Le même Père de l'Église , dans sa lettre à Eustochie
surlà mortde Paule, décrit ainsiles stations où la sainte dame romaine s'arrêta :
« Elle se prosterna , dit-il , devant la Croix au sommet « du Calvaire: elle embrassa au Saint-Sépulcre la pierre « que l'ange avait dérangée lorsqu'il ouvrit le tombeau, « et baisa surtout avec respect l'endroit touché par le
> ÉTÂGB., lib. IV f cap. xxxvui.
2/rf. , lib. V, cap. iiv.
3 EpiiL xui, ete. ; de ùtu et nom. loc. hebraie,^ ete,
* Epitt ad Marcel^
» Epist, xxu.
INTBODUGTIOR. 107
« eorps de Jésus-Christ. Elle vit sur la montagne de Ans de j. c, « Sion la eolonne où le Sauveur avait été attaché et *^' « battu de verges : cette colonne soutenait alors le por- « tique d*utie église. Elle se fit conduire au lieu où les « disciples étaient, rassemblés lorsque le Saint-Esprit « descendit sur eux. Elle se rendit ensuite à Bethléem^ , « et s'arrêta en passant au sépulcre de Rachel. Elle adora « la crèche du Messie, et il lui semblait y voir encore « les mages et les pasteurs. A Betbphagé elle trouva le « monument de Lazare et la maison de Marthe et de Ma- « rie. A Syohar elle admira une église bâtie sur le puits « de Jacob , où Jésus-Christ parla à la Samaritaine : en- « fin elle trouva à Samarie le tombeau de saint Jean- « Baptiste ^ »
Cette lettre est de l'an 404 ; il y a par conséquent 1 406 ans qu'elle est écrite. On peut lire toutes les relations de la Terre-^inte depuis le Voyage d'Arculfe jusqu*à mon Itinéraire , et Ton verra que les pèlerins ont constamment retrouvé et décrit les lieux marqués par saint Jéràmt. Certes, voilà du moins une belle et imposante «miqulté.
Une preirve que les pèlerinages à Jérusalem avaient précédé le temps même de saint Jérôme , comme le dit très-bien le savant doeteiur, se tire de 17tin^raire de BorâeauxàJérutaiem.Q6tIHnéraire, s^n les meilleurs critiques , fut composé en 333 , pour Tusage des pèlerins des Gaules '. Mannert ^ pense que c'était un tableau de route pour quelque personne chargée d'une mission du prince : il est bien plus naturel de supposer que cet Itinéraire avait un but général ; cela est d'autant plus probable que les lieux saints y sont décrits.
Il est certain que saint Grégoire de Nysse blâme déjà l'abus des pèlerinages à Jérusalem ^ Lui-même avait
■ Epist. ad Eustach,
> Voyez Wbss., Prœf, in Jtin. , pag. S , 37, 47; Bbbgikii, Chem. de l'Emp. On trouvera V Itinéraire à la fin de cet ouvrage.
» Georg. t.
* Epist, ad Amhros,
108 iRTlLODUCtlOU.
AoB de j. c. visité les saints lieux en 379 ; il nomme en particoHer le '^^' Calvaire , le Salnt-Sépolere , la montagne des Oliviers et Bethléem. Nous avons ce Voyage parmi les œuvres du saint évèque , sous le titre de lier Hierasolymœ, Saint Jérôme cherche aussi à détourner saint Paulin du p^erinage de Terre-Sainte*.
Ce n'étaient pas seulement les prêtres» les scditaîreSy les évéques, les docteurs, qui se rendaient de toutes parts en Palestine à l'époque dont nous parlons ; c'étaient des dames illustres , et jusqu'à des princesses et des impératrices : j'ai déjà nommé sainte Paule et sainte Eustochie ; il faut compter encore les deux Mélanie *, Le monastère de Bethléem se remplit des plus grandes familles de Rome, qui fuyaient devant Alaric. Cinquante ans 404.' auparavant. Entropie, veuve de Maximien Hercule, avait fait le voyage des saints lieux et détruit les restes 404. de l'idolâtrie qui ^ montraient encore à la foire du Térébinthe, près d'Hébron.
Le siècle qui suivit celui de saint Jérôme ne nous laisse point perdre de vue le Calvaire : c'était alors que Théodoret écrivait son Histoire eeeUsiastique, ou nous retrouvons souvent la chrétienne Sion. Nous l'apercevons mieux encore dans la Fi« det Solitaires^, par le mé> me auteur. Saint Pierre, anachorète, accomplit le 490. voyage sacré '• Théodoret passa lui-même en Palestine» où il contempla avec étonnement les ruines du Temple ^ Les deux pèlerinages de l'impératrice Eudoxie, femme de Théodose le Jeune, sont de ce siècle. Elle fit 4to. bâtir des monastères à Jérusalem, et y finit ses jours
dans la retraite K iM. Le commencement du sixième siècle nous fournit 1'/- HnénÀre d'Antonin de Plaisance ; il décrit toutes les sta-
1 BpitU ad Paulin, > BpisL xxn.
* ÈitL relig, , esp, vi.
* Serm. n. ; de JKne et Judicio.
* EviGB. , cap. zx; Zonàr. , in Theod. U, $ub fin, Cest cette illustre Athénienoe dont nous avoiiB parlé dans le psemier Mémoire de l'Introduction.
II^TBODUCTIOlf. 109
tàùDBf comme saint Jérôme. Je remarque dans ceAuidej.c. voyage un cmeHére des Pèlerins , à la porte de Jémsa- *^ lem , oe qui indique assez Taffluence de ces pieux voyageurs. L'auteur trouva la Palestine couverte d'églises et de monastères. H dit que le Sainl-Sépulcre était orné de pierreries, de joyaux , de couronnes d'or, de bracelets et de colliers '•
Lepremier historien de notre monarchie , Grégoire de »7<.. Tours , nous parle aussi dans ce siècle des pèlerinages à Jérusalem. Un de ses diacres était allé en Terre-Sainte, et, avec quatre autres voyageurs, ce .diacre avait vu une étoile miraculeuse à Bethléem *. Il y avait alors à Jérusalem, selon le même historien , un grand monastère où Ton recevait les voyageurs ^ ; c'est sans doute ce même hospice que Brocard retrouva deux cents ans après.
Ce fut encore dans ce même siècle que Justmien éleva .»9*. révèque de Jérusalem à la dignité patriarcale. L'empereur renvoya au Saint-Sépulcre les vases sacrés que Titus avait enlevés du Temple. Ces vases-, tombés en 455 dans les mains de Genseric, furent retrouvés à Carthage par BeUsaire \ <oo. ,
Cosroès prit Jérusalem en 613 ; Héraclius rapporta au tombeau de Jésus-Christ la vraie Croix que le roi des. ^■^• Perses avait enlevée. Vingt et un ans après, Omar csc^ s'empara de la Cité sainte , qui demeura sous le joug des Sarrasins jusqu'au temps de Godefiroy de Bouillon. On verra dans V itinéraire l'histoire de l'église du Saint- Sépulcre pendant ces siècles de calamités. Elle fut sauvée par la constance invincible des fidèles de la Judée : jamais ils ne l'abandonnèrent ; et les pèlerins, rivalisant de zèle avec eux , ne cessèrent point d'accourir au saint rivage.
Quelques années après la conquête d'Omar , Arculft
■ Jtin, de Loc, Terr. Sane, quoiperamk. AnU Plae,
* GlK.TUB., de Martyr» , lib. i , cap. z.
3 /d. , tMd. , cap. 11.
« Pbocop., BeU. Fandal,, lib. ii.
irnÉE. — T. I. 10
110 fifTHODUCTIOrf*.
.iUMde J.c visita la Palestine. Adamanaus., abbé de Jona en Angleterre, écrivit, d'après le récit de l'évéque français , une relation de la TerFe-Sainto. Cette relation curieuse nous a été conservée. Séranius la publia à Ingoktadt , en 1619 , sous oe titre : De Lads Tetrrm Sanctœ lib. Iir. On en trouve un extrait dans tes oeuvres du vénérable Bëde : De Situ Hierusahm et Locorum SancU>rum Uber. Mabilloa a transporté Touvrage d'Adamannus daqs sa grande collection, ActaSS. Ordin. S. BenedicH II, 5i4.
' Arculfe décrit les lieux saints tels qu'ils étaient du temps de saint Jérôme , et tels que nous les voyons aujourd'hui. Il parle de la basilique du Saint-Sépulcre comme d'un monument de forme ronde : il trouva des églises et des oratoires à Bétbanie , sur la montagne des Oliviers , dans le jardin du même nom, et dans celui de Gethsémani , etc. Il admira la» superbe église de Bethléem , etc. C'est exactement tout ce que Von montre de nos jours; et pourtant ce voyage est à peu préside Tan 690 , si l'on fait mourir Adamannus au mois d'octobre de l'année 704 '. Au reste , du temps de saint Arculfe , Jérusalem s'appelait encore ^lia.
7M. Nous avons « au huitième siècle , deux relations du
voyage à Jérusalem , de saint GuiUebaud > : toujours description des mêmes lieux , toujours même fidélité de traditions. Ces relations sont courtes, mais les stations essentielles sont marquées. Le savant Guillaume Cave ' indique un manuscrit du vénérable Bède y in Bû hoUuca Gualtari Copi, cod. 16d, sous le titre de LtbeHus de Sanctis Locis. Bède naquit en 672 ,«t mourut, en 732. Quel que soit ce petit livre sur les lieux saints ^ ils faut le rapporter au huitième siècle, ta». Sous le règne de Charlemagne , au commencement da neuvième sièd%y le os^àîe^ Haroun-al^Rasohild céda à
■ Gmu.. GàY., Script Secle$:HUt. UtUr, , pag. S». ' Canisii Thesaur» M<munent. EccUs, et HisU seu Lect Antiq. ; A. S. Babn. , tom. ii, pag. l ; Màbil., ii, 572. » GUILL. CAV., Scrip, Ecçks. Hist. litter, , pag. 336,
INXB0PUCT4OX. | i |
Tenipereur français la propriété du Saint-Sépulcre, am de j. c. Charles envoyait des aumônes en Palestine , puisqu'un *^' de ses capitulaîres reste avec cet énoncé : De Eleemosytia miitenda ad Jérusalem. Le patriarche de Jérusalem avait réclamé la protection du monarque d'Occident. Ëginard ajoute que Gharlemagne protégait les chrétiens d*outre-mer \ A cette époque les pèlerins latins possédaient un hospice au nord du temple de Salomon » près du couvent de Sainte-Marie , et Gharlemagne avait lait don à cet hospice d'une bibliothèque. Nous apprenons ces particularités de Bernard le moine , qui se trouvmt en Palestine vers Tan 870. Sa relation , fort détaillée , •?•. donne toutes les positions des lieux saints *.
Élie , troisième du nom , patriarche de Jérusalem » 9^écrivit à Charles le Gros au commencement du dixième 906* siècle, n lui demandait des secours pour le rétablissement des églises de Judée : « Nous n'entrerons point , a dit-il , dans le récit de nos maux ; ils vous sont assez «^connus par les pèlerins qui viennent tous les jours vi- « siter les saints lieux , et qui retournent dans leur pa- « trie '. »
'. Le onzième siècle , ({hI fwit par les croisades , nous donne plusieurs voyageurs en Terre-Sainte. Oldénc , évéque d'Orléans , fut témoin de la cérémonie du feu sacré au Saint-Sépulcre 4. II est vrai que la Chronique de Glaber doit être lue avec précaution ; mais ici il s'agit d'un fait et non d'un point de critique. Allatius ,, in SymmicHs sive Opusculis, etc, noQs a conservé VlHnéraire de Jérusalem du Grec Eugisippe. La plupart des lieux saints y sont décrits , et ce récit est conforme à tout ce que nous connaissons. GuiHaurae le Conquérant envoya dans le cours de ce siècle des aumônes considérables en Palestine. Enfin, le voyage de Pierre l'Ermite» qui eut un si grand résultat , et les croisades elles-roêities
» In Fit. Car, Mag.
' MiBiLL. , Act SS. Ord. S. Ben. , sect. iii , part 2.
' Aroherii Spicileg, , tom. lU, edit. a Barr.
* Qlad. Chron. , lib. iv , apud Duch., Hist. franc.
1 1 3 INTSOBUGTIOV.
ADs de j. c. prouvent à quel point le monde était occupé de cette région lointaine, où s'opéra le mystère du salut.
lie». Jérusalem demeura entre les mains des princes français l'espace de quatre-vingt-huit ans; et durant cette période les historiens de la collection Gesta Dei pet Francos ne nous laissent rien ignorer delà Terre Sainte.
>i73. Benjamin de Tudèle passa en Judée vers Tan 1 1 73.
«»»7. Lorsque Saladin eut repris Jérusalem sur les croisés, les Syriens rachetèrent par une somme considérable Péglise du Saint-Sépulcre '; et malgré les dangers de l'entreprise, les pèlerins continuèrent à visiter la Palestine.
»ao». Phocas en 1208*; Willebrand d'Oldenbourg, en 1211 ; Jacob Vetraco ou de Vetri en nzi^; Brocard , religieux dominicain, en 1283*, reconnurent et consignèrent dans leurs vojrages tout ce qu'on avait dit avant eux sur les lieux saints.
i3oo. Pour le quatorzième âècle , nous avons Ludolphe ^ , BlaudevîUe ^ et Sanuto \ Pour le quinzième, Breidenbacb ^ , Tuchor% Lan-
gi 10.
i4oa. Pour le seizième, Heyter ", Salignac '^ Pascha'^ etc. isoo. Pour le dix-septième , Gotovic', Nau , et cent autres. i«oo. Pour le dix-huitième , Maundrell , Pococke , Shaw et Hasselquist'^.
» San. Lib* Secret. Fid, Crue, sup. Terr. Sanct, ii. ' Itin. Hieroi, ap, AtlaU SymmicU
* lÀb, de Terr, Sanct.
* Descript, Urb. Jerus, et Loc, Terr, Sanct, exact,
* De Terr, Sanct. etIHn. Hierosol,
* Detcrip, Jertisalem. Loc, Sacr.
* £Àb, Secret, , etc, Vid. supra.
' Opta tranemar, Peregrinai. €id Sepulchr. Dom, inUte* roi,
* Raise-Besch. Zum. Heil. Grab.
** Hierosolim, Urb. Templique.
** Lib, Hist, ParUwm Orient, , etc.
" Itin, Hieros, et Terr. Sanct, *^ Peregrinatio cum exact Descript. Jerus, , etc ** Je ne cite plus, et j'ai peut-être déjà trop cité; on verra dam YIHnéraire ime foule d'autres voyageurs que j*Qmet8 ici.
. INTMDÙCrCIOlf. 11$
Ces yayages, qui se mtdttplieot à rinfioi , se répètent tous les uns ]es autres, et confirment les traditions de Jérusalem de la manière la pins invariable et la plus frappante.
Quel étonnant corps de preuves en effet ! les apôtres ont vu Jésus-Christ; ils connaissent les lieux honorés pat les pas du Fils de THomme; ils transmettent la tradition à la première Église chrétienne de Judée; la succession des évoques s'établit, et garde soÈgneusemetit cette tradition sacrée, Eusèbe parait , et rhisloire des saints lieux commence; Socrate, Sezomène, Théodoret, Ëvagre, saint Jérôme , la continuent. Les pèlerins accourent de toutes parts. Depuis ce moment jusqu'à nos jours une suite de voyages non interrompue nous donne , pendant quatorze siècles, et les mêmes faits et les mêmes descriptions. Quelle tradition fut jamais appuyée d'un aussi grand nombre de témoignages ? Si Ton doute ici, il faut renoncera croire quelque chose : encore ai-je négligé tout ce que j'aurais pu tirer des croisades. J'ajouterai à tant de preuves historiques quelques considérations sur la nature des traditions religieuses, et sur le local de Jérusalem.
Il est certain que les souvenirs religieux ne se perdent pas aussi facilement que les souvenirs purement historiques : ceux-ci ne sont confiés en général qu'à la mémoire d'un petit nombre d'hommes instruits qui peuvent oublier la vérité ou la déguiser selon leurs passions; ceux-là sont livrés à tout un peuple qui les transmet machinalement à ses fils. Si le principe de la religion est sévère , comme dans le christianisme ; si la moindre déviation d'un faii ou d'une idée devient une hérésie , il est probable que tout ce qui touche cette religion se conservera d'âge en âge avec une rigoureuse exactitude.
. Je sais qu'à la longue une piété exagérée, un zèle mal entendu, une ignorance attachée aux temps et aux classes inférieures de la société , peuvent surcharger un culte de traditions qui ne tiennent pas contre la critique ; mais le fond des choses reste toujours. Dixhuit siècles , qui tous indiquent aux mêmes lieux les mêmes faits et les même monuments , ne peuvent tromper. Si quelques objets de dévotion se sont trop multipliés à Jérusalem , ce n'est pas une raison de rejeter le tout comme une imposture. N'oublions pas d'ailleurs que le christianisme fut persécuté dans son berceau, et qu'il a presque toujours continué de souffrir à Jérusalem : of ,
114 IffTBODUGTiOK.
Ten sait quelle fidélité règiie parmi dee hommes qui gémissent ensemble : tout devient sacré alors , et la dépouille d'un martyr est ooDseryée avec plus de respeiBt que la couronne d*un monarque. L'enfant qui peut à peine parler connaît déjà cette dépouille ; porté la nuit , dans les bras de sa mère , à de périlleux autels , il entend des chants , il voit des pleurs qui gravent à jamais dans sa tendre mémoire des objets qu'il n'oubliera plus ; et quand il ne devrait encore montrer que la joie, l'ouverture dé cœur et la légèreté de son âge, il apprend à devenir grave, discret et prudent : le malheur est une vieillesse prématurée.
Je trouve dans Eusèbe une preuve remarquable de cette vénération pour une relique sainte. Il rapporte que de son temps les chrétiens de la Judée conservaient encore la chaise de saint Jacques, frère du Sauveur , et premier évéque de Jérusalem. Gibbon lui-même n'a pu s'empêcher de reconnaître l'authenticité des traditions religieuses en Palestine : « They fixed(christians), dit-il , &y unqnesiionable tradition , the scène ofeack mémorable event, » — « Ils Axèrent ( les chrétiens ) , par une tradition non « douteuse , la scène de chaque événement mémorable ' ; » aveu d'un poids considérable dans la bouche d'un écrivain aussi instruit que l'historien anglais , et d'un homme en même temps si peu favorable à la religion.
Enfin les traditions de lieux ne s'altèrent pas comme celles des faits , parce que la face de la terre ne change pas aussi facilement que celle de la société. C'est ce que remarque très-bien d'Anville , dans son excellente Dissertation sur Vancienne Jérusalem : « Les « circonstances locales , dit-il , et dont la nature même décide , ne « prennent aucune part aux changements que le temps et la fureur « des hommes ont pu apporter à la ville de Jérusaleià *. » Aussi d'Anville retrouve-t-il avec une sagacité merveilleuse tout le plan de l'ancienne Jérusalem dans la nouvelle.
Le théâtre de la Passion , à l'étendre depuis la montagne des Oliviers jusqu'au Calvaire , n'occupe pas plus d'une lieue de terrain ; et voyez combien de choses faciles à signaler dans ce petit espace 1 C'est d'abord une montagne appelée la montagne des OH-
' GiBB.» tom. lY, pag. 101.
* D'Anv. , DisserL sur l'anc, Jénu, , pag. 4. On peut voir cette Disierfation à la fin do cet Itinéraire^
IfiriHOIMJCIIQII. iifi
viers , qui domîae la ville et le Xemple à Terieat ; eetle moote^ne est là » et n'a pas cbangé : c'est un torrent de Gédron ; et ce iocront est encore le seul qui passe à Jérusalem : c'est un lieu élevé à la porte de l'ancienne cité» où l'on mettait à mort lescriniilels; or , ce lieu élevé est aisé à retrouver entre le mont Sion et la porto Judicielle , dont il existe encore quelques vestiges. On ne peut méconnaître Sion , puisqu'dle était encore la plus haute colline de In ville. « Nous sommes , dit notre géographe , assurés des limites M de cette ville dans la partie que Sion oceupait. C'est le e6té qui « s'avance le plus vers le midi ; et non-seulement on est fixé de « manière à ne pouvoir s'étendre plus Imn de ce eôté-là, mais « encore l'espace de l'emplacement que Jérusalem peut y prendre « en largeur se trouve déterminé , d'une part par la pente ou Tes- « carpement de Sion qui regarde le couchant , et de l'autre par « son extrémité opposée vers Gédron ^ »
Tout ce raisonnement est excellent , et on dirait que d'Anville l'a fait d'après l'inspection des lieux.
Le Golgotha était donc une petite croupe de la montagne de Sion , à l'orient de cette montagne et à l'occident de la porte de la ville : cette éminence , qui porte maintenant l'église de la Résurrection, se distingue parfaitement encore. On sait que Jésus-Chfist fut enseveli dans un jardin au has du Calvaire : or , ce jardin et la maison qui en dépendait ne pouvaient disparaître au pied du Golgotha , monticule dont la base n'est pas assez large pour qu'on y perde un monument.
La montagne des Oliviers et le torrent de Cédron donnent ensuite la vallée de Josaphat : celle-ci détermine la position du Temple sur le mont Moria. Le Temple fournit la porte Triomphale et la maison d'Hérode , que Josèphe place à l'orient , au bas de la ville et près du Temple. Le prétoire de Pilate touchait presque à la tour Antonia , et on connaît les fondements de cette tour. Ainsi le tribunal de Pilate et le Calvaire étant trouvés , on place aisément la dernière scène de la Passion sur le chemin qui conduit de l'un à l'autre ; surtout ayant encore pour témoin un fragment de la porte Judicielle. Ce chemin est cette Via dolorosa si célèbre dans toutes les relations des pèlerins.
* D'Amv. f Dissert, sur Vanc, Jérus, , pag. 4«
116 nneaoDpcnoir.
Leg aelkms de Jcsas-Cfarist hors de la Cité sainteté sont pas indiquées par les lieux ayec moins de certitiide. Le jardin des Oliviers, de l'autre edté de la vallée de Josaphat et du torrent de Cédron , est visiblement aujourd'hui dans la position que lui donne l'ÉvangUe.;
Je pourrais ajouter beaucoup de faits, de conjectures et de réflexions atout ce que je viens de dire ; mais il est temps de mettre un terme à cette Introduction , déjà trop longue. Quiconque examinera avec candeur les raisons déduites dans ce Mémoire convicndk*a que, s'il y a quelque chose de prouvé sur la terre , c'est Tauthenticité des traditions chrétiennes à Jérusalem.
nN DE L'INTEODUCTiO^.
ITINÉRAIRE