PSAUME
1. Aux enfants de Coro, psaume de Cantique. "Ses fondements sont es montagnes saintes. »
Le nom des enfants de Coré pourroit être ici mis, non pas comme ayant composé le cantique , mais pource qu'ils étoient ordonnés musiciens pour le chanter au temple. Combien qu'on pourroit aussi dire que quelqu'un de cette famille-là en auroit été auteur. Quant au texte , là où il est dit que ses fondements sont es montagnes saintes, cela se doit rapporter à Dieu; car cette façon de parler est assez commune aux Hébreux, de mettre le relatif devant le nom de celui duquel il est propos. Le sens donc est tel : que le fondement de Dieu est es montagnes saintes. Plusieurs ont exposé ce mot de l'Église ou du temple ; mais cela ne
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peut convenir. Aucuns l'ont entendu du psaume, connue s'il étoit dit que l'argument ou le sujet du psaume est de traiter des saintes jnontagnes où le lemple étoit bâti ; mais cela n'est non plus convenable. Or, comme j'ai déjà touché, l'intention du prophète est telle : que Dieu a choisi les saintes montagnes pour y fonder la ville royale , Jérusalem et son temple ; car il s'ensuivra puis après au texte, que le Souverain même l'établira. 11 est bien certain que Dieu est le vrai et principal fondateur de toutes les villes du monde ; mais ce titre si excellent n'est attribué à nulle autre ville qu'à Jérusalem, a que ce soit le repos éternel de Dieu , et qu'il y habitera, parce qu'il l'a élue ». Nous avons toujours à noter cette diversité, que les autres villes n'étoient bâties en la vertu et autorité de Dieu, sinon pour la police terrienne, mais que Jérusalem étoit son sanctuaire , et qu'en particulier il l'avoit élue connue le siège de sa majesté. Et voilà aussi comment le prophète Isaïe en parle : « Que diront les messagers du peuple ? c'est que le Seigneur a fondé Sion. » Qui plus est , combien que tout le pays de Judée fût dédié à lui, si dit-il, toutefojs, qu'en rejetant tout le reste, il s'est réservé cette ville de Jérusalem pour y régner; et c'est ce qui s'ensuit au second verset.
2. « Le Seigneur aime les portes de Sion par-dessus tous les tabernacles de Jacob. »
A quoi répond ce qui est dit au psaume septante-huitième, que « Dieu a rejeté Silo, la lignée d'Ephraïm et le tabernacle de Joseph, pour habiter en Sion, laquelle il a aimée. » Notons bien aussi la cause, laquelle spécifie ici le prophète, pourquoi Dieu a préféré un certain lieu à tous les autres, à savoir, non pas pour la dignité du lieu, mais pour une amour gratuite qu'il lui a portée. Pourtant, si on demande d'où vient ce privilège à Jérusalem d'être la sainte cité de Dieu et son palais royal, la réponse est facile et brève, c'est qu'il a ainsi plu à Dieu. Ce plaisir-là est comme la source ou la racine de son amour. La fin où il a prétendu étoit à ce qu'il y eût quelque lieu auquel la religion eût son domicile, pour nourrir luie ferme unité de foi entre les Juifs jus(pi'à la venue du Seigneur Jésus, et qu'en la fin l'Évangile sortit de là
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pour ôlic piiltliôpar tout le monde. Et ainsi le prophète, pour luaiiiiiliei' !a ville de Jérusalem , dit que Dien en est le fondateur, et qu'il y préside pour la gouverner. Mais afin que les hommes ne prennent point occasion de s'enorgueillir d'un tel honneur, il ajoute et remontre que tout ce que Jérusalem a d'excellence doit être attrihué à la pure grâce et adoption de Dieu. Quant à ce qu'il met Sion pour toute la ville, et les portes pour tout le circuit et pourpris des murailles , c'est en prenant une partie pour le tout. Par les montagnes, dont il est parlé en pluriel, on entend communément Sion et Moria , qui étoient deux couppels prochains l'un de l'autre, comme des cornes : or, combien que je ne veux réprouver cette exposition , toutefois il me semble qu'on peut bien étendre ce mol j)lus loin, à savoir à toute la région. Car Jérusalem étoit située entre montagnes.
3. «Choses lionorables sont dites de loi, cité de Dieu. » Selah.
Il y a de mot à mot : « Ce qui est dit en toi sont choses glorieuses. B Or, nous avons à regarder à l'intention du prophète, ou plutôt ce qu'a voulu l'Esprit de Dieu parlant ici. La condition du peuple des Juifs étoit pour lors fort contemptible, tellement qu'on n'en tenoit nul compte. Ils avoient beaucoup de grands ennemis de tous côtés qui les molestoient, et ne se trouvoit guère de gens qui eussent courage magnanime pour repousser les scandales. Tous les jours il advenoit nouveaux changements , outre respérance des hommes; tellement qu'il sembloitbien, puisque les choses alloient ainsi en décadence, que tout dût être finalement ruiné. Ainsi , à grand' peine pouvoit-on espérer que la ville de Jérusalem se restaurât jamais. Or, afin que les cœurs des fidèles ne soient accablés de tristesse et désespoir , ils sont ici appuyés par le prophète sur ce que Dieu a prononcé de l'état à venir de son Église ; car il n'y a nul doute que le Saint-Esprit ne retire ici les fidèles du regard des choses présentes, pour les amener aux promesses, lesquelles les assuroient d'une gloire incroyable que Dieu devoit donner en bref ù son Eglise. Ainsi, combien que tout ce qui apparoissoit adonc ne fût pas pour réjouir les enfants, toutefois le prophète leur commande d'élever leurs sens en haut,
en vertu de la parole qui leur est donnée, afin d'attendre patiemment jusques à ce que les choses qui leur ont été promises s'exécutent. Par ce moyen, ils étoient avertis et exhortés de lire attentivement et méditer jour et nuit les prophéties anciennes touchant la restauration de l'Église , et surtout celles qui sont contenues au livre d'isaïe, depuis le quarantième chapitre jusques à la fin ; puis aussi de prêter l'oreille et ajouter foi aux prophètes, qui étoient envoyés de ce temps-là pour les consoler et annoncer le royaume de Jésus-Christ qui étoit prochain ; dont il s'ensuit que nous ne pouvons bien ni droitement juger de la félicité de l'Église, sinon en l'eslimant par la parole de Dieu.
4. «Je ferai mémoire de Bahab et Babylone entre ceux qui me connoisseiit. Voici Palestine et Tyr avec Ethiopie. Cettui-ci est là né.»
Le nom de Rahab est mis aussi bien en d'autres passages de l'Écriture pour Egypte, et ici il vient très-bien à propos, car l'intention du prophète est de montrer l'état excellent et magnifique de l'Église, lequel étoit pour lors caché. Il dit donc que ceux qui auparavant lui avoient été ennemis mortels , ou étoient du tout étranges d'icelle , seront non-seulement de ses amis privés, mais comme entés en un corps, afin d'être tenus pour citoyens de Jérusalem. Je mettrai, dit-il , en compte, ou j'enroulerai Egypte et Babylone entre mes familiers ou domestiques. Puis il ajoute que les Philistins, ceux de Tyr et d'Élhiopie, qui avoient eu jusque-là grand discord avec le peuple de Dieu, lui seront aussi bons amis comme s'ils étoient natifs de Judée. Or, en parlant ainsi , il spécifie une singulière dignité de l'Église de Dieu , c'est que ceux qui la méprisoient ou l'eussent voulu abîmer , se rangeront à icelle, et même réputeront à grand honneur d'être avoués entre son peuple. Car le prophète signifie que tous renonceront de leur bon gré à leurs pays naturels , auxquels auparavant ils mettoient toute leur gloire. C'est donc autant comme s'il disoit que, de quelque quartier que les hommes soient nés , soit de Palestine, ou de Tyr, ou d'Ethiopie, ils seront bien aises d'être nombres avec le peuple de Dieu, et reconnus pour citoyens de Jérusalem. Les rabbins des Juifs fout une glose cornue sur ce
passage ; c'est que des antres nations du monde viendra bien peu d'excellents en esin'it ou vertu, mais qu'en leur race il yen aura grande quantité : comme s'il étoit dit, qu'en chacun pays à grand' peine trouvera-t-on un homme louable, tellement qu'on pourra bien marquer au doigt ceux qui seront tels ; mais qu'en Sion il y en aura une grande abondance. Les docteurs chrétiens, d'un commun accord, rapportent ceci à notre Seigneur Jésus, et pensent que la raison est ici rendue pourquoi les étrangers, voire les ennemis de l'Église, désireront d'être immatriculés en icelle; à savoir, d'autant que le Fils de Dieu y sera né, duquel l'office est de recueillir les hommes qui ont été dissipés, en une sainte unité de foi, et raniasser les membres épars pour en faire un corps entier. Or, cette sentence est bien vraie en soi, mais elle ne convient point au passage. Et il nous faut toujours soigneusement garder que l'Écriture ne soit tirée, sous ombre de subtilité, en un autre sens qu'elle ne doit. Qu'il nous suffise donc d'avoir la pure et simple exposition, que chacun appélera pour un grand bien d'être reçu bourgeois de l'Église. Ce qui est encore plus à plein confermé par ce qui s'ensuit :
5. « Et sera dit de Sion : Cettui-ci et cettui-là sont nés en icelle, et le Souverain sera celui qui l'établira. »
Comme j'ai déjà dit, le prophète continue son propos, voulant signifier que Dieu amassera de toutes les contrées du monde gens pour les incorporer en son Église comme nouveaux bourgeois. Combien qu'il use d'une autre façon de parler, c'est que les étrangers seront réputés entre le saint peuple de Dieu comme s'ils étoient descendus de la lignée d'Abraham. Il avoit dit au ])rochain verset que les Chaldéens et Égyptiens se rendroient domestiques de l'Église ; que les Éthiopiens, Philistins et Tyriens demanderoient d'être enroulés au nombre de ses enfants : maintenant il ajoute pour confirmation de son propos, que la troupe sera grande et infinie pour peupler et remplir la ville de Jérusalem, qui avoit été pour un temps déserte, ou bien n'avoit été habitée que d'une poignée de gens, en comparaison du peuple qui y devoit aborder. Ce qui est ici brièvement promis est dé-
claré plus au long en Isaïe, quand il dit: «Éjouis-toi, femme stérile qui n'enfiinlois point; car la veuve aura plus d'enfonls que celle qui a mari. Élargis le lieu de tes tentes et tends tes cordages», etc. Item : « Tes enfants viendront de tous pays lointains, lève tes yeux à l'environ ; tous ceux-ci seront assemblés à toi. j> Et au chapitre 44, il use quasi d'une même façon de parler que celle que nous lisons ici , ou bien qui en approche fort : « Cettui-ci dira : Je suis au Seigneur, et l'autre s'appellera du nom d'Israël. Cettui-ci écrira de sa main : Je suis au Seigneur, et l'autre se surnommera du nom d'Israël. » Ce n'est pas aussi sans cause que le prophète use du mot de naissance , voulant signifier que les Chaldéens , Égyptiens et autres semblables seront conjoints au troupeau de Dieu. Car combien qu'ils ne fussent point natifs de Sion et enfants naturels , mais seulement que par adoption ils dussent être incorporés au peuple saint, toutefois, pource que l'entrée que nous faisons en l'Église est comme une seconde nativité, cette similitude est bien convenable. Et de fait, Jésus-Christ s'allie et se marie avec les fidèles à cette condition, qu'ils oublieront leur peuple et la maison de leur père. Et voilà pourquoi saint Paul dit que nous commençons d'être enfants de Dieu et de l'Église , quand nous sommes renés de semence incorruptible, et formés en nouvelles créatures. Et de fait, nous ne sommes pas autrement régénérés en la vie céleste, que par le ministère et moyen de l'Église. Cependant, qu'il nous souvienne de la diversité que met là saint Paul entre la ville de Jérusalem terrestre, laquelle, selon qu'elle est serve, ne peut engendrer qu'en servitude, et la céleste, laquelle conçoit et enfante ses enfants en liberté par l'Évangile. En la fin du verset, il y a une promesse de la longue durée de l'Église; car on voit souvent que d'autant que les villes s'élèvent soudain en richesses et en grandeur, elles ne demeurent pas longtemps en leur prospérité. Afin doncques qu'on ne pensât point la félicité de l'Église être ainsi caduque , le prophète déclare qu'elle aura sa fermeté en Dieu, et par ainsi qu'elle sera permanente. Comme s'ildisoit : Ce n'est point merveille si les autres villes sont toujours en branle et sujettes à beaucoup de révolutions, vu qu'elles se tournent et virent avec le monde, et n'ont pas des gardiens éternels. Mais
la condition de cotte nouvelle Jérusalem sera diverse ; car sa perpétuité, étant fondée en Dieu, tiendra bon, encore que le ciel et la terre dussent abîmer.
6. « Le Seigneur enregistrera écrivant les peuples .- Cettui-ci est là né. »
Le prophète entend que le nom de Sion sera si noble et honorable, que chacun désirera d'y être reçu pour bourgeois ; car il parle du principal bien et du plus désirable qui puisse advenir. Le sens donc est tel : Quand Dieu fera les montres des peuples et les enroulera, le plus grand bien et honneur qu'il puisse faire à ses bien-aimés sera de les tenir pour bourgeois de Sion plutôt que de nulle autre ville. Car ce sera une noblesse plus magnifique d'avoir quelque anglet entre le commun peuple de l'Église, que d'être fort prisé ou dominer en un autre lieu. Cependant le prophète nous avertit d'oii c'est qu'un tel bien procède, que ceux qui étoient étrangers soient soudain introduits en l'Église, à savoir, de la grâce de Dieu. Et de fait, ceux qui sont esclaves de Satan et de péché n'acquerront jamais par leur propre industrie un tel titre et droit d'être bourgeois du ciel. C'est donc Dieu seul qui distribue selon son bon plaisir les peuples en leurs ordres, et discerne les uns d'avec les autres , selon que bon lui semble ; attendu qu'il y a une pareille condition en tous selon leur nature. L'enroulement duquel il est ici parlé s'entend de la vocation par laquelle Dieu déclare quels sont ceux qu'il a élus. Car combien qu'il ait écrit ses enfants au livre de vie devant la création du monde , toutefois il les couche solennellement en son registre quand il leur donne la marque de sou adoption, les appelant à sa vérité , et les renouvelant par son esprit.
7. « Et tant les clianlres que les joueurs de flûte. Toutes mes fontaines sont en loi. »
La brièveté de cette sentence est en partie cause de la rendre obscure, et en partie aussi un mot duquel la signification est douteuse. Tous les expositeurs accordent bien en cela, que le mol de fontaine se prend ici par similitude ; mais les uns le rapportent aux affections du cœur, les autres aux pensées. Il y en a
qui le translatent « veines ou mélodies», desquels j'approuverois bien Topinion , si l'usage de la langue hébraïque le pouvoit souffrir ; mais pourcc que cela seroit un peu contraint, je me tiens à ce qui est le plus propre et naturel , c'est que le prophète par ce mot signifie les yeux ou le regard, comme s'il disoit : J'aurai toujours ma vue fichée et arrêtée en toi. Car même la racine de ce mot signifie œil en hébreu. Il reste de voir qu'il veut dire en l'autre partie : « Tant les chantres que les joueurs de flûte. » C'est bien une sentence rompue, mais cela n'empêche pas qu'on n'en puisse aisément recueillir le sens, à savoir, qu'il y aura si ample argument de joie dans l'Église après qu'elle sera restaurée, que les louanges de Dieu y résonneront sans cesse, tant de voix que d'instruments de musique. Il conferme donc ce qu'il avoit dit de cette réparation tant magnifique de Sion et de Jérusalem, en démontrant que pour la grande félicité qui y sera, on aura occasion de s'éjouir, chanter et louer Dieu à jamais. Cependant il montre aussi à quelle fin et intention Dieu enrichit si libéralement son Église de ses dons et grâces, à savoir, à ce que les fidèles montrent par hymnes , louanges et cantiques , qu'ils ne sont point ingrats envers lui. D'autre part , nous avons à noter le zèle, l'amour, sollicitude et affection du prophète envers l'Église ; car il en rend témoignage pour nous exhorter tous à suivre son exemple, selon qu'il est dit en l'autre passage : « Que ma dextre soit mise en oubli, si Jérusalem n'est le chef de ma joie. » Or, alors tous nos sens et affections s'arrêtent en l'Église, quand nous mettons peine à les retirer des vanités de ce monde, lesquelles les distraient et égarent; ce qui se fait quand , en méprisant les honneurs, délices, richesses et pompes terriennes, nous apprenons de nous contenter de la gloire spirituelle du règne de Christ.