‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 8 sur 59 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

L'ange protecteur de rAmérique , qui montait vers le soleil , avait découvert le voyage de Satan et du démon de la Renommée : à cette vue poussant un soupir, il précipite le mouvement de ses ailes. Déjà il a laissé derrière lui les planètes les plus éloignées de l'œil du monde ; il traverse ces deux globes que les hommes, plongés dans les ténèbres de Fidolâtrie , profanèrent par les noms de Mercure et de Vénus. Il entre ensuite dans ces régions où se forment les couleurs du soleil couchant et de Taurore; il nage dans des mers d'or et de pourpre; et, sans en être ébloui, les regards fixés sur Fastre du jour, il surgit à son orbite immense.

Uriel l'aperçoit; après l'avoir salué du salut majestueux des anges , il lui dit :

« Esprit diligent, que le Créateur a placé à la garde d'une « des plus belles parties de la terre , je connais le sujet qui « vous amène : tandis que vous remontiez jusqu'à moi, l'ange « de la Croix du sud descendait sur ce soleil, pour m'ap* « prendre qu'il avait vu Satan et sa compagne s'élancer du « pôlQ du midi. J'aurais déjà communiqué cette nouvelle aux « archanges des soleils les plus reculés, si je n'avais aperçu « deux illustres voyageuses qui viennent comme vous de la « terre, et qui bientôt arriveront à nous : elles continueront « ensuite leur route vers les tabernacles étemels. Reposez- « vous donc en les attendant ici ; il n'y a point d'ange qui « ne soit ef&ayé de la course à travers l'infîni : les deux « saintes pourront se charger de votre message; elles témoi- « gneront de votre vigilance, et vous redescendrez au poste a où vous rappelle l'audace du prince des ténèbres. »

L'ange de l'Amérique répondit : « Uriel , ce n'est pas sans « raison que l'on vous loue dans les parvis célestes : vos pa- « rôles sont véritablement pleines de sagesse , et les yeux « dont vous êtes couvert ne vous laissent rien ignorer. Vous

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« daignerez donc rendre compte de mon zèle ? Vous savez que « les flèches du Très-Haut sont terribles , et qu'elles dévorent « les coupables. Puisque les deux patronnes des Français s'é- « lèvent aux sanctuaires sublimes , dans le même dessein qui « m'a conduit à Fastre dont vous dirigez le cours , je vais re- « tourner à la terre. Taurai peut-être à livrer des combats , « car Satan semble avoir pris une force nouvelle. »

Uriel repartit : « Ne craignez point cet archange ; le crime « est toujours faible, et Dieu vous enverra sa victoire. Votre « empressement est digne d'éloges , mais vous pouvez vous R arrêter un moment pour délasser vos ailes. »

En parlant ainsi, l'ange du soleil présenta à celui de l'Amérique une coupe de diamant , pleine d'une liqueur inconnue : ils y mouillèrent leurs lèvres , et les dernières gouttes du nectar, tombées en rosée sur la terre, y firent naître une moisson de fleurs.

L'ange de l'Amérique , regardant les champs du soleif , dit à Uriel : « Brûlant chérubin , si toutefois ma curiosité n'est « point déplacée , et qu'il soit permis à un ange de mon rang « de connaître de tels secrets, ce qu'on dit de l'astre auquel « vous présidez est-il vrai? ou n'est-ce qu'un bruit né de Vi* « gnorance humaine? »

Uriel , avec un sourire paisible : -

« Esprit rempli de prudence, votre curiosité n'a rien d'in- « discret, puisque vous n'avez pour but que de glorifier l'œu- « vre du Père, cette œuvre que le Fils conserve et que l'Es- « prit vivifie. Je puis aisément vous satisfaire.

« Non, cet astre qui sert de marchepied à l'Éternel ne fut « point formé comme se le figurent les hommes. Lorsque la « création sortit du néant à la parole étemelle, et que le ciel « eut célébré le soir et le matin du premier jour, la clarté « émanée du Saint des saints faisait seule la lumière du « monde.

« Mais cette lumière , toute tempérée qu'elle pouvait être, « trop forte encore pour l'univers , menaçait de le consumer* « Emmanuel pria Jéhôvah de reployer ses rayons , et de.

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« n'en laisser échapper qu'un seul. Le Fils prit ce rayon dans « sa main , le rompit , et du brisement s'édiappa une goutte « de feu, que le Fils nomma soleil.

« Alors brilla dans les cieux ce luminaire qui lie les plané- « tes autour de lui , par les fils invisibles qu'il tire sans inter- « ruption de son sein inépuisable. Je reçus l'ordre de m'as- « seoir à son foyer, moins pour veiller à la marche des sphères « que pour empêcher leur destruction : car lorsque Jého- « vah , rentré dans la profondeur de sou immensité , appelle « à lui ses deux autres principes , lorsqu'il enfante avec eux » ces pensées qui donnent la vie à des millions d'âmes et de « mondes, dans ces moments de conception du Père, il sort « de tels feux du tabernacle , que tout ce qui est créé serait « dévoré. Placé au centre du soleil , je me hâte d'étendre « mes ailes et de ïes interposer entre la création et l'effusion « brûlante , afin de prévenir l'embrasement des globes. L'omet bre dé mes ailes forme dans l'astre du jour ces taches que a les hommes découvrent , et que , dans leur science vaine , a ils ont diversement expliquées. »

Ainsi s'entretenaient les deux anges, et cependant Cathe* rine des Bois et Greneviève touchaient au disque du soleil.

Peuple guerrier et plein de génie , Français , c'est sans doute un esprit puissant , un conquérant fameux qui protège du haut du ciel votre double empire ? Non ! c'est une bergère en Europe, une fille sauvage en Amérique. Geneviève du hameau de Nanterre, et vous Catherine des bois canadiens, étendez à jamais votre houlette et votre crosse de hêtre sur ma patrie ; conservez-lui cette naïveté , ces grâces naturelles qu'elle tient sans doute de ses patronnes !

Née d'une mère chrétienne et d'un père idolâtre , sous le toit d'écorce d'une famille indienne , Catherine , élevée dans la religion de sa mère , annonça dès son enfance que l'Époux céleste l'avait réservée pour ses chastes embrassements. A peine avait-elle accompli quatre lustres , qu'elle fut appelée dans ces domaines inconruptibles , où les anges célèbrent incessamment les noces de ces femmes qui ont divorcé avec la

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