‹ Œuvres françoises de J. CalvinChapitre 18 sur 24 · EXPOSITION SUR LE PSAUME · texte numérisé non relu

EXPOSITION SUR LE PSAUME

l'argument.

Nous voyons comme les enfants du monde , quand leur cas va bien, se plaisent en leur position, et comme ils s'élèvent bravement en méprisant l'Église de Dieu; et combien même qu'ils soient quelquefois domptés par aflliction, si ne peuvent-ils ou-

blier cette outrecuidance tant folle, de se plaire aux biens caducs de la terre. Cependant il ne leur chaut guère de la religion ni du service de Dieu, pource qu'en se contentant de leurs délices, richesses , commodités , pompes et honneurs , il leur semble qu'ils sont heureux sans que Dieu leur aide. Or, il advient souventes fois que Dieu traite telles gens selon leurs souhaits, comme s'il les vouloit engraisser, jusques à ce que le temps opportun de les punir soit venu; et qu'à l'opposite, il bat son Église de beaucoup d'adversités et la traite fort rudement; ou bien la laisse languir en pauvre condition et misérable, tellement qu'elle pourroit s'estimer malheureuse. Pour le moins, elle est sujette à la moquerie et opprobre des mondains. Afin donc que les fidèles ne soient trompés d'une telle apparence, il leur est besoin d'être ramenés à un autre regard plus haut, afin qu'ils se puissent tenir résolus de ce qui est dit au psaume 55, v. 12, à savoir : « Qu'un peuple est bien heureux, moyennant qu'il ait le Seigneur pour son Dieu. » Et c'est le sommaire du psaume présent, de montrer qu'il n'y. a que la seule Église de Dieu qui surmonte en dignité et excellence tous les royaumes et gouvernements de la terre, pource qu'elle a Dieu pour son tuteur et gardien de son salut, et qu'elle est sous sa main et conduite, voire afin (|u'entre les horribles tempêtes, troubles et changements dont le monde est continuellement ébranlé, elle demeure et persiste ; et principalement, qu'étant ainsi miraculeusement sauvée par la grâce de Dieu, elle poursuive à batailler vaillamment jusques à ce qu'elle soit parvenue à la couronne de gloire qui lui est apprêtée là-haut. C'est certes un singulier bénéfice de Dieu, et un miracle digne de mémoire, qu'entre tant de révolutions qui se font aux principautés du monde , il entretient son Église d'âge en âge, et ne permet point que jamais elle soit abolie. Mais, pource que souventes fois, cependant que les incrédules regorgent en biens, florissent en crédit et autorité, on voit la pauvre Église être agitée de maux et dangers infinis ; qui |)lus est, on la voit comme accablée, tout ainsi qu'un bateau qui seroit l)rèt à enfondrer ; la félicité d'icelle consiste principalement en l'état éternel que Dieu lui a établi en son royaume. La circonstance du temps au(iucl ce psaume a été composé, nous ser-

vira beaucoup à le nous faire mieux entendre. Car, combien que le peuple alors fût retourne de Babylone, où il avoil été longtemps captif; combien que l'Église fût recueillie comme en un corps, pour n'être plus en telle dissipation qu'elle avoitété; combien que le temple fût bâti et l'autel dressé pour y faire les sacrifices, et tout le service de Dieu restauré; néanmoins, pource qu'il n'y avoit qu'une poignée de gens qui fût retournée en la terre sainte, au prix de la grande multitude qui en étoit sortie, et que ce qui en restoitse diminuoit journellement par les violences et outrages des ennemis, tellement que l'état de ce peuple étoit fort contemptible, et aussi que le temple n'avoitpasune telle majesté comme auparavant ; tout (;ela faisoit que les fidèles ne pouvoient guère bien espérer pour le temps à venir, et, au mieux aller, il sembloit qu'il fût impossible que jamais ils fussent restitués en l'état duquel ils étoient déchus. Par quoi il y avoit danger qu'en réduisant en mémoire leur déconfiture et défaite, et pensant aussi à tant de maux dont ils ne cessoient d'être opprimés, ils ne fussent ébranlés, et qu'en la fin ils ne tombassent en désespoir pour défaillir du tout. La fin donc du ]tsaume est de les consoler, afin qu'ils ne se découragent en leurs misères ; et, pour ce faire, Dieu leur promet que non-seulement ils recouvreront ce qu'ils ont perdu, mais il leur commande d'espérer beaucoup mieux, c'est-à-dire une gloire incomparable ; selon aussi qu'il leur avoit promis par son prophète Aggée, « que la majesté du second temple seroit plus grande que celle du premier. » Il reste maintenant d'appliquer ce psaume à notre usage. Dieu a voulu que cette consolation fût de telle vertu et importance envers les fidèles de ce temps-là, que non-seulement elle les pût redresser afin qu'ils ne fussent oppressés de tant de maux, mais qu'elle les retirât du sépulcre, par manière de dire, pour les élever jusqu'au ciel. Maintenant, ])uisque nous savons que les choses qui étoient prédites de ce temps-là ont été accomplies , nous sommes plus qu'ingrats, si l'expérience qu'ont eue les ancien? pères, étant conjointe aux l)romesses de Dieu, nenoussuffitpas pour confermer notre foi au double. Car, on ne peut exprimer par paroles combien Jésus-Christ à sa venue a orné et magnifié son Église. Car, adoncques la

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vraie religion, laquelle avoit été jusque-là enclose au pays de Judée, a eu son étendue par tout le monde; et Dieu, qui n'avoit été connu auparavant que d'une seule race, a commencé d'être réclamé en toutes langues et par toutes nations. Alors le monde, qui avoit été distrait et comme déchiré en tant de sectes, d'erreurs et superstitions, a été conjoint et uni en une sainte concorde de foi. Alors tous peuples, d'un désir ardent, se sont accointés aux Juifs, lesquels ilsavoienteus en horreur et détestation. Aussi les rois et les peuples se sont rendus de leur hon gré à Jésus-Christ pour lui être sujets. Les loups et les lions ont été convertis en agneaux. Dieu a épandu sur ses fidèles les dons de son esprit, qui surmontoicnt toute gloire terrienne. C'a été une chose tant et plus admirable, que le corps de l'Église ait été assemblé et composé de membres si divers et qui étoient séparés l'un de l'autre en régions lointaines, et conséquemment qu'il ait été augmenté et maintenu. Il a bien fallu aussi que Dieu besognât puissamment à multiplier en si peu de temps la prédication de l'Évangile, et à la faire si bien profiter. Par quoi, encore que la noblesse et dignité de l'Église n'eût jamais été décrite au psaume présent, toutefois, les grâces incomparables que Dieu a déployées à la venue de son Fils nous montrent que l'Église est vi'aiment un royaume céleste, et non pas terrien. Au reste, si falloit-il que de ce temps-là même auquel Dieu a ainsi magnifié et fait reluire l'état de l'Église, les fidèles, pour bien estimer la dignité d'icelle, regardassent plus haut que le sens humain ne peut atteindre. Car, du temps qu'elle florissoit, ainsi que nous avons dit, il n'y avoit nulle pompe d'or ni d'argent, ni de pierres précieuses; mais plutôt ses triomphes étoient au sang dés martyrs ; et, selon qu'elle étoit riche d'esprit, elle étoit dénuée et pauvre des biens de ce monde ; selon qu'elle étoit précieuse et belle en sainteté devant Dieu et les anges, elle étoit contcmptible au monde. Elle avoit beaucoupd'ennemis manifestes qui la persécutoicnt cruellement , ou bien qui machinoient par-dessous terie de la ruiner en dedans. Il y avoit beaucoup de traîtres et de méchants complots, comme le diable ne cesse jamais de la molester parles hypocrites. Bref, la dignité d'icelle étoit encore cachée sous la croix de Christ. D'autre côté, on pouvoit assez

juger que toute l.i dignité qu'elle a est spirituelle, et, ainsi, qu'elle ne se peut voir par les yeux delà chair. l*oiirtant la consolation qui est ici contenue ne laissoit point d'être bien propre et opportune en ce (emps-là, afin que les fidèles fussent avertis de penser à un état plus parfait de PKglise, que celui qui leur étoit apparent. Mais elle nous est aujourd'hui bien plus nécessaire. Il y a jà longtemps que, pour les péchés de nos pères. Dieu a permis que ce noble état et magnifique qu'il avoit dressé en son Église, ait été défiguré, et qu'il y soit survenu, au lieu, une horrible désolalion. Et encore de présent, la pauvre Église est opprimée par nos transgressions, et gémit sous la cruelle tyrannie des adversaires de la vérité, sous les diffames et reproches que lui font ses ennemis, sous les moqueries du diable et des iniques, tellement qu'il n'y a rien que les mondains, qui désirent d'être à leur aise, fuient plus que d'être tenus et réputés du nombre des fidèles ; dont il advient que la plupart se séparent de l'Église, comme si on n'en pouvoit être si on n'est malheureux. Dont il nous est facile de voir combien la doctrine du psaume présent nous est utde, afin que nous la méditions incessamment.

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