LE SECOND SERMON
CONTENANT EXHORTATION A SOUFFRIU PERSÉCUTION l'OUK SUIVRE JÉSUS-CIIRIST ET SON ÉVANGILE , SUR LE PASSAGE QUI EST AU TREIZIÈME CHAPITRE DES UÉBREUX.
Allons hors des lenles, après Christ, portant son opprobre.
Toutes les exhortations qu'on nous pourra faire de souffrir patiemment pour le nom de Jésus-Christ et pour la querelle de l'Évangilen'auront point de lieu, si nous ne sommes bien assurés de la cause pour laquelle nous combattons. Car quand il est question de quitter la vie, il faut bien que nous soyons résolus et certains pourquoi c'est; et telle constance ne peut être en nous, sinon qu'elle soit fondée en certitude de foi. Vrai est qu'il s'en trouvera d'aucuns qui s'exposeront follement à la mort pour soutenir quelques folles opinions et rêveries qu'ils auront conçues en leurs têtes ; mais une telle impétuosité mérite plutôt d'être tenue pour frénésie que pour zèle chrétien. Comme aussi, de fait, il n'y a ni fermeté ni sens rassis en telles gens qui se jettent ainsi à l'étourdie. Quoi qu'il en soit , il n'y a que la bonne cause qui fasse que Dieu nous avoue pour ses martyrs ; car la mort est commune cà tous , et les enfants de Dieu seront condamnés à telle ignominie et tourments comme les brigands; mais Dieu les discerne, en tant qu'il ne peut renier sa vérité. Or, il est requis que de notre part nous ayons certain témoignage et infaillible de la doctrine laquelle nous tenons. Pourtant, comme j'ai dit, nous ne pouvons être émus ni touchés à bon escient par queUpies exhortations qu'on nous fasse de souffrir persécution pour l'Évangile, s'il n'y a une vraie certitude de foi imprimée en nos cœurs. Carde hasarder notre vie à l'aventure, cela n'est point naturel; et quand nous le ferions, ce ne seroit que témérité.
non pas vertu chrétienne. Finalement, Dieu n'approuvera rien de tout ce que nous ferons, si nous ne sommes bien persuades que c'est pour lui et pour sa querelle qu'on nous moleste, et que le monde nous est ennemi. Or , quand je parle d'une telle certitude, je n'entends pas seulement que nous sachions discerner entre la vraie religion et les abus ou folies des hommes , mais aussi que nous soyons bien persuadés de la vie céleste et de la couronne qui nous est promise là haut, après que nous aurons combattu ici-bas. Cependant notons que tous ces deux points sont requis, et qu'on ne doit séparer l'un d'avec l'autre. 11 nous convient donc commencer par ce bout, de bien connoître quelle est notre chrétienté, quelle est la foi que nous avons à tenir et suivre, quelle est la règle que Dieu nous a donnée , et que nous soyons si bien munis de telle instruction , que nous puissions hardiment condamner toutes les faussetés , erreurs et superstitions que Satan a introduites pour corrompre la pure simplicité de la doctrine de Dieu. Par quoi on ne se doit ébahir si on ne voit aujourd'hui guères de gens qui soient disposés à souffrir pour l'Évangile, et que la plupart de ceux qui se nomment chrétiens, ne sachent que c'est. Car tous sont quasi nonchalants, et ne tiennent compte d'ouïr ni de lire; mais ce leur est assez d'avoir eu quelque petit goût de la foi chrétienne. Yoiià pounjuoi il y a bien peu d'arrêt ; et s'ils sont assaillis, ils se trouvent incontinent éperdus. Cela nous doit inciter à nous enquérir plus diligemment de la vérité de Dieu pour en être bien certains. Mais encore n'est-ce pas le tout que nous soyons bien instruits et entendus : car on en voit qui semblent être quasi du tout confits en bonne doctrine, lesquels toutefois n'ont ni zèle ni affection en eux, non plus que si jamais ils n'eussent rien connu de Dieu, sinon par quelque fantaisie volage. Et pourquoi cela? sinon d'autant qu'ils n'ont jamais compris la majesté de l'Écriture sainte? Et de fait, si nous, tant que nous sommes, considérions bien que c'est Dieu qui parle à nous, il est tout certain que nous serions plus altentifsàrécouter,etavecune plus grande révérence. Quand nous penserions qu'en lisant l'Ecriture nous sommes à l'école des anges, nous aurions bien un autre soin et désira nous exercer à lu doctrine (jui nous est proposée. Nous voyons maintenant
quel est le moyen de nous préparer à soulTrir pour rÉvangile, à savoir, que nous ayons profilé jus(|ue-là en l'école de Dieu, qu'étant résolus de la vraie religion et de la doctrine que nous devons tenir, nous puissions dépiter toutes cautèles et tromperies de Satan, et toutes inventions humaines, comme choses non-seulement frivoles, mais aussi maudites, en tant qu'elles corrompent la pureté chrétienne ; et qu'en cela nous différions , comme vrais martyrs de Jésus-Christ, d'avec les acariâtres qui soutfrent pour leurs folles opinions. Pour le second, qu'étant certains de la bonne cause, nous soyons enflambés , comme il appartient, de suivre Dieu partout où il nous appelle ; que sa parole ait telle autorité envers nous comme elle mérite, et qu'étant retirés de ce monde, nous soyons comme ravis à chercher la vie céleste. Mais c'est une chose plus qu'étrange, que la clarté de Dieu luise aujourd'hui aussi pleinement que jamais elle ail fait, et qu'il y a si peu de zèle (|uc c'est pitié. Si nous nesonunes confus de honte, tant pis; car si faudra-t-il venir en bref devant le grand Juge, où le mal que nous tâchons de couvrir sera mis en avant avec tels reproches, qu'il y aura bien de quoi nous abîmer du tout. Car si nous sommes obligés de rendre témoignage à Dieu selon la mesure de la connoissance qu'il nous a donnée, à quoi tient-il, je vous prie, que nous sommes si froids et craintifs à entrer au combat, vu que Dieu s'est tellement manifesté en ce temps-ci, qu'on peut dire qu'il nous a ouvert et déployé les grands trésors de ses secrets? Ne faut-il pas bien dire que nous n'estimons point avoir affaire à Dieu? Car si nous avions quelque regard de sa majesté, nous n'oserions pas ainsi tourner la doctrine qui procède de sa bouche, en une philosophie ou spéculation je ne sais quelle. Bref, il n'y a nulle excuse que ce ne nous soit une grande honte, voire une condamnation horrible, d'avoir tant connu de la vérité de Dieu, et avoir eu si peu de courage à la maintenir. Surtout quand nous regardons aux martyrs du temps passé , nous avons bien à détester la vilenie qui est en nous. Car, la plus grande part n'étoient pas gens fort exercés en l'Écriture sainte, pour bien savoir disputer de toutes choses. Ils connoissoienl qu'il y avoiî un seul Dieu, lequel on devoit adorer et servir ; item, (ju'ils avoient été rachetés par le sang de Jésus-Christ,
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afin de mettre en lui et en sa grâce la fiance de leur salut; et puis, que tout ce qui avoit été controuvc par les hoiiimcs n'étoit que fatras et ordures , afin de pouvoir condamner toutes idolâtries et superstitions. En somme , leur théologie étoit : Il y a un seul Dieu qui a créé tout le monde, et nous a déclaré sa volonté par Moïse, par les prophètes , et finalement par Jésus-Christ et les apôtres. Nous avons un seul Uédemplour qui nous a acquis par son sang, et par la grâce duquel nous espérons être sauvés. Toutes les idoles du monde sont maudites et exécrables. N'ayant que cela, ils s'en alloient franchement, ou au feu, ou à une autre espèce de mort. Ce n'étoit point pour deux ou pour trois, mais en si grandes troupes, que le nombre de ceux qui sont passés par les mains des tyrans est quasi infini. Nous sommes de notre côté si grands clercs que rien plus, au moins ce nous semble; et de fait, quanta l'intelligence de rÉcritiire, Dieu nous en a autant élargi que jamais il a fait en nul âge. Cependant, à grand'peine y a-l-il une seule goutte de zèle. Or, de nourrir une telle lâcheté, il n'y a nul propos, si nous ne voulons, à notre escient, provoquer la vengeance de Dieu. Qu'est-il donc de fture pour prendre bon courage? Nous avons à considérer, en premier lieu, combien c'est une chose précieuse devant Dieu que la confession de notre foi ; car nous connoissons mal combien Dieu la prise, quand notre vie, qui n'est rien, nous est plus chère; en quoi nous montrons une merveilleuse bêtise. Car nous ne pouvons épargner notre vie en cet endroit, que nous ne confessions qu'elle nous est en plus grande estime que ''honneur de Dieu et le salut de nos âmes. Un païen a bien su dire (|ue c'éloit une chose misérable de quitter les causes qu'on a de vivre pour sauver sa vie. Cependant, lui et ses semblables n'ont jamais su à quelle fin les hommes étoient mis au monde, et pourquoi ils y vivent. Vrai est qu'ils eussent bien su dire qu'on doit suivre vertu, qu'on se doit maintenir honnêtement el sans reproches. Mais touies leurs vertus n'étoient que fards et fumées. Nous savons bien mieux à quoi notre vie se doit rapporter, à savoir, que nous glorifiions Dieu, afin qu'il soit notre gloire. Sans cela, malheur sur nous ! et ne pouvons prolonger notre vie d'une seule minute de temps sur la terre , que nous n'amassions toujours tant plus de malédictions sur nos tê-
tes. Cependant nous n'avons nulle vergogne de racheter quelque peu de jours ;i languir ici-bas, renonçant à ce royaume éternel, nous séparant même de celui par la vertu duquel nous sommes maintenus en vie. Si on demande aux plus idiots, voire aux plus brutaux du monde, pounpioi c'est qu'ils vivent , ils n'oseront pas simplement dire que ce soit pour boire et manger et dormir, car tous connoissent qu'ils sont créés à une fin plus noble et plus haute. Et quelle fin trouverons-nous, sinon d'honorer Dieu et nous laisser gouverner à lui, comme enfants à un bon père , afin qu'après avoir achevé le voyage de cette vie corru|)tible, nous soyons reçus en son héritage éternel? Voici le principal et même le tout. Quand nous n'en tenons compte et que nous sommes acharnés à une vie brutale , laquelle est pire que mille morts, que pouvons-nous alléguer pour nos excuses ? De vivre et ne savoir pourquoi, c'est déjà contre nature. De rejeter les causes pour lesquelles nous vivons , sous ombre d'un fol appétit d'avoir quelque répit de trois jours, afin d'habiter au monde en étant séparés de Dieu, je ne sais comment on doit nommer une telle forcenerie et rage. Mais pource (jue les persécutions ne laissent point de nous être dures et amères, regardons comment c'est et par quels moyens que les chrétiens se peuvent fortifier à patience ,jusques à exposer conslammcnt leur vie pour la vérité de Dieu. Le texte que nous avons récité, quand il sera bien entendu, est assez suffisant pour nous induire à cela. « Sortons hors de la ville, » ditTApôtre, « après le Seigneur Jésus, portant son opprobre. » En premier lieu, il nous exhorte, encore que lesépées ne fussent pas dégauiées sur nous, ni les feux allumés pour nous brûler, que nous ne pouvons être vraiment conjoints au Fils de Dieu cependant que nous sommes enracinés en ce monde. Par quoi il faut qu'un chrétien, étant môme en repos, ait toujours un pied levé pour marcher au combat. Et non-seulement cela, mais qu'il ait son affection retirée du monde, combien que le corps y* habite. Jaçoit que cela nous semble rude de prime face, si nous devrions-nous bien contenter de ce mot de saint Paul, c'est que a nous sommes appelés et établis à souffrir », comme s'il disoit que la condition de notre chrétienté est telle, en sorte qu'il nous faut passer par ce chemin , si nous voulons suivre Jésus-
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Christ. Cependant, pour soulager notre infirmité et adoucir la fâcherie et tristesse que nous pourroient apporter les persécutions, voici une bonne récompense, c'est qu'en souffrant pour l'Évangile, nous suivons comme pas à pas le Fils de Dieu , et l'avons pour notre guide. S'il nous éloit simplement dit que pour être chrétiens nous avons à marcher parmi tous les opprobres du monde, pour venir franchement à la mort toutes fois et quantes qu'il plaira à Dieu, nous aurions, ce semble, quelque couleur de répliquer que c'est chose fort étrange d'aller à l'égarée. Mais quand il nous est commandé de suivre le Seigneur Jésus, sa conduite est trop bonne et honorable pour en faire refus. Or, afin que nous soyons mieux touchés , non-seulement il est dit que Jésus-Christ marche devant nous comme notre capitaine, mais que nous sommes conformés à son image, comme saint Paul en parle au hnilième chapitre des Romains^ « que Dieu a ordonné tous ceux qu'il a adoptes pour ses enfants pour être faits conformes à celui qui est le patron et le chef de tous. «Sommesnous si délicats de ne vouloir rien endurer ? Il nous faut renoncer à la grâce de Dieu, j)ar laquelle il nous a appelés à l'espérance de salut. Car ce sont deux choses qui ne se peuvent séparer, d'être membre de Jésus-Christ, et d'être exercé en beaucoup d'afflictions. Certes , nous devrions bien plus priser une telle conformité avec le Fils de Dieu, que nous ne faisons pas. Vrai est que selon le monde c'est vitupère de soutîrir pour l'Évangile; mais puisque nous savons que les infidèles sont aveugles , ne devons-nous point avoir de meilleurs yeux qu'eux? C'est ignominie d'être affligé par ceux qui occupent le siège de justice. Mais saint Paul nous montre par son exemple que nous avons à nous glorifier aux flétrissures de Jésus-Christ, comme aux marques èsquelles Dieu nous reconnoit et avoue pour siens. Et nous savons ce que récite saint Luc de Pierreetde Jean,àsavoir,« qu'ils se sont réjouis de ce qu'ils avoient été réputés dignes de souffrir infamie et opprobre pour le nom du Seigneur Jésus. «Voilà deux choses contraires , ignominie et dignité, voire d'autant que le monde, étant insensé, juge contre toute raison, et par ce moyen convertit la gloire de Dieu à déshonneur. Or, de notre part, ne refusons point d'être vilipendés quant au monde, pour être hono-
rés devant Dieu et ses anges. Nous voyons quelle peine les aiubilicux prennent à obtenir l'ordre d'un roi , et (|uels triomphes ils en font. Le Fils de Dieu nous présente son ordre, et eliacun recule. Je vous prie , en ce faisant , soniraes-nous dignes d'avoir rien de commun avec lui ? Notre sensualité ne peut ici mordre; mais tant y a que ce sont les vraies armoiries de la noblesse des ciciix. Prisons , bannissements , maudissons, n'emportent , à la fantaisie des hommes, que tout vitupère. Mais qui nous empêche à regarder ce que Dieu en juge et prononce, sinon notre infidélité? Par quoi, que le nom du Fils de Dieu ait telle importance envers nous comme il mérite , afin que nous apprenions de prendre ù honneur qu'il nous inqtrime ses marques; autrement, notre ingratitude est insupportable. Si Dieu nous pourchasse selon nos démérites , n'a-t-il pas juste raison de nous châtier journellement en mille sortes? Qui plus est, cent mille mûris ne siiOiroient point à une petite portion de nos méfaits. Or, par sa bonté inlhiie, il met sous le pied toutes nos fautes et les abolit, et au lieu de nous punir selon que nous l'avons desservi, il trouve un moyen admirable pour faire que les afflictions nous soient converties en honneur et en un privilège spécial , d'autant que par icelles nous sommes associés en la compagnie de son Fils. Ne faut-il pas bien dire , quand nous dédaignons une condition si heureuse , que nous avons bien mal profité en la doctrine chrétienne ?|Voilà pourquoi saint Pierre, après nous avoir exhortés à cheminer si saintement en la crainte de Dieu, que nous ne souffrions point comme larrons , j)aillards et meurtriers , ajoute quand et quand : « S'il nous faut souffrir comme chrétiens, que nous glorifiions Dieu du bien qu'il nous fait. » Ce n'est pas sans cause qu'il parle ainsi ; car, qui sommes-nous , je vous prie , pour être témoins de la vérité de Dieu, et procureurs à maintenir sa cause? Voici de pauvres vers de terre, des créatures pleines de vanité, et des menteurs pour tout potage : et Dieu veut que nous défendions sa vérité , qui est un honneur, lequel n'appartient pas même aux anges du paradis. Cette seule considération ne nous doit-elle pas bien enflamber à nous offrir à Dieu , à ce qu'il lui plaise nous employer à une chose tant
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honorable? Toutefois, plusieurs ne se peuvent tenir de se rebecquer contre Dieu , ou pour le moins de faire leur complainte de ce que Dieu ne supporte mieux leur faiblesse. C'est merveilles, disent-ils , vu que Dieu nous a choisis pour ses enfants , comment il endure que nous soyons ainsi foules et tourmentés des iniques. Je réponds: Encore qu'il ne nous apparût point pourquoi il le fait, qu'il dcvroit bien avoir cette autorité envers nous , de nous faire ranger à son plaisir. Mais quand nous voyons Jésus-Christ , notre patron, ne devons-nous pas estimer à grand heur d'être faits semblables à lui , sans enquérir plus outre ? Cependant, Dieu nous montre des causes toutes patentes pour lesquelles il veut que nous soyons persécutés. Quand il n'y auroit que cette remontrance que fait saint Pierre, nous sommes bien dédaigneux, si nous n'y acquiesçons; c'est: « Puisque l'or et l'argent, qui ne sont que métaux corruptibles, sont purgés et examinés par le feu , c'est bien raison que notre foi, qui surmonte toutes les richesses de ce monde, soit éprouvée.» Dieu nous pourroit bien couronner du premier coup, sans nous avoir fait soutenir nuls combats; mais comme il veut que jusques en la :fin du monde Jésus-Christ règne au milieu de ses ennemis, aussi il veut que nous, étant mêlés parmi eux, souffrions leurs oppressions et violences jusqu'à ce qu'il nous en délivre. Je sais bien qtie la chair rechigne quand on la veut amener à ce point, mais si faut-il que la volonté de Dieu soit maîtresse. Si nous sentons quelque contradiction en nous , il ne nous en faut ébahir ; car cela nous est trop naturel, de fuir la croix. Cependant ne laissons pas de passer outre , sachant que Dieu accepte notre obéissance , moyennant que nous captivions et mations tous nos sens et désirs pour les rendre sujets à lui ; car les prophètes et apôtres ne sont pas allés tellement à la mort, qu'ils ne sentissent en eux quelque vouloir de reculer. « On te mènera où tu ne voudras point » , disoit notre Seigneur Jésus-ChristàPierre. Ainsi, quand telles craintes de mort nous poignent, gagnons par-dessus , ou plutôt que Dieu gagne ; et cependant tenons-nous assurés que ce lui est un sacrifice agréable, que nous résistions et fassions force à nos afîeclions pour être du tout à son commandement. Et c'est la principale guerre en
laquelle Dieu veut que les siens s'emploient, c'est qu'ils s'efforcent à rabattre tout ce qui s'élève en leurs sens et esprit pour les détourner du chemin qu'il leur montre. Cependant les consolations sont si amples, qu'il faut bien dire que nous soyons plus lâches quand nous défaillons. Anciennement, un nombre infini de gens, à l'appétit d'une simple couronne de feuilles, ne refusoit nul travail, ni moleste, ni fâcherie ; même il ne leur coûtoit rien de mourir; toutefois, il n'y avoit celui d'eux qui ne combattît à l'aventure , ne sachant s'd devoit gagner le prix ou non. Dieu nous propose la couronne immortelle par laquelle nous soyons fails participants de sa gloire; il n'entend pas que nous combattions à l'aventure , mais nous promet à tous le prix que nous avons à désirer. Quelle occasion avons-nous de chômer là-dessus? Pensons-nous qu'il soit dit en vain que «si nous mourons avec Jésus-Christ , nous vivrons aussi avec lui? » Le triomphe nous est appareillé , et nous fuyons de combattre en tant qu'en nous est. C'est une doctrine répugnante au jugement humain , je le confesse ; et aussi quand Jésus prononce que a ceux qui souffrent pour justice sont bienheureux », il ne met point en avant une sentence qui soit aisément reçue au monde ; au contraire , il veut que nous réputions à félicité ce que notre sens juge être malheur. Il nous semble que nous sommes misérables quand Dieu nous laisse fouler par la tyrannie et cruauté de nos ennemis ; mais la faute est que nous ne regardons point aux promesses de Dieu , lesquelles nous certifient que le tout nous sera tourné à bien. Nous sommes abattus, voyant les iniques être les plus forts et nous tenir le pied sur la gorge ; mais une telle confusion, comme dit saint Paul, nous doit plutôt élever en haut; car d'autant que nous sommes par trop adonnés à nous amuser aux choses présentes, Dieu, en permettant que les bons soient maltraités , et que les iniques aient la vogue , nous montre par signes évidents qu'un jour viendra auquel tout ce qui est maintenant confus sera réformé. Si le terme nous semble long, courons au remède, et ne nous flattons point en notre vice ; car il est certain que nous n'avons nulle foi si nous n'étendons la vue de nos âmes jusqu'à la venue de Jésus-Christ. Or, Dieu, pour ne laisser nul moyen derrière
qui soit propre à nous pousser, nous propose les promesses d'un côté, et les menaces de l'autre. Sentons-nous que les promesses n'aient point assez de vertu en nous , conjoignons les menaces pour les fortifier. Vrai est qu'il faut bien que nous soyons pervers tant et plus, de n'ajouter point plus de foi que nous faisons aux promesses de Dieu , quand le Seigneur Jésus dit Œ qu'il nous avouera pour siens devant son Père, moyennant que nous le confessions devant les hommes. » Qu'est-ce qui nous doit empêcher que nous ne lui rendions la confession qu'il demande? Quand les hommes auront fait tous leurs efforts, ils ne peuvent pis que de nous meurtrir ; et que nous sera la vie céleste au prix ? Je n'amasse pas ici toutes les promesses contenues en l'Écriture , qui tendent en une même fin : tant y a ( d'autant qu'elles sont souvent réitérées), que nous y devrions être tout confits. Et quand ce vient aux coups ruer , si trois ou quatre nous sont assez, une centaine, tout au pis aller, devroit bien vaincre toute tentation contraire. Mais si Dieu ne nous peut attirera soi par douceur, ne faut-il pas que nous soyons plus qu'hébétés, quand les menaces n'y font non plus? Jésus-Christ ajourne devant Dieu , son Père, tous ceux qui auront, par crainte de la mort corporelle , renié la vérité , et dit que « corps et àme seront mis à perdition. » Et en un autre passage , il dit « qu'il renoncera là tous ceux quiTauront renié devant les hommes. » Sinon que nous soyons par trop dépourvus de sens , ces mots nous doivent bien faire dresser les cheveux en la tête. Quoi qu'il en soit, quand nous n'en serons point émus comme il appartient, il ne nous reste sinon une horrible confusion ; car en ce que toutes les paroles de Jésus-Christ nous profitent si peu, nous sommes convaincus d'une trop grande infidélité. Nous aurons beau alléguer qu'il y a pitié en nous , d'autant que notre nature est si fragile; car il est dit, au contraire, que «Moïse ayant regardé Dieu par foi , a été endurci pour ne fléchir sous aucune tentation. » Par quoi , quand nous sommes ainsi mois et aisés à ployer , voire qu'il n'y a ni zèle , ni constance , c'est signe que nous ne savons que c'est de Dieu ni de son royaume. Quand on nous remontre que nous devons être conjoints à notre chef, il nous semble que nous avons une belle
couleur de nous en exempter, en disant que nous sommes hommes. Mais ceux qui ont marche devant nous, qui étoient-iis? Il est vrai, quand nous n'aurions que la i)ure doctrine, que toutes excuses lesquelles nous saurions amener, seroient frivoles; mais ayant tant d'exemples qui nous doivent servir de plus grande approbation , tant plus sommes-nous à condamner. Or, ici il ,y a deux points à considérer : le premier est que tout le corps de l'Église en général a été toujours sujet et sera jusqu'en la fin à être affligé par les méchants , comme il est dit au psaume : « Dès ma jeunesse ils m'ont tourmentée, et ont tiré la charrue sur moi depuis un bout jusqu'à l'autre. » Le Saint-Esprit introduit là l'Église ancienne parlant, afin que nous, après avoir connu les affliclions d'icelle, ne trouvions point nouveau ni fâcheux que le semblable nous soit fait aujourd'hui. Saint Paul aussi, amenant ce passage de l'autre psaume , où il est dit : « Nous avons été comme moutons qu'on mène à la boucherie » , montre que cela n'a point été pour un âge seulement, mais que c'est l'ordinaire de l'Église et sera. Ainsi, voyant l'Église de Dieu être aujourd'hui foulée par l'orgueil des mondains , que l'un aboie après , l'autre la mord ; qu'on la tourmente , qu'on machine contre elle , que sans cesse elle est assaillie de chiens enragés et de bêtes sauvages , qu'il nous souvienne que cela s'est fait de toute ancienneté. Vrai est que Dieu lui donne bien parfois quelques trêves et relâches , et c'est ce qui est dit au psaume ci-dessus allégué : « Il coupe les cordeaux des iniques » ; et en l'autre passage, qu'il « rompt leur bâton s, de peur que les bons ne se débauchent étant par trop pressés. Mais tant y a que toujours il a voulu que son Église fût en ce monde pour batailler, lui ayant réservé son repos là-haut aux cieux. Cependant si est-ce que l'issue de ses afflictions a été toujours heureuse; et pour le moins Dieu a fait que, étant pressée de beaucoup de maux , elle n'a jamais été accablée du tout , comme il est dit « que les méchants , avec tous leurs efforts , ne sont pas venus à bout de ce qu'ils pensoient. » Saint Paul se glorifie du semblable, pour montrer que c'est une grâce de Dieu perpétuelle. « Nous endurons, dit-il, tribulations, mais nous n'en sommes point en angoises ; nous sommes appauvris, mais
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nous ne sommes point doslilués ; nous sommes persécutés, mais nous ne sonnncs point abandonnés; nous sommes aballus, mais nous ne périssons point; portant partout en notre corps la morlification du Seigneur Jésus, afin que sa vie soit manifestée eu nos corps mortels. » Telle issue, comme nous voyons que Dieu Ta tlonnée de tout temps aux persécutions de sou Église, nous doit bien donner courage; sachant que nos pères, qui étoient hommes fragiles ainsi que nous , ont toujours eu victoire sur leurs ennemis, d'autant qu'ils sont demeurés fermes en patience. Or, je touche cet article en bref, pour venir au second , lequel convient plus à notre propos ; c'est de faire notre profit des exemples particuliers des martyrs qui nous ont précédés. Or, il n'y en a pas deux ou trois seulement, mais « une grosse nuée et épaisse, «comme dit l'Apôlre au douzième des Hébreux-, en quoi il signifie que la'quanlité est si grande, qu'elle nous doit quasi crever les yeux. Pour n'être trop long, je prendrai seulement les Juifs, qui ont été persécutés pour la vraie religion, tant sous la tyrannie du roi Antioche, qu'un peu après sa mort. Nous ne pouvons alléguer que c'ait été un petit nombre de gens ; car il y a eu pour lors comme une grande armée de martyrs. Nous ne pouvons dire que ç'aient été des prophètes, lesquels Dieu evit séparés du commun peuple ; car les femmes et jeunes enfants ont été de cette bande. Nous ne pouvons pas dire qu'ils en aient été quittes à bon marché ; car on les a tourmentés aussi cruellement qu'il éloit possible de le faire. Nous oyons aussi ce que l'Apùtre nous en remontre. « Les uns, dit-il, ont été étendus comme tabourins , ne tenant compte d'être délivrés, afin d'obtenir une meilleure résurrection ; les autres ont été éprouvés par moqueries et batures, ou par liens et prisons ; les autres, lapidés ou §ciés; les autres ont cheminé çà et là, errant par les montagnes et cavernes. » Entrons maintenant à faire comparaison d'eux avec nous : s'ils ont enduré pour la vérité de Dieu, qui étoit encore tant obscure de ce temps-là, que devons-nous faire en la clarté qui luit maintenant? Dieu parle à nous comme à pleine bouche ; la grande porte du royaume des cieux est ouverte ; Jésus-Christ nous appelle à soi, étant descendu à nous, afin que nous l'ayons comme présenta nos yeux. Quel reproche nous
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scra-cc d'ovoir moins de zèle à souiïrir pour l'Evangile, que n'ont ou ceux qui ont seulement salué les promesses de loin ; qui n'ont eu qu'un pelil guichet ouvert pour venir au royaume de Dieu; (jui n'ont eu, sinon (|uel(|ue remcmbrance et ligure de Jésus- Clirisl? Ces choses ne se peuvent exprimer de bouche, selon qu'elles méritent; par qu.oi je les laisse méditer à chacun. Or, cette doctrine, comme elle est générale, se doit pratiquer de tous chrétiens. Mais chacun la doit appliquer à son usage, selon que la nécessité le requiert. Je dis ceci, afin que ceux qui ne se voient point en danger apparent, ne pensent pas qu'elle soit superflue quant à eux. Ils ne sont pas pour cette heure entre les mains des tyrans ; mais que savent-ils que Dieu voudra faire d'eux ci-après ? Par quoi nous devons être tellement prémimis, que si quelque persécution, laquelle nous n'aurons point attendue, survient, nous no soyons point surpris au dépourvu. Mais je crains liien qu'il n'y ait heaucoui) d'oreilles sourdes à ouïr ce propos. Tant s'en faut que ceux (jui sont cois et à leur aise, se préparent à souffrir la mort quand besoin sera, qu'il ne leur chaut de servir à Dieu en vivant. Si est-ce néanmoins que ce devroit être notre étude ordinaire, et surtout au temps auquel nous sommes. Cependant," ceux que Dieu appelle à souffrir pour le témoignage de son nom, doivent montrer par effet qu'ils ont été duits de longue main à s'y porter constamment. Et alors ils doivent réduire en mémoire toutes les exhortations qu'ils ont ouïes le temps passé, comme si un gendarme prenoit les armes quand la trompette sonne. Mais quoi ! il n'est question que de chercher subterfuges pour échapper, je dis quant à la plupart; car la persécution est bien une vraie touche par laquelle Dieu découvre quels sont les siens. Tant y a qu'il ne s'en trouve guère qui lui soient fidèles jusqu'à se présenter franchement à la mort. Or, c'est quasi une chose incroyable, que gens qui se glorifient d'avoir entendu quelque peu en l'Évangile, osent ouvrir la bouche pour user de telles cavillations. Les uns diront : Que gagnonsnous de confesser notre foi ri gens obstinés et qui ont délibéré de batailler contre Dieu? n'est-ce pas semer les pierres précieuses devant les pourceaux ? Comme si Jésus-Christ n'avoit point déclaré notamment qu'il veut ([u'on le confesse entre les plus per- .
vers et malins. S'ils n'en sont, édifiés, pour le moins si demeureront-ils confus. Tant y a que la confession est de bonne odeur devant Dieu, combien qu'elle soit mortelle aux réprouvés. Il s'en trouve qui disent : De quoi notre mort profitera-l-elle ? plutôt elle tournera en scandale. Comme si Dieu leur avoit laissé le choix de mourir quand bon leur semblera, et quand ils voiront le temps opportun. Au contraire, nous approuvons notre obéissance, lui laissant en sa main le profit qui doit revenir de notre mort. Par quoi, en premier lieu , il faut que l'homme chrétien, quelque part qu'il soit, nonobstant les dangers ou menaces, avise de cheminer en simplicité, comme Dieu lui commande. Qu'il se garde, tant qu'il pourra, de la rage des loups ; mais que ce ne soit point avec une astuce charnelle. Surtout, qu'il remette sa vie entre les mains de Dieu. A-t-il fait cela? S'il advient qu'il tombe entre les mains des ennemis, qu'il pense que Dieu, l'ayant là amené, le veut avoir pour l'un des témoins de son Fils, et pour tant, qu'il n'y a moyen de reculer, sinon en faussant la foi à celui auquel nous avons promis tout devoir à viM-e et à mourir, et auquel nous sommes et appartenons, encore que nous ne lui eussions rien promis. Par cela, je n'impose point nécessité à tous de faire confession pleine et entière de tout ce qu'ils croient, jaçoit qu'ils en fussent même requis. Je sais aussi quelle mesure saint Paul y a tenue, lequel étoit autant délibéré que nul autre à maintenir franchement la cause de l'Évangile comme il devoit. Et aussi ce n'est point sans cause que notre Seigneur Jésus nous promet qu'en tel cas Dieu nous donnera bouche et sagesse , comme s'il disoit que TofTice du Saint-Esprit n'est pas seulement de nous fortifier à être hardis et vaillants, mais aussi de nous donner prudence et discrétion pour nous savoir bien guider selon qu'il sera expédient. Le tout est que ceux qui sont en telle détresse, demandent et reçoivent telle prudence d'en haut ; ne suivant point leur conseil charnel, pour trouver moyeu d'échapper à travers des marais , comme on dit. 11 y en a qui répliquent, que notre Seigneur Jésus même n'a pas répondu à ceux qui l'ont interrogé. Mais je dis, premièrement, que cela n'est pas pour abolir la règle qu'il nous a donnée, de faire confessioude noire foi quand nous en sommes requis. Je dis, pour
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le second, qu'il n'a jamais rien dissimulé pour sauver sa vie. Ticrcement, que jamais il n'a donné réponse si ambiguë, qu'elle n'emportât suffisant témoignage de ce qu'il avoità dire ; ou bien, que déjà il n'eût satisfait à ceux qui levenoient interroger derechef, connue tendant des filets pour le surprendre. Pour tant, (|ue ce point demeure résolu entre tous chrétiens, c'est (ju'ils ne doivent point tenir leur vie plus précieuse que le témoignage de la vérité, en tant que Dien veut être glorifié en icelui. Est-ce en vain qu'il appelle ses témoins (car le mot de martyr signifie cela) tous ceux qui ont à répondre aux ennemis de la foi ? N'estce pas pource qu'il s'en veut servir à tel usage? Et ne faut pas que chacun regarde ici son compagnon, car Dieu ne fait pas cet honneur à tous de les ap[)eler là. Et, d'autant que nous y sommes enclins, il nous en faut mieux garder. Pierre, ayant ouï de la bouche de noire Seigneur Jésus, qu'on le nièneroit en sa vieillesse où il ne voudroit pas, demanda que deviendroit Jean, son compagnon. Il n'y a celui de nous qui ne fit volontiers telle réplique ; car ceci nou.s vient incontinent en fantaisie : Pourquoi est-ce que j'endure plutôt que les autres? Au contraire, Jésus- Christ nous exhorte tous en commun, et chacun en particulier, de nous tenir prêts, afin que, selon qu'il ap]iellera les uns ou les autres, nous marchions en notre rang. J'ai déjà exposé ci-dessus, que nous serons mal apprêtés à souffrir martyre , sinon que nous soyons armés des promesses de Dieu. Il reste maintenant de déduire un peu plus à plein à quoi elles tendent; non point pour les spécifier toutes par le menu, mais pour montrer les choses principales que Dieu veut que nous espérions de lui , pour nous consoler en nos afflictions. Or, ces choses sont trois en somme. La première est, d'autant que notre vie et notre mort sont en sa main, qu'il nous préservera tellement par sa vertu, qu'un cheveu ne nous sera point arraché de la tète, que par son congé. Pourtant les fidèles se doivent tenir assurés, en quelques mains qu'ils soient, que Dieu ne s'est point dessaisi de la garde qu'il a de leurs personnes. Si une telle persuasion nous étoit bien imprimée aux cœurs, nous serions délivrés de la plus grande part des douleurs et perplexités qui nous tourmentent, et empêchent de faire notre devoir. Nous voyons les tyrans débridés : sur
cela, il nous semble que Dieu n'a plus moyen de nous sauver. Par quoi nous sommes tentés de pourvoir ù nos afTan-es, comme s'il n'y avoit plus nulle attente quant à lui. Au contraire, sa providence, telle qu'il nous la déclare, nous devroit être comme une forteresse imprenable. Travaillons donc d'apprendre ce petitmot, que nos corps sont en la main de celui qui les a créés. Pour cette cause, il a quelquefois délivré les siens d'une façon miraculeuse, et outre toute l'espérance des hommes, comme Sidrach, Misacli et Abdénago, de la fournaise ardente ; Daniel, de la fosse des lioi\g; Pierre, de la prison d'IIérode, où il étoit enserré, enchaîné et gardé de si près. Par ces exemples, il nous a voulu tesLifier qu'il lient nos ennemis en bride, combien qu'il ne le semble pas, et a puissance de nous retirer du milieu de la mort quand il voudra. Non pas qu'il le fasse toujours; mais, en se réservant l'autorité de disposer de nous à vie et à mort , si veut-il que nous soyons tous résolus qu'il nous a en sa garde ; tellement que, quoi que les tyrans attentent, et de quelque fureur qu'ils se ruent contre nous, que c'est à lui seul d'ordonner de notre vie. S'il permet aux tyrans de nous occire, ce n'est pas que notre vie ne lui soit chère, et en plus grande recommandation cent fois qu'elle ne mérite. Qu'ainsi soit, ayant prononcé par la bouche de David, « que la mort des saints est précieuse devant lui », i! dit aussi par la bouche d'isaïe, « que la terre découvrira le sang qui semble être caché. » Que les ennemis donc, de l'Évangile soient prodigues tant qu'ils voudront du sang des martyrs, si faudra-t-il qu'ils en rendent un terrible compte, jusqu'à la dernière goutte. Ils se moquent aujourd'hui orgueilleusement enbrùlautles fidèles, et, après s'être baignés en leur sang, ils en sont tellement enivrés, qu'ils n'estiment point tous les meurtres qu'ils font un fétu. Mais si nous avons la patience d'attendre. Dieu montrera en la fin que ce n'est pas en vain qu'il a taxé notre vie d'un si haut prix. Cependant, qu'il ne nous fasse point mal qu'elle serve à ratifier l'Évangile, qui surmonte en dignité le ciel et la terre. Et pour être mieux assurés que'^Dieu ne nous laisse pas en la main des tyrans comme ù l'abandon, souvenons-nous delà sentence de Jésus-Christ, où il dit que c'est lui qu'on persécute en ses membres. Dieu avoit bien dit auparavant par Zacliaric : k Qui vous touche, il touche la
prunelle de mon œil. » Mais ceci est encore plus exprès : a Que si nous soulîrons pour FÉvangile, c'est autant comme si le Fils de Dieu y étoit en personne. » Par quoi, sachons qu'il faudroit que Jésus-Christ se fût oublié, s'il ne pcnsoit de nous quand nous sommes en prison ou en danger de mort pour sa querelle ; et sachons que Dieu prendra à cœur tous les outrages que nous feront les tyrans, comme s'ils s'étoient attachés à son propre Fils. Venons au second point que Dieu nous déclare en ses |)romesses, pour nous consoler: c'est qu'il nous soutiendra tellement par la vertu de son Esprit, que nos ennemis, quoi qu'ils ftissent, ni même Satan leur chef, ne gagnera rien sur nous. Et de fait, nous voyons comme il déploie ses grâces en un tel besoin ; car la constance invincible qui est aux vrais martyrs, est une assez belle uiontre que Dieu besogne puissamment en eux. Il y a deux choses fâcheuses à la chair aux persécutions, à savoir: le vitupère et opprobre des hommes, et les tourments que le corps endure. Or, Dieu nous promet de nous tenir si bien la main, que nous vaincrons l'un et l'autre par patience. 11 nous approuve par efTel ce qu'il nous dit. Prenons donc ce bouclier pour repousser toutes craintes, desquelles nous sommes assaillis, et ne restreignons point la vertu de l'Esprit de Dieu h si petite mesure, que nous n'estimions qu'il surmontera aisément toutes les cruautés des hommes. Et de ceci, nous en avons eu de notre temps un exemple mémorable entre les autres. Un jeune homme, qui a ici habité avec nous, étant pris en la ville de Tournay, fut condamné à avoir la tète tranchée s'il se dédisoit, et à être brûlé vif s'il persistoitenson propos; quand on lui demanda qu'il vouloit faire, il répondit simplement: Celui qui me fera la grâce de mourir paticmnicnt pour son nom, me fera bien la grâce d'endurer le feu. Nous devons prendre cette sentence, non pas comme d'un homme mortel, mais comme du Saint-Esprit , pour nous assurer que Dieu n'est pas moins puissant à nous fortifier et rendre victorieux contre les tourments, qu'à nous faire prendre une ])lus douce mort en gré. Qui plus est, nous voyons souventes fois quelle constance il donne aux pauvres malfaiteurs qui endurent pour leurs crimes. Je ne parle point des endurcis, mais de ceux qui se consolent eu la grâce de Jésus-Christ, et par ce moyen
reçoivent, d'iin"cœur paisible la plus griève punition qu'on puisse faire, comme nous en voyons un si beau miroir au brigand qui se convertit à la mort de notre Seigneur Jésus. Dieu, qui assiste si puissamment aux pauvres criminels, étant punis pour leurs méfaits, défaudra-t-il aux siens qui combattent pour sa cause, qu'il ne leur donne une vertu invincible ? Le troisième point des promesses que Dieu donne à ses martyrs, est du fruit qu'ils doivent espérer de leurs souffrances; et en la fin, si besoin est, de leur mort. Or, ce fruit est, qu'après avoir glorifié son nom, avoir édifié l'Église par leur constance , ils seront recueillis avec le Seigneur Jésus en sa gloire immortelle. Mais pource que nous en avons parlé ci-dessus plus à plein, c'est assez de le réduire maintenant en mémoire. Et ainsi, que les fidèles apprennent d'élever la tète haute à cette couronne d'immortalité et gloire, à laquelle Dieu les convie, afin qu'il ne leur fasse point mal de quitter la vie présente pour un tel loyer; et pour être assurés de ce bien inestimable, qu'ils aient toujours devant les yeux cette conformité qu'ds ont avec notre Seigneur Jésus, pour contempler la vie au milieu de la mort, comme lui par l'opprobre de la croix est parvenu à la résurrection glorieuse, en laquelle gît toute notre félicité, joie et triomphe.