‹ Œuvres françoises de J. CalvinChapitre 16 sur 24 · LE TIERS SER^ION · texte numérisé non relu

LE TIERS SER^ION

REMONTRANT COMBIEN LES FIDÈLES DOIVENT PRISER d'ÈTRE EN

l'Église de dieu, ou ils aient liberté de l'adorer purement, pris sur le thème du psaume 27 :

J'ai demandé une chose à Dieu, cl la requerrai, c'est d'habiler en la maison du Seigneur tout le temps de ma vie, afin de voir la beauté du Seigneur et de bieu regarder son temple.

C'est merveille de la diversité qu'on trouve aux appétits des hommes ; et toutefois, il y a un point auquel tous s'accordent et sont conformes, c'est de s'amuser ici-bas au monde. Chacun aura bien son but et son moyen à part. Mais cette vanité règne partout, de ne chercher son bien et sa félicité sinon eu celte vie cor-

iii|)liltlc; ce qui montre que les hommes sont fort abrutis; car nous sonmios créés en une fin loule conU'aire, c'est qu'en conversant au monde, nous aspirions au royaume céleste de Dieu'; et voilà pourquoi la vie présente est nommée passage ou chemin. Par quoi, quiconque ne se veut priver h son escient de l'héritage élernel de Dieu, il faut qu'il commence par ce bout, de retrancher tous fols désirs et volages, qui scroienl pour l'occuper et tenir en ce monde ; en sorte que son principal désir soit d'aller à Dieu, et que rien ne l'empêche que pour le moins 11 n'y tende. Je dis pour le moins, d'autant qu'il seroit bien requis que toutes aiïections terriennes, qui ne font que nous distraire de Dieu, fussent pleinement arrachées de nos cœurs, afin que nous pussions courir vile en ce voyage que nous avons à faire. Mais pource (ju'il s'en faut beaucoup qu'il y ait une telle pureté en nous, il reste en second lieu de surmonter tous les empêchements qui nous retardent, et de poursuivre notre train, quoi qu'd en soit; tellement qu'au milieu de nos infirmités nous préférions néanmoins la vie céleste à tout ce qui est du monde, il reste maintenant de voir par quels moyens nous y pouvons parvenir. Or, ce n'est point à nous d'en forger; mais il nous faut prendre ceux que Dieu a ordonnés, desquels les principaux sont ici nommés par David, à savoir, Tordre et police que Dieu a établis en son Église, que nous soyons enseignés par sa parole; que uous l'adorions tous d'un commun accord, et l'invoquions; que nous ayons l'usage des sacrements pour nous aider à cela. Car voilà comme il nous faut exercer pour être de mieux en mieux confermés en la foi, en la crainte de Dieu et sainteté, au mépris de ce monde, et en l'amour de la vie céleste. Et c'est aussi à ce propos que David proteste qu'il a surtout désiré d'habiter au temple de Dieu, Car sous ce mot de temple, il comprend la liberté de pouvoir adorer Dieu purement avec les fidèles, faire confession de sa foi, prier, et partici|)er aux sacrements. Car pour ce temps-là Dieu avoit choisi un lieu certain, auquel ilvouloit qu'on lui sacrifiât, qu'on lui fithommage, protestant qu'on le tenoit pour seul Dieu, (|u'on fût mstruit en sa loi, et qu'on eût les témoignages de sa présence. Et de fait, il exprime assez quel regard il a, en désirant d'habiter au temple, quand il ajoute que c'est pour voir la

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beauté de Dieu. En quoi il montre que le temple de soi n'étoit rien, mais qu'il s'arrêtoit à l'usage auquel il étoit dédié. Si nous pensions qu'il se fût amusé à un bâtiment matériel, nous lui ferions grand tort et injure; car cela lui seroit imputé h superstition, non pas attribué à vertu. Nous devons donc être résolus qu'il déclare en quelle recommandation il a l'ordre extérieur par lequel les fidèles sont conduits en l'Église. En somme, il signifie que c'est un bien et privilège inestimable d'être en l'Église de Dieu, pour être participants des moyens que ce bon Père a donnés à ses enfants pour approcher de lui. Notons bien quel est celui qui parle. Ce n'est pas un pauvre idiot , rude et grossier, mais un prophète aussi excellent et illuminé du Saint-Esprit, que jamais il y en a eu. Il ne parle point de ce qui est utile et bon au commun populaire ; mais il proteste, quant à soi, que rien ne lui est plus désirable que de se pouvoir trouver en l'assemblée du peuplede Dieu, afin que, déclarant sa foi, il soit toujours plus édifié en icelle par la doctrine de salulqui s'y prêche, et par les sacrements. Ce n'est pas seulement ici qu'il fait une telle protestation, mais en beaucoup d'autres passages, comme au psaume précédent, quand il dit : « Seigneur, j'ai aimé la demeure de la maison , et le lieu où ta gloire a son domicile. » Item , au psaume 42 : « Comme un cerf souhaite de se rafraîchir en l'eau, ainsi mon âme désire après toi, Seigneur : mon âme brûle de soif en cherchant Dieu. Quand sera-ce que je viendrai pour comparoître devant la face de Dieu vivant? » C'étoit bien assez d'avoir dit cela; mais son désir le transporte plus haut, car il ajoute « qu'il s'est repu de larmes pendant qu'il étoit privé de pouvoir venir au temple. » Il ajoute encore plus, « que son cœur s'est écoulé quand il s'est souvenu du temps qu'il alloit au temple, louant Dieu en la troupe des fidèles. » Après avoir bien gémi, fait ses plaintes et jeté ses regrets , il ne trouve meilleure consolation qu'en l'espérance qu'il conçoit que Dieu lui rendra ce bien qu'il avoit perdu. « Mon âme, dit-il, pourquoi te troubles-tu et te tempêtes devant moi? Encore verrai-je derechef la face du Seigneur. » Comme aussi au psaume i3, il réitère le même propos ; surtout au psaume 84, il déclare combien il est afTectionné à cela. Car après s'être écrié : « 0 Dieu des armées! combien ton

tabernacle est-il ù aimer ! » il dit que « son cœur et son corps sont tressaillis de Tardent désir (ju'il avoil d'entrer au parvis du Seigneur. » Il met la raison que ceux qui habitent en la maison de Dieu sont bien heureux, pource qu'ils le louent ; c'est-à-dire que, d'un commun accord, ils reconnoissent ses grâces et se glorifient en lui, faisant confession de leur foi. Puisque David, lequel étoit tant avancé en toute sainteté, et même étoit comme un ange du ciel habitant au monde, reconnoît qu'il a si grand besoin d'être aidé et incité par les moyens que Dieu a donnés à son peuple, je vous prie, que sera-ce de nous, qui sommes si rudes et si terrestres, et desquels la foi est si petite, la dévotion si maigre et si froide ? Il faut bien conclure, encore que David, pour la perfection qui étoit en lui, se fût bien passé de telles aides inférieures, qu'elles nous sont plus que nécessaires, attendu l'infirmité qui est en nous. Mais quoi? ceux qui sont les plus parfaits connoissent beaucoup mieux ce qui leur défaut, que ceux qui n'ont du tout rien. David est-il bien doué de vertus angéliques? cela lui fait mieux sentir combien il lui est propre d'être plus cnflanibé par la prédication de la loi, par les sacrements, et autres exercices semblables. Au contraire, ces glorieux vilains, qui ne tiennent compte aujourd'hui de toutes ces choses, montrent bien j)ar cela qu'ils n'ont point une seule goutte de chrétienté. Je parle de nos philosophes de cabinet, qui sont sous la papauté. C'est bien à propos, disent-ils, qu'on ne soit point chrétien, si on ne trotte à Genève ])our avoir les oreilles confites de sermons, et user des cérémonies qu'on observe là! Ne peut-on pas bien lire et prier Dieu à part soi? Faut-il entrer en un temple pour être enseigné, puisque chacun a l'Écriture en sa maison? Je réponds à cela que nous n'imposons loi à personne de bouger du lieu où il est. Même, quand un homme vivra purement et servira Dieu comme il doit au milieu de la tyrannie du pape, je le prise cent fois plus, tant pour tant, que nous, qui sommes en liberté et repos. Mais il est ici question de deux choses : à savoir, si ceux qui, en sentant leur infirmité, viennent chercher en une église chrétienne telle confirmation que faisoit David de son temps au temj)le de Jérusalem, ne foiU pas bien. Item, si tous en général, même ceux qui sont retenus par force, ne doi-

vent pas bien soupirer, se voyant destitués des moyens ordinaires qui étoient pour les conduire à Dieu? Les bètes, qui n'ont ni sens nir aison, brairont l)ien après la pâture ; et ceux qui se disent enfants de Dieu ne se soucieront de ce qui est pour nourrir et entretenir leur foi ? Et encore ne se contentent-ils pas de fouler orgueilleusement aux pieds des grâces de Dieu si précieuses, mais ils se moquent de ceux qui courent en pays étrange, pour les chercher et en jouir. Quant à leur fierté, laquelle leur fait accroire que les sermons, les prières publiques et les sacrements leur sont comme choses superflues, il ne faut autre témoignage pour les excommunier et bannir de TÉglise de Dieu. Qu'ainsi soit, saint Paul ne dit pas que l'ordre que notre Seigneur a mis en son Église soit seulement pour les rudes et les simples ; mais il le fait commun à tous, sans en excepter nul. 11 a ordonné, dit-il, des apôtres, pasteurs et docteurs, pour rétablissement des saints, pour l'édification du corps de Christ, jusques à ce que nous parvenions tous en l'unité de foi, en homme parfait, en la mesure de l'âge entière de Christ. Notons bien qu'il ne dit pas que Dieu a laissé l'Écriture afin que chacun y lise ; mais qu'il a institué une police, qu'il y ait gens pour enseigner ; et sous cela il comprend tout le reste, qui en est comme une dépendance. Par quoi, si chacun lit en privé, cela n'empêche point qu'on écoule en public. El à qui est-ce qu'il s'adresse ? aux grands et aux petits indifféremment. Dit-il que c'est pour un jour? mais au contraire, il commande qu'on suive ce train jusqu'à la mort : car voilà le temps de notre perfection. Ceux donc qui ne daignent pas se tenir en ce rang de profiter en la foi et en toute vertu par l'ordre commun de l'Église, ne sauroient mieux se retrancher de la compagnie des enfants de Dieu. Ils ont beaucaviller, car la sentence de saint Paul est trop manifeste, « que nul n'est du corps de Christ, et n'en doit être tenu, sinon qu'il se soumette à cette règle générale. «Par quoi, mes frères, humilions-nous et ne tentons point Dieu, cuidant pouvoir voler sans ailes. Mais quelqu'un dira : possible que David parloit pour le temps des figiu'es , pource que Dieu gouvernoit alors son peuple à la façon des petits enfants, ainsi que dit saint Paul ; et pour tant , que les regrets qu'il fait du temple ne nous conviennent point aujourd'hui,

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vu que nous sommes à comparer ù ocux qui, étant sortis hors (J'enluiicc, sont devenus grands. A quoi je réponds, en premier lieu, que la nécessité d'être enseignés par les sermons, d'être conferniés par les sacrements, exercés aux prières publiques et confession de foi, nous est commune avec les Pères anciens. Et à cela tendent tant de promesses qui sont principalement au prophète Isaïe, là où Dieu dit que son Église aura des enfants infinis, et ((u'après les avoir conçus et enfantés, elle les nourrira. On ne peut nier que cela n'appartienne au royaume de Jésus-Christ et à notre temps. Or, Dieu notamment renvoie ses enfants au giron de l'Église. Pourquoi cela , sinon à cause de cet ordre qu'il a établi pour recueillir les siens comme par troupeaux ? ce (|ui est très-bien exprimé par une belle similitude dont use le même prophète, disant au chapitre GO « que les chrétiens seront comme pigeons qui se retireront par volées en leur colombier.» Et quel est, je vous prie, ce colombier-là, sinon chacun lieu où Ja parole de Dieu se prêche, où les sacrements s'administrent et où le nom de Dieu est réclamé? De fait, ceux qui cuident être si robustes de n'avoir plus affaire de cette conduite externe, regardent bien mal à leur condition. Car pourquoi Dieu nous a-t-il ordonné les sacrements, sinon poiu-ce qu'étant vêtus de nos corps, nous sommes trop pesants pour appréhender les choses spirituelles sans être aidés par signes visibles? Les anges ont bien la vérité des sacrements, et cela leur suffit. Mais il faut que Dieu descende plus bas à nous, à cause de notre rudesse. Que ces chrétiens Imaginatifs se dépouillent de leurs corps et se fassent anges du ciel , et alors ils se pourront exempter de ces petites aides dont ils tiennent si peu décompte. Mais il faut que tous ceux qui se connoissent hommes passent par là, de s'assujettir à la police ordinaire que Dieu commande à tous les siens. Vrai est que la grâce de Dieu n'est point attachée, et la vertu de son esprit n'est point enclose ni aux sacrements, ni à toutes choses externes, qu'il ne puisse besogner, quand il lui plaira, sans nul moyen : mais ici nous traitons de l'ordre perpétuel qu'il a mis en son Église, et non pas de ce qu'il fait extraordinairement comme miracle. Tant y a que ceux qui sont privés de l'usage des sacrements et de la liberté de pouvoir invoquer son

nom , et ne sentent point leur mal et misère pour en gémir, sont plus stupides que les bêtes brutes. Je dis davantage, que si David en son temps a eu juste occasion de dire : « Seigneur, que ton temple est désirable ! Bienheureux sont ceux qui habitent en ta maison ; mon àme brûle du désir qu'elle a d'entrer au parvis du Seigneur », qu'aujourd'hui nous devons être émus et enflambés à cela plus qu'au double. Car, quels étoient les biens du temple, lesquels David regrettoit tant , jusqu'à être ennuyé de sa vie quand il s'en voyoit privé ? Vrai est qu'en substance c'étoient ceux que nous avons aujourd'hui : mais nous savons que c'étoient ombrages obscurs, là où Dieu ne déployoit pas, à beaucoup près, sa grâce telle que nous l'avons à présent. Car Dieu se déclare si privémenl à nous en l'ordre de l'Église, que les cieux nous sont (par manière de dire) ouverts. Les sacrements ne nous montrent pas Jésus-Christ de loin comme sous la loi , mais le nous mettent devant les yeux. Par quoi il faut bien que nous soyons par trop ingrats, si nous ne préférons ces biens à tout ce que David pouvoil jadis trouver au temple de Sion ; nous ne sommes plus aux parvis , comme David en parle. Il n'y a plus de voile tendu qui nous éloigne du sanctuaire. En somme , c'est bien mal honorer la grandeur infinie des biens que Dieu nous fait , quand pour le moins notre désir n'est point égal à celui de David. Je dis ceci par simple forme de doctrine : car l'exhortation suivra après en son lieu. Il reste de voir de plus près quel a été ce désir, afin de nous y conformer, comme à notre règle. «J'ai demandé , dit-il, une chose au Seigneur. » Parlant d'une chose, il signifie qu'il y a été si fort adonné, qu'il a laissé les autres derrière, comme s'il les eût mises en oubli. Étoit-ce qu'il jouît de tous ses souhaits, tellement qu'il n'y eût que ce point qui lui défaillît? Au contraire , il étoit fugitif de la terre de sa naissance, banni même de la maison de son père et de la compagnie de ses parents et amis. 11 étoit dépouillé de tous ses biens, privé de ses états et honneurs, qui avoient été grands. On lui avoit ravi sa femme. Bref, voilà un homme désolé en tout et partout : néanmoins, il ne regrette qu'une chose, c'est d'avoir accès au temple; comme aussi àl'opposite, quand il remercie Dieu de tous les biens qu'il lui a faits , après avoir parlé du boire et du raan-

ger, du repos et des conimodilés du corps , il met pour conclusion qu'il habitera au temple de Dieu ; en quoi il proteste qu'étant à son aise et en toutes délices, il n'a rien toutefois plus précieux que d'être au troupeau des fidèles pour être conduit au bien souverain. Notons bien donc que David, tant en ses afflictions qu'en sa prospérité, a eu toujours ce même courage de jouir de cette liberté que Dieu avoit donnée aux enfants d'Israël, ce qui n'est pas petite vertu. Nous en verrons d'aucuns, lesquels étant pressés de maux et d'angoisses, se souviendront de Dieu ; mais sitôt qu'ils en sont sortis et qu'ils se trouvent à leur aise, il n'en est plus de nouvelles. Qui pis est, ils regimbent contre lui comme des chevaux trop grassement nourris. Les autres se fâchent tellement et dépitent contre Dieu en leur adversité, qu'ils ne peuvent ouïr parler de lui. David est-il abattu de tant de pauvretés qu'il semble que ce soit la plus misérable créature du monde? tant s'en faut que la tristesse l'accable pour lui faire prendre à fâcherie et dédain qu'on lui parle de Dieu , que c'est le seul propos ofi il se console ; même encore qu'il ne puisse penser à Dieu qu'il ne se lamente d'être banni de son temple et forclos de l'usage des sacrements et des autres exercices de la foi, si est-ce qu'il n'a nul plus grand plaisir qu'à regretter un tel mal. Est-il au-dessus de toutes ses affaires, a-t-il vaincu ses ennemis pour être paisible en sou royaume et redouté de tous? a-t-il moyen de se plonger en toutes voluptés? si est-ce qu'il demeure toujours ferme en ce propos, que sa vraie félicité est d'avoir accès au temple pour participer à l'ordre de l'Eglise. Par quoi nous voyons qu'il ne proteste pas en vain d'avoir demandé une chose , car elle lui étoit si chère, qu'il eût toujours quitté le reste en échange. Regardons maintenant qui est celui d'entre nous qui ait telle discrétion que David. Ceux qui se contentent du bien qu'ils ont entre mains, priseront-ils la liberté de pouvoir invoquer purement le nom de Dieu, d'ouïr prêcher sa parole et user des sacrements, plus que leur repos domestique? Il y en a bien peu qui le fassent. Plutôt, la graisse les endort tellement, qu'il ne leur chaut que de faire bonne chère. Bref, le monde est tel qu'il prisera plus un ange bien farci de viande que le temple de Dieu. Si ou parle des troubles qui peuvent advenir, chacun

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craindra bien d'èlre fourragé par les guerres , de soulTrir dommages, molestes et ennuis. Mais de perdre la prédication de la doctrine de salut, le pur usage des sacrements, et telles aides qui sont pour nous approcher de Dieu , il n'en est point de mention, et aussi on n'aperçoit point que ceux qui en sont privés s'en soucient guère. Si leur revenu ne les mène point au bout de l'an pour tenir tel train que leur ambition les pousse à souhaiter, si leur gain et leurs trafics diminuent, si leur crédit se perd, ils se tourmentent jusqu'au bout. Cependant la pâture ordinaire des enfonts de Dieu (de laquelle ils dévoient être affamés) ne leur est rien. Si est-ce que Dieu montre bien, par la menace qu'il fait, qu'il ne nous sauroit advenir plus grand mal. « J'enverrai , dit-il, famine , non pas de pain ni d'eau (comme s'il disoit : cela est peu de chose), mais d'ouïr ma parole. » Par quoi , mes frères, gardons bien de nous laisser abrutir par Satan et par le monde, que nous n'ayons toujours ce bien recommandé pardessus tous autres, c'est-à-dire d'être entretenus au troupeau de Dieu sous l'ordre extérieur et la conduite qu'il a mise entre les siens. Et cela nous est encore mieux exprimé par ce que David a ajouté, c'est qu'il requerra la chose qu'il a demandée. En quoi il signilie qu'il n'a point eu une dévotion soudaine , laquelle se soit refroidie tantôt, mais qu'il a été constant, et sera h la poursuite de ce bien. Nous en voyons bien aucuns qui seront si bien affectionnés pour peu de temps, qu'il semblera qu'ils doivent tout abandonner le lendemain. Mais c'est une chose bien rare que cotte constance dont parle David. Blême la plupart, au lieu d'attiser le feu pour allumer le bon zèle que Dieu a mis en eux , l'éteigncnt à leur escient. Nous avons un pareil témoignage quant à David, au psaume que j'ai déjà allégué. Car pource qu'on lui pouvoit mettre au-devant qu'étant chassé du pays de Judée, il se pouvoit retirer çà et là, il s'écrie : « Tes autels. Seigneur des armées, mon Dieu et mon Iloi! » comme s'il disoit qu'il ne peut trouver lieu délectable, encore qu'il possédât tous les palais du monde, quand il n'a point entrée au temple de Dieu. Il se plaint que les passereaux et aromlelles trouvent bien à faire leurs nids, et qu'il est de pire condition. Pourquoi cela? est-ce (pi'il n'ait ai chambre ni cuisine? Il n'allègue point cela; mais d'autant

qu'il ne trouve nulle bonne demeure ni propre , puisqu'il est reculé des autels de Dieu. Il est bien certain que si cette doctrine nous éloit entrée au cœur, nous ne serions pas ainsi les uns empêchés, les autres débauchés du tout de nous exercer aux moyens que Dieu nous a mis en main pour nous avancer au chemin de la vie éternelle. Mais quoi? l'ambition retient les uns aux dignités et grands états, et invite les autres à les pourchasser : Favarice embrase et transporte les autres ; beaucoup n'ont rien au cœur que leurs voluptés et vaines dissolutions. Tant y a que tous languissent en leurs cupidités : cependant nul ne s'écrie : « Tes autels , Seigneur, où sont tes autels , mon Dieu , mon Roi ? » Et de fait, les vanités du monde régnent par trop en eux , pour souffrir que Dieu y soit obéi. Ce mot aussi est d'importance, quand David dit qu'il a demandé à Dieu la chose dont il parle : car il sera facile de faire si beau semblant devant les hommes, qu'on cuidera que ce soit tout feu de nous. Mais voici comme un homme pourra dire que c'est à bon escient qu'il désire d'être au troupeau , si en n'ayant que Dieu pour son témoin , il a néanmoins cette affection. Car quand nous venons devant un tel juge , il faut que toute hypocrisie cesse, et qu'il n'y ait que vérité et rondeur. Voulons-nous donc ensuivre l'exemple de David? que chacun se retire en sa conscience, et, en adressant son propos à Dieu, qu'il dise : « Seigneur, tu sais comme je prise d'être en ton Église par-dessus tous les biens du monde. » Au reste, nous sommes ici avertis aussi bien de ne point ronger notre frein à gémir et nous lamenter; mais que nous devons jeter nos soupirs droit à celui qui peut remédier à notre mal. De fait, nous devons bien savoir que l'horrible dissipation qui est aujourd'hui au monde, en ce que tout le service de Dieu est corrompu, que la parole de Dieu est falsifiée, les sacrements abâtardis , est une juste vengeance siu' nos péchés. A qui est-ce donc que nous recourrons pour jouir de la pure doctrine , des sacrements et de la liberté d'invoquer le nom de Dieu et faire confession de notre foi, sinon à celui qui nous châtie, en nous privant de ces biens-là? Et ne faut-il point que la rigueur des châtiments de Dieu nous détourne de venir à lui ; et tant moins devons-nous regimber contre l'él)eron en nous dépitant pour ne point chercher la médecine en

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la main de celui qui a fait la plaie. David, oertes , enlendoit très-bien qu'il n'étoit point banni du pays de Judée sans la providence de Dieu. ïoulefois , il ne laisse pas de venir à lui et de lui faire ses complaintes. Non pas que ce ne lui soit une griève tentation et dure, de se voir déchassé de Dieu en apparence ; mais la foi qu'il a en la promesse qui lui est faite l'élève par-dessus, pour supplier à Dieu qu'il lui rende à toujours ce qu'il lui a ôté pour un temps. J'ai déjà (comme il me semble ) assez appliqué celte doctrine à nous, et à la condilion du temps présent, n'étoit qu'il y a des esprits tant rudes, qu'on ne leur sauroit rien faire avaler, sinon qu'on leur niàclie et remâche les propos qu'on leur tient. Combien (pour dire au vrai ce qui en est) que la rudesse ne les empêche point, ni l'obscurité de la doctrine. Mais ils s'entortillent d'eux-mêmes, cherchant tous subterfuges qu'il leur est possible d'imaginer, pour obscurcir ce qui est de soi tant et plus évident. Tant y a que telle résistance nous contraint de mieux éplucher comment la doctrine que nous avons ci-dessus exposée appartient à notre temps. Je confesse qu'il n'y a plus de temple matériel où il faille aller en pèlerinage pour sacrifier à Dieu , mais qu'aujourd'hui nous sommes ses temples spirituels, et que nous devons en tout lieu lever les mains pures au ciel. Mais l'ordre d'invoquer son nom en la compagnie des fidèles dure à jamais ; car cela n'est pas des figures de l'ancien Testament, mais c'est la règle que notre Seigneur Jésus nous a donnée jusques en la fin du monde. Par quoi, combien que nous différions avec David quant à ce temple de Sion et aux sacrifices , nous sommes semblables en ce que nous avons à prier Dieu en commun , et à nous assembler pour faire confession de notre foi. 11 est bien vrai que nous ne sommes plus comme petits enfants tenus sous la tutelle de la loi de Moïse ; mais tant y a que nous sommes hommes, et serons jusques à ce que Dieu nous retire du monde. Ainsi , combien que les ombres et figures qui ont été du temps de. David ne nous appartiennent plus , si est-ce que nous avons métier d'être poussés et amenés par la prédication de l'Évangile et par les sacrements. Si quelqu'un débat au contraire, il ne faut que l'expérience pour le vaincre ; car les plus habiles montrent bien la nécessité iju'ils ont que Dieu aide à leur foi-

blesse. Nous ne sommes poinl là-dessus, à savoir si Dieu veut conduire les siens sans aucun moyen inférieur , mais comment c'est qu'il les veut conduire. Or, il est certain que, voyant notre imbécillité , il nous a donné comme des potences ou bâtons pour nous soutenir. Quelle folie est-ce, je vous prie, quand nous sentons que les jambes nous faillent , de ne tenir compte des potences, comme si elles ne nous servoient de rien! Connoissons donc, (juelque diversité qu'il y ait entre nous et les Juifs, que la doctrine (jue met ici David est commune à tous; seulement nous avons à changer le mot de temple , en ce que nous ne sommes plus liés en un certain lieu. Cependant le regard qu'avoit David ne nous attouche pas moins qu'à lui. Il est vrai que gens hautains et présomptueux ne font pas grand cas qu'on s'assemble pourouïr le sermon, pour faire prières publiques, et pour administrer les sacrements; mais c'est faute d'examiner leiu's consciences. De notre côté , quand il n'y auroit sinon l'ordonnance de Dieu, contentons-nous de ce qu'il lui plait entretenir notre foi en telle petitesse; mais encore, comme nous avons dit, nous sentons le profit qui nous en revient. Quoi qu'il en soit , puisque saint Paul déclare que c'est le chemin de venir à perfection que de se tenir à l'ordre de l'Église, tel que Jésus-Christ l'a institué quand il a donné des pasteurs , maudite soit l'outrecuidance de ceux qui veulent voltiger en l'air , et prétendent de monter au ciel par leurs spéculations, en méprisant les sermons et l'usage des sacrements , comme si c'éloient choses externes et non pas fort requises. Notez bien , mes frères , de quelles gens je parle ; je confesse que Dieu garde les siens sous la captivité de l'antechrist , combien qu'ils soient destitués des aides que nous avons ici en liberté. La parole de Dieu ne leur est point prèchée , ils n'ont nul lieu où il leur soit permis de faire confession de leur foi; les sacrements leur sont ôtés; mais pource (ju'en se séparant des abominations de l'anlechrist , ils soupirent et regrettent de n'avoir point ce qui leur seroit tant et plus utile, Dieu besogne en eux par son Esprit , et supplée ce qui y défaut. Mais il y en a la plupart , les(|uels étant en telle désolation, s'y plaisent néanmoins , et, étant aifamés , n'ont nul appétit : ce sont ceux qui contrefont les philosophes , se contentant d'avoir leur trois pages

et demie, pour dire qu'ils en savent tout ce qu'il faut en savoir. Telles gens (comme il leur semble) n'ont point besoin d'être prêches : de la Cène , c'est tout un , quand jamais ils n'en approcheront. Quant à tout ordre extérieur de l'Église , ils le renvoient aux petits enfants, comme s'il étoit trop bas pour eux. Je vous prie , ne faut-il pas bien que telles gens soient plus que aveugles? Cependant, encore nous accuseront-ils de ce que nous exhortons ceux auxquels notre Seigneur a déclaré sa vérité, d'user des moyens que Dieu ordonne pour l'accroissement, conservation et persévérance de notre foi. Et pourquoi cela, sinon d'autant qu'ils se fâchent qu'on les réveille pour leur faire sentir leur mal?. le prends le cas qu'ils n'idolâtrent point avec les papistes; si ne peuvent-ils nier que ce ne soit une maudite servitude de ne pouvoir confesser le nom de Dieu et de Jésus-Christ. Le Sainl- Esprit voulant navrer le cœur des fidèles qui étoient captifs en Babylone, leur met cette sentence en la bouche: «Comment chanterions-nous les louanges du Seigneur en terre étrange ? » Je confesse que le royaume de Dieu est aujourd'hui partout , et qu'il n'y a plus de distinction entre Judée et les autres pays ; mais je dis toutefois que le pays où le service de Dieu est aboli et la religion anéantie , mérite bien d'être tenu pour étrange et profane. Il faut donc que ceux qui n'ont nul regret de n'oser faire protestation de leur foi et célébrer le nom de Dieu , soient du tout hébétés. Mais que les enfants de Dieu soient avertis, par cette remontrance, de ne se point étourdir d'eux-mêmes. Quant à ceux qui babillent en se moquant de nous , à savoir si o)i ne peut aller en paradis qu'en passant par Genève , je réponds que plût à Dieu qu'ils eussent le courage de s'assembler au nom de Jésus-Christ quelque part qu'ils soient, et dresser quelque forme d'église, tant en leurs maisons qu'en celles de leurs voisins , pour faire en leur endroit ce que nous faisons ici en nos temples ! Mais quoi ! en ne daignant user des moyens que Dieu leur donne, ils veulent être sauvés! c'est donc autant comme s'ils demandoient s'ils ne peuvent pas arriver à port en tirant tout au rebours, et s'ils ne peuvent pas, en tentant Dieu, jouir de sa grâce. Or, qu'ils se fassent grands et robustes tant qu'ils voudront pour se rompre le cou , mais que tous fidèles se gardent

liien de s'élever avec eux ; et quiconque n'a pas le ntjoyen d'être on l'Eglise clirélienne, là où Dieu soit purement adoré, pour le moins qu'il gémisse nuit et jour : « Tes autels, Seigneur , il n'y a que tes autels fjue je désire, mon Dieu, mon Roi! » Et que ce feu demeure toujours allumé en tous bons cœurs, afin que, pour chose qui vienne, ils ne se fâchent d'être ainsi transis , et que la longueur du temps ne les refroidisse point, qu'ils ne pourchassent toujours d'être amenés au troupeau. Davantage, que chacun pense bien à soi pour se retirer hâtivement à l'enseigne sitôt que notre Seigneur lui en donnera les moyens ; car voilà comment on doit montrer qu'on n'a point en feintise cette re- (juêle d'habiter en la maison de Dieu. 11 reste maintenant pour la fin , de bien noter ce que David ajoute , c'est « qu'il verra la beauté du Seigneur et considérera son temple. » Car ce n'est pas tout de s'exercer avec les fldèles en tout l'ordre extérieur de l'Église, si nous ne tendons à cette fin de connoître Dieu de mieux en mieux. Il y a deux choses ici requises: l'une est que nous soyons diligents à fréquenter les sermons et les prières publiques; la seconde, que nous sachions pourquoi; car beaucoup y viennent avec une sotte dévotion , cuidant s'être bien acquittés d'avoir fait leurs montres au temple. Prenons donc garde à nous , mes frères , car il y a danger que la plupart ne se trouvent condamnés en l'un ou en l'autre. Combien yen a-t-il qui fuient les sermons, et seroient bien aises de n'en ouïr jamais parler ? mais je laisse là ceux qui se montrent pleinement contempteurs de Dieu. Seulement , je parle du mépris ou nonchaloir qui est en beaucoup, lesquels ne s'aviseroient jamais de venir au sermon , s'il n'étoit dimanche ; et encore n'est-ce que par acquit, comme s'ils faisoient quelque corvée à Dieu. La cloche sonnera bien tous les jours , mais ce leur est assez de comparoître au bout de la huitaine. Le dimanche on les appelle quatre fois , mais c'est bien venu s'ils s'y trouvent une seule fois, car il yen a assez (|ui se dispensent pour seulement venir à quinzaine. Bref, la plus grande multitude pratique le proverbe ancien, d'être près du moulier et loin de Dieu. De ceux même qui ont abandonné leur pays pour venir ici servir à Dieu, il y eu a qui s'y porteut assez lâchement. Qu'eslril donc de

faire? puisque Dieu se montre à nous , contemplons sa beauté ; mais il ne faut pas laisser derrière la façon de la bien contempler ; c'est que nous soyons ravis en Tamour d'icelle , et transformés en sa semblance ( comme dit saint Paul). Et pour ce faire, il nous convient être attentifs, plus que nous ne sommes ni que nous n'avons accoutumé d'être , à considérer ce que Dieu nous propose en son temple. Car qui est cause que nous rapportons si peu de fruit des sermons et des sacrements , sinon que nous n'appliquons guère notre étude à ce qui s'y dit et s'y fait? Ainsi, nous avons les oreilles battues, et les cœurs nullement touchés. Encore y en a-t-il beaucoup qui n'entendent de tout un sermon que quelques mots en passant, voire à demi. Par quoi ce n'est pas sans cause que David parle de visiter attentivement le temple du Seigneur ; et de fait, les grands trésors delà sagesse, qui nous y sont proposés de Dieu méritent bien qu'on s'arrête soigneusement à les regarder. Or, comme j'ai déjà touché. Dieu ne veut point qu'on les regarde pour s'en retourner vide. Sachons donc que la doctrine a profité en nous , quand nous sommes dûment réformés pour servir à Dieu ; et c'est ce qu'entend David au psaume 84, que nous avons allégué par ci-devant : « Que ceux qui habitent en la maison de Dieu le loueront. » A quel propos donc nous assemblons-nous? Pourquoi est-ce que l'Évangile nous est prêché ? Pourquoi avons-nous le baptême et la Cène, sinon afin que Dieu soit magnifié en nous? Or, cette louange ne gît pas seulement au bout de la langue , mais elle s'étend par toute la vie. Pourtant il est dit en l'autre passage : « Je laverai mes mains en intégrité , Seigneur ; puis j'entrerai à ton autel. » Nous voyons maintenant quel est le vrai usage de tout l'ordre de l'Église ; c'est que nous servions purement à Dieu. Du temps de la loi, ceux qui venoient adorer au temple, et les sacrificateurs y entrant pour faire leur office, se lavoient. Cette cérémonie est passée , mais nous en devons retenir la vérité. C'est, d'autant que nous avons les moyens pour nous induire au service de Dieu , nous devons cheminer en plus grande intégrité que les autres ; car selon que Dieu nous donne les aides , tant moins y a-t-il d'excuses pour nous, si nous ne les faisons valoir. Si nous choppons, ce n'est point par

faute que nous ne voyions les chemins devant nos pieds. S'il nous advient de nous écarter, ce n'est point par faute que Dieu ne nous éclaire tant et plus. Si nous oublions à faire noire devoir, ce n'est point par faute d'être sollicités ; bref, Dieu n'omet nul moyen pour avancer notre salut. Craignons donc ce reproche qu'il fait par son prophète Isaïe au chapitre 65 : « J'ai tout le jour épandu mes bras à ce peuple rebelle. » Si ceux qui sont errants par les déserts de la papauté ne seront point épargnés quand ils n'auront cheminé droit , je vous prie , que sera-ce de nous qui sommes nourris comme en la maison , sous les yeux de notre Père céleste? Les uns ont abandonné le pays de leur naissance pour se ranger ici en une église chrétienne; les autres ont eu plus de privilège, que Dieu les est venu visiter en leur nid : maintenant , si ceux qui sont natifs du lieu ne reconnoissent un tel bien pour se dédier du tout à Dieu, lequel s'est ainsi approché d'eux, une telle ingratitude demeurera-t-elle impunie ? Plutôt qu'ils disent : Seigneur , tu as bâti ton temple et dressé ton autel au milieu de nous : fais-nous donc la grâce de nous purifier, afin que nous ne souillions point par nos ordures la sainteté de tes dons , et que nous ne tournions point en opprobre la gloire de tes bénéfices. Quant à ceux qui sont venus de loin , qu'ils avisent à se gouverner saintement comme en la maison de Dieu. Ils pou\ oient bien vivre ailleurs en débauche , et ne falloit point qu'ils bougeassent de la papauté pour mener un train dissolu. Et de fait , il y en a aucuns auxquels il vaudroit mieux s'être rompu le cou , que d'avoir jamais mis le pied en cette Église pour s'y porter si mal. Les uns s'adjoignent aux gaudisseurs pour les endurcir en leur malice ; les autres seront gourmands et ivrognes , les autres mutins et noiseux. Il y a des ménages où les maris et femmes sont comme chiens et chats ; il y en a qui haussent leurs états et contrefont les seigneurs sans propos, sont adonnés à pompes et superfluités mondaines ; les autres deviennent si délicats qu'ils ne savent plus que c'est de travailler , et n'y a nul contentement pour la nourriture. Il y en a de médisants et détracteurs, qui trouveroient à redire aux anges de paradis ; et d'autant qu'ils crèvent de vices, ils mettent toute leur sainteté à contrôler leur prochain.

2fi4 OEUVRES FP.ANÇOISES

Cependant il leur semble à tous que Dieu est bien tenu à eux de ce qu'ils ont fait le voyage de Genève , comme s'il n'eût pas mieux valu qu'ils fussent demeurés sur leur fumier, que de venir faire tels scandales en FÉglise de Dieu. Or, s'il y a eu du mal par ci-devant , que chacun pense ù se réduire ; et s'il y en a qui soient du tout incorrigibles , que les enfants de Dieu se munissent de cette doctrine , afin de n'être point infectés par leur mauvaise vie. Il nous doit bien faire mal quand nous voyons l'Église de Dieu être ainsi profanée. Mais puisqu'il nous faut être comme le grain paruii la paille , prenons patience jusques à ce que Dieu nous sépare de la 'compagnie des méchants. Il n'y a aussi nul doute que cette Église ne soit counne une touche pour en éprouver beaucoup. Quoi qu'il en soit, eflbrçons-nous, puisque Dieu nous a recueillis en sa famille , de nous adonner ù toute pureté, en renonçant à toute pollution du monde, afin que le Seigneur Jésus , au grand jour , nous avoue et tienne au nombre de ceux qui auront réclamé son nom sans feintise.

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