‹ Œuvres françoises de J. CalvinChapitre 14 sur 24 · SERMON · texte numérisé non relu

SERMON

AUQUEL TOUS CHRÉTIENS SONT EXHORTÉS DE FUIR l/lDOLATRIE EXTÉRIEURE, SUR LE TROISIÈME VERSET DU PSAUME 16 :

Je ne communiquerai point à leurs sacrifices de sang, et leurs noms ne passeront point par ma bouche.

Nous avons ici à traiter une doctrine assez claire et facile, moyennant que la plupart de ceux qui se disent fidèles ne cherchât point je ne sais quelles subtilités pour couvrir son mal. La somme est, qu\iprès avoir connu le Dieu vivant pour notre père, et Jésus-Christ pour notre rédempteur, nous devons dédier corps et âme à celui qui, par sa bonté infinie, nous a adoptés pour ses enfants ; et mettre peine à faire hommage à ce bon Sauveur de ce qui lui a coûté si cher; et pour tant que nous avons non-seulement à renoncer à toute infidélité, mais aussi à nous séparer de toutes superstitions qui sont contraires tant au service de Dieu qu^à Thonueur de son Fils , et lesquelles ne se peuvent accorder avec la pure doctrine de l'Évangile et la vraie confession de foi. J'ai dit que cette doctrine est assez facile de soi , et qu'il ne resteroit qu'à la bien pratiquer, n'étoit que beaucoup de gens cherchent des petites cautelles pour n'être point vus coupables en ce qui est tant et plus condamné par la bouche de Dieu. Cela fait que nous sommes contraints de nous arrêter davantage à montrer ce qui en est, afin que chacun connoisse quel est son devoir, et que nul ne s'abuse, cuidant être échappé par se couvrir d'un sac mouillé. Mais pource qu'aucuns pensent que ce soit un argument superflu quant à nous, qui avons, par la grâce de Dieu , nos Églises purgées des infections et idolâtries de la papauté ; devant que passer outre, il est bon de montrer que telles gens faillent lourdement; car, en premier lieu, quand il nous est montré quelle offense c'est de nous polluer avec les idolâtres, faisant semblant de consentir ou adhérer à leurs impiétés , nous sommes avertis de gémir pour nos fautes passées, et en demander pardon à Dieu avec toute

humilité, et sur cela reconnoître le bien inestimable qu'il nous a fait, en nous retirant d'une telle fange où nous étions plongés ; car, nous ne pouvons pas trop magnifier une telle grâce. Et pource que nous ne savons pas ce qui nous peut advenir, et à quoi Dieu nous réserve, il est bon que nous soyons prémunis d'heure, afin qu'en quelque lieu que nous venions, ou de quelques tentations que nous soyons assaillis , nous ne déclinions i)oint de la pure parole de Dieu. Il y en peut avoir plusieurs en la compagnie qui ont à faire voyages au pays des papistes. Ceux-là , étant au combat , ont besoin d'être armés. D'autre pari, si Dieu nous donne aujourd'hui liberté de le servir purement, nous ne savons pas combien c'est. Prenons donc le temps auquel nous sommes en repos , non pas comme s'il nous devoit toujours durer, mais comme une trêve en laquelle Dieu nous donne loisir de nous fortifier, afin qu'étant appelés à faire confession de notre foi, nous n'y soyons point nouveaux par faute d'y avoir pensé en temps opportun. Cependant, nous avons aussi à penser à nos pauvres frères qui sont sous la tyrannie de l'antechrist, afin d'avoir pitié d'eux, et prier Dieu qu'il les fortifie en telle constance qu'il la demande par sa parole. Puis, aussi, nous avons à les solliciter, afin qu'ils ne s'endorment et ne se flattent point, mais plutôt qu'ayant connu leur devoir, ils s'efTorcent à donner gloire à Dieu. Car, ce n'est pas seulement pour nous que nous sommes enseignés, mais afin que chacun, selon la mesure de sa foi, départisse à ses prochains de ce qui lui a été montré en l'école de Dieu. Nous voyons donc qu'il est utile, voire nécessaire tant pour nous que pour nos frères, que la mémoire de cette doctrine nous soit souvent rafraîchie , et surtout quand le texte que nous avons à exposer nous mène là , comme en ce passage David fait une grande protestation et comme un vœu solennel de ne jamais participer aux sacrifices des idolâtres, même d'avoir les idoles en telle haine et détestation , qu'il s'abstiendra de les nommer, comme s'il polluoit sa bouche en les nommant. Ceci n'est pas le fait particulier d'un homme, mais l'exemple de David est une règle générale à tous enfants de Dieu. Toutefois, afin que cela nous soit connu plus clairement, et qu'aussi nous en soyons mieux

touchés , notons la raison qu'il ajoute , laquelle est comme le fondement de riiorreur qu'il a de se mêler parmi les idolâtres. « Le Seigneur, dit-il, est mon héritage. » Ceci n'est-il pas commun à tous fidèles? Pour le moins , il n'y a celui (]ui ne s'en glorifie ; et de fait, il est bien certain que Dieu s'étant une fois donné à nous en la personne de son Fils , journellement nous convie , afin que nous le possédions. Mais il y en a bien peu qui soient affectionnés en cet endroit , comme la chose le mérite ; car nous ne pouvons posséder Dieu qu'à cette condition, que nous soyons aussi du tout siens. C'est donc à bon droit que David se fonde sur ce thème, puisque Dieu est son héritage, qu'il s'abstiendra de toutes pollutions des idoles, lesquelles nous détournent et aliènent de lui. Voilà pourquoi le prophète Isaïe, après avoir reproché aux juifs qu'ils s'étoient abandonnés à des faux dieux qu'ils s'étoient forgés, ajoute : « Ceux-là soient ta portion », signifiant par ces mots que Dieu quitte toute alliance aux idolâtres, et les prive et déshérite du bien infini qu'il leur avoit fait en se donnant à eux. Quelqu'un répliquera qu'il est là traité de ceux qui se fient aux idoles et s'y abusent par incrédulité. Je le confesse; mais je réponds, au contraire, que si ceux qui attribuent du tout l'honneur de Dieu aux idoles sont pleinement retranchés de lui, ceux aussi pour le moins s'en égarent en partie, qui, par crainte et infirmité, feignent de consentir aux superstitions. Car on ne peut en quelque façon que ce soit, ni de cœur, ni de maintien, ni de volonté, ni par semblant, s'approcher des idoles, qu'on ne se recule autant loin de Dieu. Par quoi ayons cet article résolu, que ceux qui cherchent vraiment et eu pureté de cœur de posséder Dieu pour leur héritage, n'auront nulle accointance aux idoles, avec lesquels il a un tel divorce, qu'il veut que tous les siens leur fassent guerre mortelle. Et notamment David exprime en ce passage qu'il ne participera point à leurs offrandes, et que leurs noms ne passeront point par sa bouche. Il pouvoit bien dire : Je ne m'abuserai point aux sottes dévotions des incrédules ; je ne mettrai point ma confiance en tels abus ; je ne laisserai point la vérité de Dieu pour suivre tels mensonges. 11 ne parle pas ainsi; mais qu'il ne se mêlera point parmi leurs cérémonies. Il proteste donc de se maintenir en pureté de corps comme d'ànie quant au service de

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Dieu. Kn premier lieu, nous avons iei à voir si c'est idolâtrie de montrer par signes extérieurs qu'on s'accorde aux superstitions par lesquelles le service de Dieu est corrompu et perverti. Ceux qui nagent entre deux eaux allèguent, puisque Dieu veut être adoré en esprit, qu'on ne peut adorer les idoles sans y avoir sa conliance. Mais la réponse est facile, que Dieu ne veut pas être adoré tellement en esprit, qu'il quitte le reste comme s'il ne lui appartenoit point ; car il est parlé en assez d'autres passages de ployer les genoux devant lui et de lever les mains au ciel. Quoi donc! le principal service qu'il demande est bien spirituel , mais la déclaration que font les fidèles que c'est lui seul qu'ils servent et honorent vient après , et doit être conjointe quand et quand. En l'instance qu'ils font du n)Ot, un seul passage suffira pour les l'édarguer. 11 est écrit au second chapitre de Daniel, que Sidrach, Misach et Abdenago, refusant à Nabuchodonosor de faire semblant de consentir à la superstition qu'il avoit dressée, déclarent qu'ils n'adoreront point ses dieux. Si ces bons sophistes eussent là été, ils se fussent moqués de la simplesse de ces trois serviteurs de Dieu. Car ils eussent dit : Pauvres gens, ce n'est pas adorer, quand vous n'y ajoutez point foi; Tidolàlrie n'est sinon quand il y a dévotion. Mais ces saints personnages ont suivi un meilleur conseil. Et de fait, cette réponse ne vient point de leur cerveau, mais c'est le Saint-Esprit qui pousse leur langue, auquel si nous ne voulons résister, il nous convient prendre de ce passage une règle et définition, que c'est une vraie espèce d'idolâtrie quand on commet acte extérieur répugnant au vrai service de Dieu, encore que ce ne soit que par feintise. Ces hypocrites ont beau caviller: ce n'est point idolâtrie, puisque nous n'y avons point notre fiance, Si demeureront-ils condamnés par cette sentence que le grand Juge en a prononcée. Or, telles gens débattent du mot, prétendant seulement d'amoindrir en partie la faute, laquelle ils ne peuvent du tout excuser. Ils confesseront bien que c'est mal fait; mais ils voudroient qu'on estimât tel acte quasi un péché véniel. Or, quand on leur accorderoit du nom ce qu'ils demandent, si n'auroient-ils guère gagné. Prenons le cas qu'on n'appelle point idolâtrie un tel semblant d'adorer les idoles, ce ne laissera point

d'être une déloyauté contre Dieu, un acte répugnant à la confession de foi, une pollution et un sacrilège. Je vous prie, quand l'honneur de Dieu est violé, que nous lui faussons la promesse que lui avons donnée , que nous sommes si lâches de renoncer obliquement notre chrétienté, que nous sommes doubles et nous polluons es choses que Dieu a maudites, est-ce pour torcher notre bouche et dire que nous avons fait une petite faute? Otons donc tels subterfuges, voyant qu'ils ne nous servent qu'à nous rendre plus hardis au mal, sans diminuer notre coulpe. Il y en a d'autres qui sont plus effrontés, car non-seulement ils tâchent, en déguisant le mot, de faire accroire que ce ne soit pas un péché si grand ni si énorme, mais ils maintiennent à pur et à plat que ce n'est point péché. C'est assez, disent-ils, que Dieu soit servi de cœur. Oui jjien , si le cœur n'étoit pas double. Car, quand il y a vraie intégrité, le corps ne tirera point au rebours. Je leur demande que c'est qui porte leurs pieds au temple quand ils vont ouïr la messe : les jambes ne se remueront jamais de leur propre mouvement. Ils sont donc convaincus qu'ils ont quelque atfection de servir aux idoles, voire en tant qu'ils désirent de complaire aux ennemis de la vérité, et que leur vie leur est plus précieuse que l'honneur de Dieu. Mais encore, leur impudence est par trop lourde, tellement que j'ai honte de disputer à rencontre, comme s'il y avoit quelque couleur. Si le faut-il faire néanmoins, vu qu'ils s'y plaisent tant et y sont comme enivrés. C'est assez, ce leur semble, que Dieu soit adoré en esprit. A qui sera donc le corps? Saint Paul nous exhorte à porter le Seigneur en tous les deux, pource qu'ils sont à lui. Dieu a créé le corps, et il sera permis d'en faire hommage au diable? Il vaudroit mieux qu'ils se déclarassent tout outre manichéens, niant que Dieu soit créateur de l'homme total. S'ils avoient le moindre goût du monde de l'Évangile, jamais ils ne se déborderoient en telle licence ; car ils montrent qu'ils ne savent que c'est d'avoir été rachetés parle sang du Fils de Dieu. Qu'ainsi soit, comment espérons-nous la résurrection de la chair, sinon d'autant que Jésus-Christ est rédempteur des corps et des âmes? Saint Paul nous avertit que nous ne devons être serfs des hommes, puisque nous avons été achetés si chèremeut. Celui doue qui s'adonne au service des idoles

ne foulc-t-il point aux pieds le sang de Jésus-Christ, qui est le prix de la gloire inimorlelle que nous attendons en nos corps? Et quel pro|>os y a-t-il que nos corps soient souillés et profanés devant les idoles, puisque la couronne de vie leur est promise au ciel? Est-ce le moyen d'entrer au royaume céleste de Dieu, que de nous vautrer au bordeau de Satan? Davantage, ce n'est pas en vain qu'il est dit que nos corps sont temples du Saint-Esprit. Par quoi ceux qui ne connoissent qu'on les doit garder en toute sainteté, montrent assez que jamais ils n'ontrien entendu de l'Évangile. Ils montrent aussi qu'ils ne savent que c'est de Jésus-Christ, ni de sa grâce. Car quand il est dit que nous sommes os de ses os , et chair de sa chair, c'est bien pour montrer que nous sommes conjoints à lui de corps et d'àme. Et pourtant, on ne peut souiller son corps en quelque superstition, qu'on ne se prive de cette union sacrée, par laquelle nous sommes faits membres du Fils de Dieu. Que ces docteurs subtils me répondent s'ils ont reçu le baptême seulement en leurs âmes. Dieu n'a-t-il pas ordonné que ce signe fut engravé en notre chair? Le corps donc, auquel la marque de Jésus-Christ a été imprimée, doitil être pollué aux abominations contraires ? La Cène se reçoit-elle seulement de l'àme, et non pas aussi des mains et de la bouche? Dieu met les armoiries de son Fils en nos corps , et nous les souillerons de fange et d'ordure? 11 n'est pas licite d'imprimer des coins en une pièce d'or, ou de mettre en un instrument public des sceaux contraires l'un sur l'autre; et l'homme mortel se donnera congé de falsifier le baptême et la sainte Cène de Jésus-Christ, et dira qu'il n'ya nul mal? Telles gens seroient dignes que leurs serviteurs leur fissent accroire qu'ils ont bien le cœur à les servir, en dormant et se gaudissant , et ne remuant point un seul doigt pour rien faire. S'ils allèguent que ce n'est pas tout im, d'autant que nous avons à faire du service de ceux ((ui sont sous nous, je réponds : puisque Dieu, sans en avoir besoin, nous veut employer à son honneur, que c'est une grande honte qu'en faisant tout au rebours nous veuillions être quittes envers lui ; et encore une plus grande honte qu'un ver de terre et une charogne veuille avoir plus de prééminence que son Créateur. Il faut encore parler plus grossement à telles bêtes. Ils disent qu'il

leur est licite de se contrefaire entre les papistes. Qui est-ce donc qui leur donne le pain qu'ils mangent là? et qui est-ce qui fait fructifier la terre? S'ils ne peuvent nier que Dieu les nourrisse là comme ailleurs, pourquoi feront-ils hommage au diable de leurs corps? S'ils étoient chrétiens, j'userois de raisons plus hautes, à savoir, en leur demandant pourquoi c'est que nous vivons ici-has. Mais c'est pitié que ceux qui veulent par leurs cautelles se jouer avec Dieu, s'abrutissent tellement qu'il les faut manier comme gens insensés, il leur semble que c'est assez d'avoir dit qu'ils ne font rien en cet endroit que par crainte. Mais si cette couleur avoit lieu, il faudroit dire que Joseph n'eût point mal fait de paillarder avec sa maîtresse, ne cherchant point sa volupté, mais seulement pour céder à la force qu'elle lui faisoit. C'eût donc été follement fait à lui de tant souffrir et s'exposer en tel diffame, vu qu'il avoit moyen d'échapper. Mais il nous convient plutôt tenir au témoignage du vSaint-Esprit, lequel loue sa constance. Si on ne fait point mal en idolâtrant pour éviter la rage des papistes, celui qui sera maquereau de son maître n'offensera point. Un homme sera excusé quand il empoisonnera son prochain ou qu'il fera quelque trahison pour craindre d'offenser celui auquel il est sujet. C'est trop insister sur cet article-là auquel , comme j'ai dit, il n'y a nulle difficulté ni scrupule. Mais il est bon qu'on voie en quelle confusion tombent ceux qui, par leurs finesses, cuident échapper du jugement de Dieu. Il y en a qui usent aujourd'hui d'une autre échappatoire; car, en confessant que c'est une chose détestable de se mêler avec les idolâtries des païens, ils ne veulent pas que cela s'étende aux superstitions de la papauté. Comme si toutes les impiétés des païens n'avoient pas été corruptions du vrai service de Dieu. D'où est-ce , je vous prie, que les païens ont tiré toutes leurs cérémonies, sinon des saints pères? Le mal a été qu'ils ont abâtardi ce qui étoit bien institué de Dieu. Tant y a que toutes les abominations qui ont jamais été au monde ont eu cette belle couverture du nom de Dieu et de religion ; mais cela n'a pas fait qu'elles fussent pourtant justifiées, ni que les fidèles y pussent participer. Passons outre. Combien que j'accorde à ceux ici (pi'il y ait diirérence entre l'idolâtrie des papistes et celle des païens du temps

passé , si est-ce qu'ils ne pourront pas nier que Dieu n'ait aussi étroitement défendu au peuple ancien l'idolâtrie de Bethel comme des pays étrangers. Quand les veaux sont dressés en Dan et en Bethel , c'est sous couleur du nom de Dieu, voire de celui qui a retiré son peuple d'Egypte. Mais pour ce que le service qui là est établi répugne à la doctrine de la loi , Dieu condamne tous ceux qui s'iront là polluer. Ce sont choses bien autant incompatibles, la Cène de Jésus-Christ et la messe papale, comme les sacrifices de Moïse et de Jéroboam. Par quoi, d'où viendra celte dispense, d'aller à la messe, sous ombre que c'est un déguisement de la Cène de Jésus-Christ? Au contraire, je dis que ceux qui craignent vraiment Dieu la doivent avoir en double détestation , puisqu'elle profane plus ouvertement la sainte ordonnance du Fils de Dieu, que si elle n'étoit pas dressée ainsi à l'opposited'icelle.Tenons donc en somme cette règle, que toutes inventions humaines qui sont dressées pour corrompre la simple pureté de la parole de Dieu, et renverser le service qu'il demande et approuve, sont vrais sacrilèges, auxquels l'homme chrétien ne peut participer qu'en blasphémant Dieu , c'est-àdire en foulant son honneur aux pieds. Je sais combien cette rigueur semble dure et insupportable à ceux qui voudroient qu'on les maniât selon leur appétit. Mais que veulent-ils que j'y fasse? Les connoissaut ainsi délicats, je les voudrois bien épargner s'il m'étoit possible. Au reste , il faut que moi et eux passions condamnation sitôt que Dieu a parlé. Ils n'en trouvent point ( comme ils disent ) de plus sévère que moi. Or, je leur veux montrer que jusques ici je ne les ai traités que trop doucement. Qu'ainsi soit, ils ne se pourront pas exempter de ce que le prophète Jérémie requiert des Juifs qui étoient captifs en Babylone. Non-seulement il leur défend d'aller aux abominations des Chaldéens, ou faire semblant d'y consentir , mais il leur fait commandement exprès de montrer que ce leur est une puantise. Son propos est tel : « Vous leur direz : les dieux qui n'ont point fait le ciel et la terre périront de la terre et de dessous le ciel. » 11 y a une circonstance bien à noter, que le prophète ayant écrit son livre en hébreu, couche ce verset en gi'os patois du pays de Chaldée, comme s'il pressoit

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les Juifs de changer leur langage, afin de montrer plus clairement le discord qu'ils ont avec les idolâtres. Que nos tendrons s'en aillent maintenant plaindre de moi , comme si j'étois trop excessif: si est-ce que jamais je n'ai requis d'eux la moitié de ce que fait le prophète. Or, soit que j'en parle ou que je m'en taise , nous ne laissons pas d'être tous obligés à cette loi que Dieu nous impose. Et de fait, ce n'est pas sans cause que Dieu, parlant à ses fidèles, leur dit: «Vous êtes mes témoins, et mon serviteur lequel j'ai élu. » Quiconque se veut approuver membre de Jésus-Christ doit montrer que ce titre lui compète, tellement que ceux qui ensevelissent, par leur faux semblant et hypocrisie , le témoignage de la vérité , n'ont nulle excuse. Que serace donc, je vous prie, de ceux qui toute leur vie le renversent, comme font ceux qui, non-seulement cachent leur chrétienté pour n'en montrer nul signe devant les hommes, mais font des actes tout contraires à icelie? 11 ne reste donc aux enfants de Dieu qui sont au milieu de telles pollutions , sinon d'afïliger leui's âmes à l'exemple du bon Lot, voire pour contredire au mal, selon que Dieu leur en donnera le moyen et l'opportunité. Venons maintenant à spécifier les idolâtries qui ont aujourd'hui la vogue. J'ai déjà touché quelque peu de la messe. Or, combien que ce soit un blasphème si lourd et si énorme que rien plus, toutefois, si se troiive-t-il encore des avocats de mauvaises causes qui tergiversent en cet endroit. Veuillent-ils ou non , ils sont contraints de confesser ce que je dis , c'est que la messe en soi est un renoncement de la mort de Jésus-Christ, et un sacrilège forgé par Satan pour anéantir le sacrement de la Cène. Ils ne peuvent aussi nier que les prières qu'on fait aux saints, et les suffrages qu'on fait pour les trépassés, ne soient autant d'abus par lesquels i'invoealiou du nom de Dieu, qui est une chose sacrée sur toutes, est profanée. Toutefois, en se mêlant en telles ordures parmi les papistes, ils ne pensent point être coupables. Qu'y ferions-nous ? disent-ils ; il ne nous est pas permis de réformer les choses que nous connoissonsètre mauvaises, car nous sommes personnes [)rivèes, et ceux qui ontl'aulorité publique les maintiennent; par (|iioi il faut que nous passions par là. Je leur confesse tout ce (}u"ils disent , mais il n'y a rien à propos.

Ce n'est pas à eux de réformer l'état commun du peuple ; nul aussi ne les en requiert : mais on les admoneste de réformer leurs personnes , ce qui est de leur office. On ne leur dit pas (|u'ils purgent les temples ni les rues, mais que chacun garde sou corps et son àme en pureté , et qu'ils mettent peine que Dieu soit honoré en sa maison. Ce sont deux choses bien diverses, d'abolir la messe en un pays, ou de ne s'y trouver point quand on ne peut empêcher qu'elle ne soit en usage. Ils retournent encore au refrain de leur ballade, c'est qu'ils ne renoncent point la mort et passiou de Jésus-Christ, pource que leur intention n'est pas telle. Mais je leur demande que c'est qu'un chrétien confesse de bouche, sinon ce qu'il croit de cœur? Que l'acte qu'ils font soit du tout contraire à la confession chrétienne, il est assez notoire. Ainsi, en tant qu'en eux est, ils renoncent et désavouent ce qui est de la pure foi. Je parlerai encore plus privément : la messe est un sacrifice auquel les papistes veulent offrir Jésus-Christ pour se réconcilier à Dieu. Si cela étoitvrai, Jésus-Christ, par sa mort et passion, ne nous auroit point acquis justice ni salut éternel. Qu'on fasse tant de circuits qu'on voudra, si faut-il venir au point. Tous ceux qui vont à la messe sous titre de dévotion protestent d'y consentir ; ainsi, en tantqu'en eux est, ils montrent qu'ils netiennenlpointleur rédemption parfaite de la mort de Jésus-Christ, il yen a qui se restreignent un peu plus, c'est qu'ils ne réservent que la messe parochiale , en laquelle il leur semble qu'il y a plus de conformité avec la Cène de Jésus-Christ. Et de fait, on pourroit dire que les messes qui se disent tant par les falourdiers que par les chanoines et chapelains, et toutes celles qui sont fondées à la dévotion d'un particulier, ou qui s'achètent chacun jour, sont comme des putains de bordeau. La messe parochiale est comme une paillarde, laquelle se couvre du nom de son mari pour se tenir en réputation de femme de bien. Combien que la similitude n'est pas du tout propre; car une paillarde mariée aura encore quelle vergogne de s'abandonner à tous venants , mais la messe parochiale est l'idolâtrie la plus coumiune de toutes. Tant y a que ceux ici la fardent de cette couleur, qu'elle retient encore quelque trace de la Cène de Jésus- Christ ; voire comme si un brigand valoit mieux quand il sera

revêtu de la dépouille de celui auquel il a coupé la gorge, et qu'il sera monté sur son cheval. Nous cherchons, disenl-ils, la Cène de Jésus-Christ ; puisque nous ne la pouvons avoir pure en la tyrannie en laquelle nous sommes , il nous faut contenter de ce résidu, en attendant que Dieu y mette la main. Voilà une belle excuse ! D'autant qu'ils n'ont point le droit usage et entier de la Cène , par manière de provision , ils protestent qu'ils ne tiennent point Jésus-Christ pour sacrificateur éternel et unique , et qu'ils cherchent toutes les semaines un nouveau sacrifice pour eiïacer leurs péchés ; car tout cela est en la messe parochiale autant qu'en une messe de saint Nicolas ou des trépassés. Ils font semblant d'adorer une idole, et se vantent de chercher Jésus-Christ; et afin qu'ils ne combattent point contre Dieu sans épée ni bouclier , ils mettent en avant l'autorité de cettui-ci et de cettui-là, comme si l'absolution d'un homme les exemptoit qu'ils ne soient condamnés de Dieu. Je laisse à dire qu'ils ne font que mentir en amenant ceux qu'ils amènent pour leurs avocats. Même qu'ainsi fût qu'un saint personnage eût pour un temps pensé que ce ne fut pas si grand mal d'aller à la messe parochiale , si depuis il a connu ce qui en étoit , tant plus de foi doit-on ajouter à la condamnation qu'il en aura faite après, d'autant qu'on voit que la vertu de Dieu l'a contrami. à cela, et qu'il s'est trouvé vaincu en ce qu'il tenoit auparavant. Mais que faut-il ici barbouiller? Cuident-ils rembarrer Dieu par l'opinion ou le dire d'un homme mortel ? Nous savons qu'il n'y a (jue la seule vérité qui règne en son jugement sans acception de personne. Or, le fait est tel, que la messe parochiale est instituée pour sacrifier Jésus-Christ, et faire appointement avec Dieu tant pour les vivants que pour les morts , et qu'un morceau de pain est là adoré comme si c'étoit le Fils de Dieu. Je n'épluche point les choses par le menu ; il y a mille autres infections , mais je prends seulement le plus gros. Que ceux qui font semblant d'y accorder lavent leurs mains tant qu'ils voudront , si ne seront-ils pas à la fin plus justes que Pilate. Mais c'est merveille que ces bons parochiens, quand ce viendra à Pâques, vont chercher une chapelle à l'écart, où quelque moine demi-chrétien leur fera une cène bâtarde. Si la messe parochiale

approche , comme ils disent , de la Cène de Jésus-Christ , pourquoi ne s'y tiennent-ils ? Mais quand ils y auront été tous les dimanciies de l'an pour bien participer au sacrement de la Cène, ils la renoncent : combien qu'il ne se faut point trop ébahir d'une telle inconstance ; car c'est le vrai payement de tous ceux qui ne sont point fondés en la vérité de Dieu , et Dieu se venge d'eux, faisant qu'ils soient toujours en branle, et qu'ils se contrarient eux-mêmes en ce qu'ils font. Touchant d'une telle Cène fardée , je sais bien qu'à leur fantaisie , on leur fait un grand tort de la réprouver ; mais qu'y pouvons-nous , puisqu'elle ne convient point à la règle du maître ? Je ne la condamne pas pource qu'elle se fait en cachette, car je sais que jamais la Cène ne s'est mieux faite ni plus saintement que quand les disciples se sont retirés en secret pour la faire, à cause de la tyrannie des ennemis. Mais il y a ici deux vices insupportables : l'un est que ceux qui bâtissent une telle singerie de Cène font semblant d'y avoir leur messe, et veulent qu'on le pense ainsi ; le second est que le beau père duquel ils la reçoivent, la leur donne , non pas comme pasteur chrétien , mais en qualité de prêtre papal. Ils pensent avoir bonne défense en disant que leur chanteur de messe n'a pas intention de leur faire adorer ni le pain ni le vin , qu'il laisse le canon où sont les plus grandes impiétés, et qu'il donne le sacrement à toute la compagnie sous les deux espèces. Mais quand ce viendra devant le grand Juge , ils sentiront ce qu'ils auront gagné avec toutes telles couvertures. Même ils le doivent déjà sentir , et je m'en rapporte aux pointes et piqûres qu'ils en ont en leur conscience, et c'est là où i! faut que ce procès se vide; car sans faire plus longues enquêtes, ils savent ce qu'ils prétendent de montrer tant aux ennemis de Dieu qu'à tout le commun peuple. 11 faudroit que Dieu se renonçât pour approuver un acte de telle profession. Quand tous les hommes de la terre auroicnt conspiré ensemble pour les justifier, si est-ce que le i)lus habile d'eux ne se pourra jamais absoudre qu'il ne cloche des deux côtés. Or, Dieu a déclaré par son prophète qu'on ne lui fera jamais trouver une telle clochiu'e bonne. Quant à l'homme qu'ils prennent pour ministre de leur Cène , c'est une moquerie de le vouloir

faire capable d'un tel office. Voire, mais la vertu des sacrements, disent-ils , ne dépend point de la dignité des personnes. Je le confesse , et dis plus outre , que si un diable administre la Cène, elle n'en sera point pire , et , au contraire , si un ange chantoit la messe , qu'elle n'en vaudroit rien mieux. Mais nous sommes à cette beure sur une autre question , à savoir, si les ordres du pape conférés à un moine le rendent idoine à faire office de pasteur. S'ils répliquent qu'ils n'entendent pas que cela y fasse rien , et qu'ils ne le choisissent pas en telle qualité, la chose montre le contraire. Prenons le cas quant à eux qu'il ne leur en cbaille ; si ai-je toujours à insister sur la profession extérieure qu'ils font : or, il appert qu'ils se couvrent d'un masque de prêtre. Pour dûment célébrer la Cène du Seigneur, il leur convenait se séparer du rang des idolâtres, à ce qu'ils n'eussent en cela rien de commun avec eux. Au lieu de ce faire, ils se vont comme immatriculer, et font semblant d'être un mendjre du corps. Et sur cela , ils nous feront ressembler aux hérétiques anciens qui ont condamné l'usage des sacrements pour les vices des hommes , comme si nous regardions aux vices particuliers, et non plutôt à l'état. Je passe ceci brièvement; mais si peu que j'en touche, n'est que trop pour convaincre une impudence si vilaine. Toutefois, s'ils sont si hébétés que de n'en rien sentir, la parole de Dieu nous doit suffire, comme quand le Seigneur dit par Jérémie : « Israël, si tu te convertis, retournetoi à moi. » Les(|uels mots expriment en quelle simplicité nous devons procéder avec Dieu , sans tourner à l'entour du pot. Et voilà pourquoi saint Paul proteste qu'il est envoyé pour convertir les infidèles de leurs vanités au Dieu vivant; comme s'il disolt que ce n'est rien fait de changer un mal accoutumé à des autres feintises, mais qu'il faut rondement abolir les superstitions, afin que la vraie religion soit établie en sa pureté; car, sans cela, les hommes ne viennent point droit à Dieu, mais chancellent et varient, ne sachant de quel côté ils se doivent tourner. Il y en a d'autres qui viennent jusque-là de quitter la messe, mais ils voudroient bien retenir quelques autres lopins de ce qu'on appelle service de Dieu, afin de n'être point tenus (comme ils disent) du tout pour gens profanes. Et possible qu'il y en a qui y vont de

bonne affection ; pour le moins je suis content de le croire ; mais quf Iqucs désirs qu'ils aient, si n'est-ce pas à dire qu'ils y tiennent droite règle, ni bonne mesure. Aucuns diront : Nous pouvons bien aller aux baptêmes, car il n'y a point d'idolâtrie manifeste; comme si le sacrement n'étoit pas là barbouillé en tant de sortes, qu'il semble que Jésus-Christ soit encore en la maison de Pilate, pour être souffleté et exposé à tout opprobre. Au reste, sur ce qu'ils disent que c'est pour montrer qu'ils ne sont pas gens sans religion, qu'on en demande à leurs consciences , elles répondront que c'est pour contenter les papistes, et faire la mine afin d'éviter persécution. Les autres épient le temps pour ne point rencontrer de messes, et toutefois viennent au temple, afin qu'on pense qu'ils y ont été. Aucuns se réservent seulement les vêpres pour leur part. Mais je voudrois bien savoir d'eux , s'ils n'estiment rien qu'on encense les idoles, qu'une prière solennelle soit fondée sur l'intercession et mérite de quelque saint; qu'on chante le Salve Begina, une chose tant farcie de blasphèmes exécrables et diaboliques. Je laisse encore à dire que le chant, tel qu'il est, en langage inconnu, est une profanation toute patente de l'Écriture sainte et des louanges de Dieu; comme saint Paul en traite au quatorzième de la première aux Corinthiens. Qu'on leur pardonne cette dernière faute, s'ils vont à vêpres pour donner quelque approbation de leur chrétienté, ce sera surtout aux grandes fêles. Là, il se fera encensements solennel aux principaux idoles, qui est une espèce de sacrifice, comme l'Écriture le montre. Et aussi, c'étoit la façon commune qu'avoient les païens de faire renoncer Dieu aux infirmes , et voilà sur quelle querelle la plupart des martyrs ont souffert la mort; c'est qu'ils n'ont point voulu faire parfums et encensements aux idoles. Ceux-ci, en allant flairer l'odeur des encensoirs, se vont infecter en la pollution qui s'y commet, et leur semble qu'on leur doit caler cela; mais je les prie, au nom de Dieu, qu'ils notent bien ce qui est ici dit : que les idoles doivent être en si grande détestation à l'homme fidèle, qu'ils ne lui passent point' par la langue, de peur de la souiller. Ce mot, certes, nous doit bien faire retirer de tout ce qui nous enveloppe parmi les pollutions des idolâtres. Or, pour parler franchement de tous ceux qui, en voulant

nioyenner entre Dieu et le diable, sont doubles, je ne puis trouver comparaison plus propre pour les peindre au vif que celle d'Esaù ; car, quand il voit qu'Isaac son père envoie Jacob en Mésopotamie pour prendre femme, d'autant que celles du pays de Chanaan déplaisoient à lui et à Rebecca, sa femme , jusques à la fâcher mortellement; pour satisfaire en partie à ses parents, il prend bien femme nouvelle, mais il ne quitte point celle qu'il avoit déjà. 11 retient donc le mal, duquel Isaac se plaignoit, mais, pour le radouber tellement quellement, il mêle ce mariage nouveau. Ainsi ceux qui sont tellement entortilles au monde, qu'ils ne peuvent pas suivre ce que Dieu commande, feront beaucoup de mélinges, et brasseront des potages de diverses guises, pour se conformer aucunement à la volonté de Dieu. Mais cependant, ils ne laissent pas de retenir toujours quelque corruption, en sorte que tout ce qu'ils font n'est ni pur ni droit. Je sais bien qu'il y a beaucoup de pauvres âmes en perplexité, lesquelles, sans hypocrisie, désirent de cheminer droit; et toutefois, ne se peuvent dépêcher de beaucoup de scrupules. De quoi je ne m'étonne point, attendu l'horrible confusion qui est en la papauté. Même, j'ai bien pitié de ceux qui cherchent les moyens de pouvoir servir à Dieu, et de s'entretenir, si possible étoit, entre les ennemis de la foi. Mais quoi ? Je ne saurois que faire ni aux uns ni aux autres , sinon de leur montrer en quoi ils faillcut, afin qu'ils y remédient. Si on me vient demander ceci et cela par le menu, je renvoyerai tels enquêteurs à la règle générale que je liens de Dieu. Je dis ceci, pource qu'il y en a de si importuns, que jamais ce ne seroit fait avec eux , si on vouloit répondre à toutes leurs difficultés. Telles gens, à bon droit, pourroicnt être accomparés à ceux qui, après avoir ouï un sermon où ils sont exhortés de s'accoutrer modestement, sans superfluiléni pompe, voudroient bien que le prêcheur leur taillât leurs chausses et leur cousît leurs souliers. Qu'est-il donc de faire? Nous avons en tout ceci un but certain auquel il nous faut tendre; c'est que le zèle de la maison de Dieu nous ronge le cœur, et que nous prenions sur nous les opprobres qui sont faits à son nom. Quand un tel zèle sera bien allumé en nos cœurs, et non pas comme un feu d'étoupes , mais pour y ardre incessamment, tant s'en faut

qu'il nous souffre faire semblant d'approuver les abominations auxquelles Dieu est déshonoré , qu'il nous sera impossible de nous taire et dissimuler en les voyant. Et notons bien qu'il est dit : « Le zèle de la maison de Dieu », afin que nous sachions que cela se rapporte à l'ordre extérieur qui est en l'Église, pour nous exercer en la confession de notre foi. 11 ne me chaut des moqueurs qui disent que nous en parlons bien à notre aise ; car ce n'est point à moi qu'ils s'attachent, d'autant qu'il n'y a rien ici de mon crû, comme on le voit. Autant en dis-je de tous ces philosophes, qui en prononcent leur sentence sans savoir comment; car, puisqu'ils ne veulent écouter Dieu, lequel parle à eux pour les enseigner, je les ajourne devant son siège judicial, là où ils orront sa sentence, contre laquelle il ne sera plus question de répliquer. Puisqu'ils ne daignent maintenant l'ouïr comme maître, ils le sentiront alors juge en dépit de leurs dents. Les plus habiles et les plus rusés se trouveront ici trompés en leur compte: qu'ils soient stylés tant qu'ils voudront à renverser ou obscurcir le droit, leurs chaperons fourrés auxquels ils se mirent, et en s'y mirant s'aveuglent, ne leur donneront point la cause gagnée. Je dis ceci, pource que messieurs les conseillers, juges et avocats, non-seulement entreprennent de plaider contre Dieu, pour avoir privilège de se moquer de lui, mais, en rejetant toute rÉcrilure sainte, dégorgent leurs blasphèmes comme des arrêts souverains ; et tels marmousets seront si orgueilleux, qu'après qu'ils auront dit le mot , ils ne pourront souffrir que raison ni vérité ait lieu. Si est-ce qu'en passant je leur annonce qu'il vaudroit beaucoup mieux qu'ils pensassent quelle horrible vengeance est apprêtée à tous ceux qui convertissent la vérité en mensonge. Que les docteurs de chambre et de table ne prennent point ici un degré trop haut pour eux, c'est de gergonner contre le Maître céleste, auquel il nous convient tous donner audience. Les beaux titres ne feront ici rien pour exempter personne, sinon que messieurs les abbés, prieurs, doyens et archidiacres seront contraints de mener la danse en la condamnation que Dieu fera. Si messieurs les courtisans ont accoutumé de contenter les hommes par leur eau bénite, qu'ils n'attentent pas de faire le semblable à Dieu. Que tous gaudisseurs se déportent de

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donner leurs coups de bec, et jeter leurs brocards accoutumés, s'ils ne veulent sentir la main forte de celui à la parole duquel ils dévoient trembler. C'est un abus trop lourd de se faire accroire qu'en me prenant à partie , ils n'auront plus Dieu pour juge. Qu'ils raclent mon nom de leurs papiers en cette matière, d'autant que je ne prétends sinon que Dieu soit écouté et obéi, et non pas de gouverner les consciences à mon appétit, ni de leur imposer nécessité ou loi. Quant aux autres, qui ne rejettent point la parole de Dieu en telle fierté, et cependant toutefois sont si infirmes et lâches qu'on ne les peut faire bouger, je les exhorte qu'ils pensent un peu mieux à eux, pour ne se plus flatter comme ils ont fait. Qu'ils ouvrent les yeux et se réveillent pour voir et sentir leur mal. Je sais les difficultés èsquelles ils sont, et je ne leur parle pas aussi de servir purement à Dieu entre les idolâtres, comme d'une chose facile; mais si la vertu leur défaut, qu'ils recourent à Dieu , afin qu'il les fortifie , et qu'ils apprennent à préférer sa gloire à toutes choses du monde. Je désire que tous les pauvres fidèles, qui sont en la papauté, entendent ceci ; comme le prophète Jérémie, étant en Jérusalem , envoyoit cette même leçon aui)euple qui étoit détenu captif en Babylone. Si la tyrannie du pape et des siens est dure et cruelle, les Juifs de ce temps-là en avoient bien leur part ; et toutefois il leur est commandé de dépiter Tidolàtrie de Chaldée , au propre gergon du pays; car, ce n'est pas raison, que la tyrannie des hommes rompe ou diminue le droit que Dieu a d'être honoré de nous. Il n'y a ici exemption ni privilège pour grands ou pour petits, pour riches ou pauvres. Que tous donc ploient le col; que le pauvre craigne, de peur que s'il dit : Je ne sais que faire, Dieu ne lui réponde : Je ne sais aussi que faire de toi. Que les riches ne s'enivrent pas en leurs aises, comme en croupissant sur leur lit; mais plutôt qu'ils apprennent, à l'exemple de saint Paul, de tenir pour ordure et dommage tout ce qui les divertit ou retarde de vivre chrétiennement. Cependant, n'oublions pas aussi, de notre côté, ce que j'ai louché au commencement, c'est que nous appliquions ceci à notre instruction , pour èlrc toujours prêts, quelque part que nous soyons transportés, ou quelque chose qui nous advienne, de persister en la pure confession de notre foi,

détestant toutes superstitions, idolâtries et abus qui eontrariont à la vérité de Dieu, obscurcissent son honneur, et renverseni son service.

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