingénieux dans son amitié qu'une mère indienne qui ramasse de la mousse pour en faire un berceau à son fils , Outougamiz coupe des joncs avec son poignard , en forme une sorte de nacelle , paa*vient à y coucher le frère d'Amélie, et, se jetant à la nage, traîne après lui le fragile vaisseau qui porte le trésor de l'amitié.

Outougamiz avait été au moment d'expirer de douleur; il se sentit près de mourir de joie lorsqu'il aborda lacyprière. « Oh ! » s'écria-t-il eu rompant ^Jors pour la première fois le silence, « il est sauvé! Délicieuse nécessité de mon cœur, «i pauvre colombe fugitive, te voilà donc à Tabri des chas- « seurs ! Mais , René , je crains que tu ne me veuilles i>as « pardonner; car c'est moi qui suis la cause de tout ceci , « puisque je n'étais point auprès de toi dans la bataille. €om- « ment ai-je pu quitter mon ami , qui m'avait donné un mani- « tou sur mon berceau? C'est fort maU fort mal à toi, Ou- « tougamiz! »

Ainsi parlait le Sauvage; la simplicité de ses propos, ea contraste avec la sublimité de ses actions , firent sortir un mo« ment René de l'accablement de la douleur : levant une maia débile et des yeux éteints , ii ne put prononcer que ces mots : • Te pardonner ! »

Outougamiz entre sous les cyprès : il coupe les rameaux trop abaissés , il écarte des genoux de ces arbres les débris des branches : il y fait un doux lit avec des cimes de joncs pleins d'une moelle légère; puis, attirant son ami sur ce lit, il le recouvre de feuilles sécfaées. Ainsi un castor, dont le& eaux ont inondé les premiers travaux , prend son nourrisson , et le transporte dans la chambre la plus élevée de son palais. Le second soin du frère de Géluta fut de panser les plaies du frère d'Amélie. 11 sépare deux nœuds de roseaux, puise un peu d'eau du marais, verse cette eau d'une coupe dans l'autre pour l'épurer, et lave les blessures , dont il a sucé d'abord le venin. La main d'un fils d'Esculape , armé des instruments les plus ingénieux , n'aurait été ni plus douce ni

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plus salutaire que la main de cet ami. René ne pouvait exprimer sa reconnaissance que par le mouvement de ses lèvres. De temps en temps Flndien lui disait avec inquiétude : « Te « fais-je mal? te trouves-tu un peu soulagé ? » René répondait par un signe qu'il se sentait soulagé, et Outougamiz continuait son opération avec délices.

Le Sauvage ne songeait point à lui : il avait encore quelque reste de maïs, il le réservait pour René. Outougamiz ne faisait qu'obéir à un instinct sublime , et les plus belles actions n'étaient cbez lui que l'accomplissement des facultés de sa vie. Comme un charmant olivier, nourri parmi les ruisseaux et les ombrages , laisse tomber sans s'en apercevoir, au gré des brises, ses fruits murs sur les gazons fleuris, ainsi l'enfant des forêts américaines semait , au souffle de l'amitié, ses vertus sur la terre, sans se douter des merveilleux présents qu'il faisait aux hommes.

Rafraîchi et calmé par les soins de son libérateur, René sentit ses paupières se fermer, et Outougamiz tomba lui-même dans un profond sommeil à ses côtés : les anges veillèrent sur le repos de ces deux hommes , qui avaient trouvé grâce auprès de celui qui dormit dans le sein de Jean.

Outougamiz eut un songe. Une jeune femme lui apparut : elle s'appuyait en marchant sur un arc détendu , entouré de lierre comme un thyrse; un chien la suivait. Ses yeux étaient bleus; un sourire sincère entr'ouvrait ses lèvres de rose : son air était un mélange de force et de grâce. Presque nue, elle ne portait qu'une ceinture plus belle que celle de Vénus. Outougamiz se figurait lui tenir ce discours :

« Étrangère, j'avais planté un érable sur le sol de la butte « où je suis né : voilà que, pendant mon absence, de méchants « manitous ont blessé son écorce et ont £ait couler sa sève. « Je cherche des simples dans ces marais, pour les appliquer « sur les plaies de mon érable. Dis-moi oii je trouverai la feuille « du savinier. »

D'une voix paisible l'Indienne paraissait répondre à Outougamiz : « En vérité, je dis qu'il connaîtra toutes les ruses de

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