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terre pour s'unir au ciel. Les vertus de Callierine resplendirent après sa mort ; Dieu couvrit son tombeau de miracles riches et éclatants , en proportion de la pauvreté et de l'obscurité de la sainte ici-bas. Elle fut publiquement honorée comme patronne du Canada; on lui rendit un culte au bord d'une fontaine , sous le njom de la bonne Catherine deê Bois. Cette vierge ne cesse de veiller au salut de la Nouvelle-France et de s'intéresser aux habitants du désert. Elle revenait alors du séjour des hommes avec Geneviève.
Les patronnes des fils de saint Louis s'étaient alarmées des malheurs dont Satan menaçait l'empire français en Amérique : un même mouvement de charité les emportait aux célestes habitacles, pour implorer la miséricorde de Marie. Tristes autant que des substances spirituelles peuvent ressentir notre douleur, elles versaient ces larmes intérieures dont Dieu a fait présent à ses élus; elles éprouvaient cette sorte de pitié que l'ange ressent pour l'homme , et qui , loin de troubler la pacifique Jérusalem , ne fait qu'ajouter aux félicités qu'on y goûte.
Geneviève porte encore dans sa main, sa houlette garnie de guirlandes de lierre ; mais cette houlette est plus brillante que le sceptre d'un monarque de l'Orient. Les roses qui couronnent le front de la fille des Gaules ne sont plus les roses fugitives dont la bergère se parait aux champs de Lutèce; ce sont ces roses qui ne se fanent jamais , et qui croissent dans les campagnes merveilleuses, sur les pas de l'Agneau sans tache. Geneviève, une nue blanche forme ton vêtement; des cheveux d'un or fluide accompagnent divinement ta tête : à travers ton immortalité on reconnaît les grâces pleines d'amour, les charmes indicibles d'une vierge française !
Plus simple encore que la patronne de la France policée , est peut-être la patronne de la France sauvage. Catherine brille de cet éclat qui apparut en elle lorsqu'elle eut cessé d'exister. Les fidèles accourus à sa couche de mort lui virent prendre une couleur vermeille, une beauté inconnue qui inspirait le goût de la vertu et le désir d'être saint. Catherine
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retient, avec la transparence de son corps glorieux, la tunique indienne et la crosse du labour : fille de la solitude, elle aime celui qui se retira au désert avant de s'immoler au salut des hommes.
Ainsi voyagent ensemble les deux saintes : Tune, qui sauva Paris d'Attila; Geneviève, qui précéda le premier des rois très-chrétiens ; qui , dans une longue suite de siècles ,. opposa Tobscurité et la vertu de ses cendres à toutes les pompes et à toutes les calamités de la monarchie de Clovis : l'autre, qui ne devança sur la terre que de peu d'années le dernier des rois très-chrétiens ' ; Catherine , qui ne sait que l'histoire de quelques apôtres de la Nouvelle-France , semblables à ceux que vit la pastourelle de Nanterre , lorsque l'Évangile pénétra dans les vieilles Gaules.
Les épouses du Seigneur se chargèrent du message de l'ange dé l'Amérique , qui se précipita aussitôt sur la terre , tandis qu'elles continuèrent leur route vers le firmament.
Dans un champ du soleil , dans des prairies dont le sol semble être de calcédoine , d'onyx et de saphir, sont rangés les chars subtils de l'âme, chars qui se meuvent d'eux-mêmes, et qui sont faits de la même manière que les étoiles'. Les deux saintes se placent l'une auprès de l'autre sur un de ces chars. Elles quittent l'astre de la lumière , s'élèvent par un mouvement plus rapide que la pensée, et voient bientôt le soleil suspendu au-dessous d'elles dans les espaces ,' comme une étoile imperceptible.
Elles suivent la route tracée en losange de lumière par les esprits des justes qui , dégagés des chaînes du corps , s'envolent au séjour des joies étemelles. Sur cette route passaient et repassaient des âmes délivrées, ainsi qu'une multitude d'anges. Ces anges descendaient vers les mondes pour exécuter les ordres du Très-Daut , ou remontaient à lui , chargés des prières et des vœux des mortels.
Bientôt les saintes arrivent à cette terre qui s'étend au*
■ Ceci est dit par emphase de la mort de Louis XVI. J^écrivais un an après la mort du rot-martyr. — » Platon.
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dessous de la région des étoiles , et d*où Ton découvre le soleil , la lune et les planètes tels qu'ils sont en réalité, sans le milieu grossier de Pair qui les déguise aux yeux des hommes. Douze bandes de différente couleur ' composent cette terre épurée , dont la nôtre est le sédiment matériel : Tune de ces bandes est d'un pourpre étincelant ; l'autre, d'un vif azur ; une troisième , d'un blanc de neige. Ces couleurs surpassent en éclat celles de notre peinture, qui n'en sont que les ombres. Catherine et Geneviève traversent cette zone sans s'arrêter, et bientôt elles entendent cette harmonie des sphères que l'oreille ne saurait saisir, et qui ne parvient qu'au sens intérieur de l'âme. Elles entrent dans la région des étoiles, qu'elles voient comme autaoït de soleils, avec leurs systèmes de planètes tributaires. Grandeur de Dieu , qui pourra te comprendre .'Déjà les saintes s'approchent de ces premiers mondes placés à des distances que la balle poussée par le salpêtre mettrait des millions d'années à firanchir; et cependant les deux vierges ne sont que sur les plus lointaines limites du royaume de Jéhovah, et des soleils après des soleils émergent de l'immensité, et des créations inconnues succèdent à des créations plus inconnues encore.
Un homme qui , piour comprendre l'infini , se plaçant en imagination au milieu des espaces , chercherait à se représenter l'étendue suivie de l'étendue , des régions qui ne commencent et ne finissent en aucun lieu ; cet homme , saisi de vertiges , détournerait sa pensée d'une entreprise si vaine : tels seraient mes inutiles efforts , si j'essayais de tracer la route que parcouraient Geneviève et Catherine. Tantôt elles s*ouvrent une voie au travers des sables d'étoiles ; tantôt elles coupent les cercles ignorés où les comètes promènent leurs pas vagabonds. IjCs deux saintes croient avoir fait des progrès, et elles ne touchent encore qu'à l'essieu commun de tous les univers créés ».
Cet axe d'or vivant et immortel voit tourner tous les mon-
» Platon. — » Idem.
des autour de lui dans des révolutions cadencées! A distance égale, le long de cet axe, sont assis trois esprits sévères : le premier est Fange du passé; le second, l'ange du présent; le troisième, l'ange de l'avenir. Ce sont ces trois puissances qui laissent tomber le temps sur la terre , car le temps n'entre point dans le ciel et n'en descend point. Trois anges inférieurs , semblables aux fabuleuses sirènes pour la beauté de la voix, se tiennent aux pieds de ces trois premiers anges, et chantent de toutes leurs forces. Le son que rend l'essieu d'or du monde, en tournant sur lui-même, accompagne leurs hynmes. Ce concert forme cette triple voix du temps qui raconte le passé , le présent et l'avenir, et que des sages ont quelquefois entendu sur la terre , en approchant l'oreille d'un tombeau durant le silence des nuits.
Le char subtil de l'âme vole encore : les épouses de Jésus- Christ abordent à ces globes où se pressent les âmes des hommes que l'Étemel créa par sa seconde idée, après avoir pensé les anges*. Dieu forma à la fois tous les exemplaires des âmes humaines , et les distribua dans diverses demeures , où ils attendent le moment qui les doit unir à des corps terrestres. La création fut une et entière. Dieu n'admet point de succession pour produire.
Les chastes pèlerines furent émues au spectacle de ces âmes égales en innocence , qui devaient devenir inégales par le péché ; les unes restant immaculées , les autres portant la marque des clous avec lesquels les passions les attacheraient un jour au sang et à la chair *.
Par delà ces globes où sommeillent les âmes qui n'ont point, encore subi la vie mortelle , se creuse la vallée où elles doivent revenir pour être jugées, après leur passage sur la terre. Les saintes aperçoivent dans la formidable Josaphat le cheval pâle monté par la Mort^ les sauterelles au visage d'homme, aux dents de lion , aux ailes bruyantes comme un chariot de ba-
• Doctrine de quelques Pères de TÉglise. — ' Plusieurs Pères de l'Eglise ont soutenu ces doctrines, riui ne sont pas ici règle de foi, mais matière de poésie.
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taille. Là , paraissent les sept anges avec les sept coupes pleines de la colère de Dieu ; là , se tient la femme assise sur la béte de couleur écarlate , au front de laquelle est écrit Mystère. Le puits de Fabîme fume à Tune des extrémités de la vallée , et Fange du jugement , approchant peu à peu la trompette de ses lèvres , semble prêt à la remplir du souffle qui doit dire aux morts : Levez-vous !
En sortant de la mystique vallée, Geneviève et Catherine entrèrent enfin dans ces régions où commencent les joies du ciel. Ces joies ne sont pas , comme les nôtres , sujettes à fatiguer et à rassasier le cœur ; elles nourrissent , au contraire , dans celui qui les goûte , une soif insatiable de les goûter encore.
A mesure que les patronnes de la France approchent du séjour de la Divinité , la clarté et la félicité redoublent. Aussitôt qu'elles découvrent les murs de la Jérusalem céleste , elles descendent du char , et se prosternent comme des pèlerines aux champs de la Judée, lorsque dans la splendeur du midi , Sion se montre tout à coup à leur foi ardente. Geneviève et Catherine se relèvent, et glissant dans un air qui n'est point un air , mais qu'il faut appeler de ce nom pour se faire comprendre, elles entrent par la porte de Forient. Au même instant le bienheureux Las Casas , et les martyrs cauadiens Brébœuf et Jogues , se pressent sur les pas de Catherine. Toujours brûlés de charité pour les Indiens , ils ne cessent de veiller à leur salut. Par un effet de la gloire de Dieu , plus ces confesseurs ont souffert de leurs ingrats néophytes, plus ils les chérissent. Las Casas , adressant la parole à la patronne de la France nouvelle :
« Servante du Seigneur , quelque péril menacerait-il nos « frères des terres américaines? La tristesse de votre visage , « et celle qui respire sur le front de Geneviève, me feraient « craindre un malheur. Nous avons été occupés à chanter la « création du monde, et je n'ai pu descendre aux régions « sublunaires. »
a — Protecteur des cabanes , répondit Catherine , votre
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« bonté ne s* est point en vain alarmée. Satan a déchaîné Ten- « fer sur l'Amérique : les Français et leurs frères sauvages « sont menacés. L'ange gardien du nouveau monde s'est vu « forcé de monter vers Uriel pour l'instruire des attentats des « esprits pervers. Je viens , chargée de son message avec la « vierge de la Seine , supplier Marie d'intercéder auprès du « Rédempteur. Prélat , et vous confesseurs de la foi , joignez-: « vous à nous : implorons la miséricorde divine. »
Tandis que la fille des torrents parlait de la sorte, les saints, les anges, les archanges , les séraphins et les chérubins, rassemblés autour d*elle, ressentaient une religieuse douleur. Las Casas , et les missionnaires canadiens , tout resplendissants de leurs plaies, se réunissent aux deux illustres femmes. Voici venir le saint roi Louis , la palme à la main , qui se met à la tête des enfants de la France , et dirige les suppliants vers les tabernacles de Marie. Ils s'avancent au mûieu des chœurs célestes à travers les champs qu'habitent à jamais les hommes qui ont pratiqué la vertu.
Les eaux , les arbres, les fleurs de ces champs inconnus^ n'ont rien qui ressemble aux nôtres , hors les noms : c'est le charme de la verdure , de la solitude , de la fraîcheur de nos bois , et pourtant ce n'est pas cela ; c'est quelque chose qui n'a qu'une existence insaisissable.
Une musique qu'on entend partout, et qui n'est nulle part, ne cesse jamais dans ces lieux : tantôt ce sont des murmures comme ceux d'une harpe éolienne que la faible haleine du zéphyr efflieure pendant une nuit de printemps ; tantôt l'oreille d'un mortel croirait ouïr les plaintes d'une harmonica divine, ces vibrations qui n'ont rien de terrestre , et qui nagent dans la moyenne région de l'air. Des voix , des modulations brillantes sortent tout à coup du fond des forêts célestes; puis, dispersés par lesoufQe des esprits , ces accents semblent avoir expiré. Mais bientôt une mélodie confuse se relève dans le lointain, et l'on distingue ou les sons veloutés d'un cor sonné par un ange, ou l'hymne d'un séraphin qui chante les grandeurs de Dieu au bord du fleuve de vie.
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Un jour grossier, comme id-bas , n'éclaire point ces régions; mais une molle clarté , tombant sans bruit sur tes terres mystiques, s'y fond pour ainsi dire comme une neige, s'insinue dans tous les objets , les fait briller de la lumière la plus suave , leur donne à la vue une douceur parfaite. L'éther, si subtil, serait encore trop^ matériel pour ces lieux : l'air qu'on y respire est l'amour divin lui-même ; cet au* est comme une sorte de mélodie vôible qui- remplit à la fois de splendeur et de concerts toutes les blanches campagnes des âmes.
Les passions, filles du temps, n'entrent point dans l'immortel Éden. Quiconque, apprenant de bonne heure à méditer et à mourir , s'est retiré au tombeau , pur des infirmités du corps, s'envole au séjour dévie. Délivrée de ses craintes, de son ignorance , de ses tristesses, cette âme , dans des ravissements infinis , contemple à jamaisoe qui est vrai , divin, immuable, et au-dessus de l'opinion : toutefois, si elle n'a plus les passions du monde , elle conserve le sentiment de ses tendresses. Serait-il de véritable bonheur sans le souvenir des personnes qui nous furent chères, sans l'espoûr de les voir se réumr à nous ? Dieu , source d'amour , a laissé aux prédestinés toute la sensibilité de leur cœur, en ôtant seulement à cette sensibilité ce qu'elle peut avoir de faible : les plus heureux, comme les plus grands saints , sont ceux qui ont le plus aimé.
Ainsi s'écoulent rapidement les siècles des siècles. Les élus existent, pensent et voient tout en Dieu : la félicité dont cette union les remplit est délectable. A la source de la vraie science, ils y puisent à longs traits , et pénètrent dans les artifices de la sagesse. Quel spectacle merveilleux ! et que l'éternité même , passée dans de telles extases , doit être courte!
Les secrets les plus cachés et lesplussublimes delà nature sont découverts à ces hommes de vertu. Ils connaissent les causes du mouvement de l'abîme et de la vie des mers ; ils voient l'or se filtrer dans les entrailles de la terre ; ils sui-
\eut la circulatiofi de la sève dans les canaux des plantes; et rbysope et.le cèdre ne peuvent dérober à Fceil du saint la navette qui croise la trame de leurs feuilles et le tissu de leur écorce.
Mais que dis-je ? ce ne sont point de si curieux secrets qui occupent uniquement les bienheureux : Jéhovah leur donne d'autres joies et d'autres spectacles. Ils embrassent de leurs regards les cercles sur lesquels roulent les astres divers ; ils connaissent la loi qui gouverne les globes, qui les chasse ou les attire; ils découvrent les chaînes qui retiennent ces globes , et reviennent aboutir à la main de Dieu ; chaînes que son doigt pourrait rompre avec la .facilité de l'ouvrier qui brise une soie. Les élus voient les comètes accourir aux pieds du Très-Haut, recevoir ses ordres, et partir avec des yeux rougis et une chevelure flamboyante, pour fracasser quelque monde. O paradis ! ton chantre ne peut suffire à peindre tes grandeurs ! Vertu ! prête-moi tes ailes pour atteindre à ces régions de béatitude ! Déserts , et vous , rochers , venez à moi ! prenez-moi dans votre sein , afin que, nourri loin de la corruption des hommes , je puisse , au sortir de cette misérable vie , monter au séjour de l'étemelle science et de la souveraine beauté !
Dans les régions de la grâce et de l'amour, le saint roi , et les saintes patronnes de la France , vont chercher le trône de . Marie. Un chant séraphique leur annonce 'le lieu où réside la Vierge qui renferma dans son flanc celui que l'univers ne peut contenir. Us découvrent dans une crèche resplendissante, au milieu des anges en adoration, au milieu d'un nuage d'encens et de fleurs , la libératrice du monde , ornée des sept dons du Saint-Esprit. Seule de tous les justes , Marie a conservé un corps. Une tendre compassion pour les hommes , dont elle fut la fille , une patience , une douceur sans égale , rayonnent siu: le front de la mère du Sauveur.
Geneviève , Catherine , Louis , roi dans le ciel comme sur la terre , le bienheureux Las Casas , les saints martyrs de la
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Nouvelle-France , s'avancent au milieu de la foule céleste , qui , s'entr'ouvrant sur leur passage , les laisse approcher du trône de Marie ; ils s'y prosternent. Catherine :
« Mère d'Emmanuel , seconde Eve , reine dont je suis la « plus indigne des servantes, prenez pitié d'un peuple prêt à « périr. Le serpent dont vous avez écrasé la tête est retourné « au monde pour persécuter les hommes , et surtout l'empire « nouveau de saint Louis. O Marie ! recevez les humbles « vœux de la fille d'une nouvelle Église , de la première « vierge consacrée au bord du torrent ! écoutez la prière de^ « cette autre vierge et de ces saints, profondément humiliés « à vos pieds ! »
Divine Mère de Dieu , vous ouvrîtes vos lèvres : un parfum délicieux remplit l'immensité du ciel. Telles furent vos paroles :
« Vierges du désert, charitables patronnes des deuxFran- « ces , saint roi , miséricordieux prélat , et vous, courageux « martyrs, vos prières ont trouvé grâce à mon oreille : je vais « monter au trône de mon fils. »
EUe, dit et part comme une colombe qui prend son vol. Ses yeux sont levés vers le séjour du Christ , ses bras sont déployés en signe d'oraison , ses cheveux flottent , portés par des faces de chérubins d'une beauté incomparable. Les plis de la tunique dont elle se revêtait sur la terre enveloppent ses pieds , qui se découvrent à travers le voile immortalisé. Les vierges et les saints, tombés à genoux , regardent, éblouis , son ascension : Gabriel précède la consolatrice des affligés , en chantant la salutation , que les échos sacrés répètent. Moins ravissant était dans l'antiquité ce mode de musique, expression du charme d'un ciel où le génie de la Grèce se mariait à la beauté de l'Asie.
Marie approctfe du Calvaire immatériel : l'aspect du paradis commence à prendre une majesté plus terrible. Là , aucun saint , quelle que soit l'élévation de son bonheur et de ses vertus, ne peut paraître ; là, les anges , les archanges, les trônes, les dominations, les séraphins, n'osent errer : les.
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seuls chérubins , premiers-nés des esprits , peuvent supporter Fardeur du sanctuaire où réside Emmanuel. D^bs ces abîmes flottent des visions comme celle qui réveilla Job au milieu de la nuit , et qui fit hérisser le poil de sa chair. Les unes ont quatre têtes et quatre ailes, les autres ne sont qu'une main, la main qui saisît Ézéchielpar les cheveux , ou qui traça les mots inexplicables au festin de Baltfaazar. Ces lieux sont obscurs à force de lumière , et le foudre à trois pointes les sillonne.
Un rideau , dont celui qui dérobait Farche aux regards des Hébreux fut Fimage , sépare les régions inférieures du ciel de ces régions sublimes; toute la puissance réunie des hommes et des anges n'en pourrait soulever un pli; la garde en est confiée à quatre chérubins armés d'épées flamboyantes. A peine ces ministres du Très-Haut ont aperçu la fille de David, qu'ils s'inclinent, et la Charité ouvre sans effort le rideau de l'éternité. Le Sauveur apparaît à Marie : il est assis sur une tombe immortelle, à travers laquelle il communique avec les hommes.
Marie^ saisie d'un saint respect, touche à cet autel de FAgneau ; elle y présente ses vœux et ceux de la terre, que le Christ à son tour va porter aux pieds du Père tout-puissant. Qui pourrait redire Fentretien de Marie et d'Emmanuel.' Si la femme a pour son enfant des expressions si divines, qu'étaient-ce que les paroles de la mère d'un Dieu, d'une ^ère qui avait vu mourir son fils sur la croix, et qui le retrouvait vivant d'une vie étemelle? Que devaient être aussi les paroles d'un fils et d'un Dieu.' Quel amour filial! quels embrassements maternels ! Un seul moment d'une pareille félicité suffirait pour anéantir dans Fexcès du bonheur tous les mondes.
Le Christ sort de son trône, avec un labarum de feu qui se forme soudainement dans sa main ; sa mère reste au sanctuaire de la croix. Marie elle-même ne pourrait entrer dans ces profondeurs du Père, où le Fils et l'Esprit se plongent. Dans le tabernacle le plus secret du Saint des saints, sont les trois idées existantes d'elles-mêmes, exemplaires incréés de toutes
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les choses créées. Par un mystère inexplicable, leohaos se tient caché derrière léhovah. Lorsque Jéhovah veut former quelque monde, il appelle devant lui une petite partie de la matière, laissant le reste derrière lui ; car la matière s'animerait à la fois , si elle était exposée aux regards de Dieu.
Une voix unique fait retentir éternellement une parole unique autour du Saint des saints. Que dit-elle?