‹ ŒuvresChapitre 8 sur 51 · Lr aptes trop. — v. 61. L. si. G. P. ci · texte numérisé non relu

Lr aptes trop. — v. 61. L. si. G. P. ci

XI Escript l'ay l'an soixante et ung, Que le bon roy me délivra De la dure prison de Mehun, Et que vie me recouvra, Dont suis, tant que mon cuer vivra, 85

Tenu vers luy m'humilier, Ce que feray tant qu'il mouvra:

Bienfait ne se doit oublier.

XII Or est vray qu'après plainz et pleurs

Et angoisseux gemissemens, 90

Après tristesses et douleurs,

Labeurs et griefz cheminemens,

Travail mes lubres sentemens,

Esguisez comme une pelote,

M'ouvrist plus que tous les Commens 95

D'Averroas sur Aristote.

XIII Combien qu'au plus fort de mes maulx, En cheminant sans croix ne pille, Dieu, qui les pèlerins d'Esmaus Conforta, ce dit l' Evangile, 100

Me monstra une bonne ville Et pourveut du don d'espérance; Combien que le pécheur soit ville, Riens ne hayt que persévérance.

XIV Je suys pécheur, je le sçay bien; 105

Pourtant ne veult pas Dieu ma mort, Mais convertisse et vive en bien, Mieulx tout autre qu'en pechié mort.

Combien qu'en pechié soye mort, Dieu vit, et sa miséricorde 110

— Se conscience me remort — Par sa grâce pardon m'accorde.

V. e7. G.P — L. mourra — v. 93. s. d'après G. P. — v.l 10. L. voit '. P. corr.

XV Et, comme le noble Rommant De la Rose dit et confesse En son premier commencement, 115

Qu'on doit jeune cuer en jeunesse, Quand on le voit viel en viellesse, Excuser — helas! il dit voir — Ceulx donc qui me font telle oppresse En meurté ne me vouldroient veoir. 120

XVI Se, pour ma mort, le bien publique D'aucune chose vaulsist mieulx, A mourir comme ung homme inique Je me jugasse, ainsi m'ait Dieux 1 Grief ne faiz à jeune ne vieulx, 125

Soie sur pied ou soie en bière:

Les mons ne bougent de leurs lieux, Pour ung povre, n'avant, n'arriére.

XVII Ou temps qu'Alixandre régna,

Ung homs, nommé Diomedés, 130

Devant lui on lui amena,

Engrillonné poulces et dès

Comme ung larron; car il fut des

Escumeurs que voions courir.

Si fut mis — devant — ce cadès, 135

Pour estre jugé à mourir.

XVIII L'empereur si l'araisonna:

,, Pourquoi es tu larron de mer?"

L'autre responce luy donna:

,, Pourquoi larron me faiz nommer? 140

Pour ce qu'on me voit escumer

En une petiote fuste?

Se comme toy me peusse armer.

Comme toy empereur je fusse.

V. 120. d'après G, P. L. supprime ne — v. 135. L. le cadè.= G. P. corr.

XIX ,,Mais que veux tu? De ma fortune, 145

Contre qui ne puis bonnement, Qui si saulcement me fortune.

Me vient tout ce gouvernement.

Excuse moy aucunement, Et saiche qu'en grant povreté 150

— Ce mot dit on communément — Ne gist pas trop grant loyauté."

XX Quant l'empereur ot remiré De Diomedès tout le dit:

„Ta fortune je te mueray, 155

Mauvaise en bonne 1" si lui dit.

Ce fist il. One puis ne mesfit A personne, mais fut vray homme; Valere pour vray le nous dit, Qui fut nommé le Grant, à Romme. 160

XXI Se Dieu m'eust donné rencontrer Ung autre piteux Alixandre, Qui m'eust fait en bon eur entrer, Et lors qui m'eust veu condescendre A mal, estre ars et mis en cendre 165

Jugé me feusse de ma voix.

Nécessité fait gens mesprendre.

Et faim saillir le loup du bois.

XXII Je plaings le temps de ma jeunesse,

Ouquel j'ay plus qu'autre galle, 170

Jusques à l'entrée de viellesse.

Qui son partement m'a celé.

Il ne s'en est à pié allé.

N'a cheval; helasi comment don?

Soudainement s'en est voilé, 175

Et ne m'a laissé quelque don.

Page 1