REFORMATION
IMPOSER SILENCE A UN CERTAIN BÉLÎTRE NOMMÉ ANTOINE CATHELAN, JADIS CORDELIER d'aLBIGEOIS.
Combien qu'aujourd'hui beaucoup de sottes bêtes se mêlent de brouiller le papier, tellement que tantôt les gens savants auront honte de faire rien imprimer; toutefois, à grand'peine trouvera-t-on qui surmonte un certain bélître, nommé Antoine Cathelan, jadis cordelier en Albigeois, à présent se disant être prêtre séculier; lequel toutefois se cuide faire valoir, dégorgeant à la volée contre nous toutes les injures qu'il peut forger ou qu'on lui souffle en l'oreille, et faisant gagner quelque imprimeur affamé , à en infecter le monde , moyennant quelque écot (ju'il en a pour son butin. Comme encore naguère il a publié une feuille de papier contre moi , tendant à réprouver la doctrine que je porte, et blasphémant si hardiment contre Dieu et toute vérité, qu'il lui semble bien qu'il sera trouvé habile compagnon de ceux qui le peuvent récompenser de quelque lippée. Si on demande, puisqu'il est si badin, comment je m'attache à lui, je confesse qu'en sa sottise encore a-t-il gagné ce point , de m'inciter à répondre à ses bourdes , intitulant l'épître qu'il fait : A messeigneurs les syndics de Genève , à ce qu'ils aient à me contraindre de me purger, comme si tout le monde me devoit tenir convaincu, en cas que je ne sonnasse mot. Vrai est qu'il pourra bien ciaprès gazouiller tant et plus avant qu'il arrache réponse de moi. Car jà Dieu ne plaise que j'emploie si mal mon temps, et que j'occupe beaucoup les lecteurs à tel fatras, qui ne valent pas le parler. Qui plus est, s'il n'étoit commandé d'avoir tous blasphèmes en horreur, je serois bien aise que tous les jours la papauté eût une centaine de pareils avocats ; car elle ne sauroit mieux être dégi-adée. Et, faut bien^iue Dieu ait aveuglé tous ceux qui sont en au-
torité , et désirent maintenir cette tyrannie infernale du pape , avec ses superstitions, quand ils permettent ou souffrent que tels suppôts, sous ombre de couvrir telle ordure, la font sentir à tout le monde pour la détester ; car il n'est pas possible de choisir gens à louage qui mettent en plus grand opprobre tout le clergé du pape, que fait ce bélître, qui ne pense pas que je lui doive répondre, sinon y étant contraint.
Or, en premier lieu, il faut que les lecteurs soient avertis quelle colère l'a ému à se tempêter ainsi, non-seulement contre moi, mais contre l'Église et école de Lausanne. Maître Guillaume Farel y a été fourré parmi, non pour autre raison, sinon que pour diffamer tout ce qui nous attouche. C'est, qu'étant arrivé à Genève en la compagnie d'une putain qu'il trainoit partout, il commença par demander l'aumône , s'offrant toutefois à enseigner les enfants en arithmétique et chiffres. En attendant qu'on se fût enquis de lui, je crois bien qu'on lui donna (juelques repas. Mais afin iju'on ne fût trop empêché à prendre longues informations, lui-même avec son bon parti s'avancèrent sans être sollicités d'ailleurs. Les gestes et propos delà damoiselle montroient bien qu'elle avoit trop hanté le monde ; car il n'y avoit celui tant assuré auquel elle ne fit honte par son impudence. Puis, ils ne se purent tenir de diablier en l'hôtellerie, et se prendre au ]>oil pour essayer qui seroit le plus fort. Nous, en moins de deux jours, ayant déjà telle épreuve, ne pensons pas qu'il faille plus différer à les examiner de plus près, afin que nos seigneurs en fussent avertis, pour en purger leur ville. Je ne ferai long discours de ce qu'on y trouva; seulement, je dirai ce mot, que parleurs propres bouches, ils furent convaincus d'être un ruffien et une putain. Car, du commencement ils faisoientbien semblant d'être mariés; mais quand on les interrogea à part de la paroisse, l'un nous mena à Saint-IIonoré, et l'autre àSaint-Séverin. En la fin, il fallut qu'ils vinssent à jubé. Se voyant dénichés d'ici tant vite, passèrent plus loin, et lui lire droit à Berne; auquel lieu, faute d'être connu, il impétra pension d'écolier, pour être nourri en l'école de Lausanne. Étant là venu, pource qu'on découvrit tantôt quelle sorte de bête c'étoit, il ne fut pas trop bien reçu à son gré. Même, M. deBèze étant pour lors recteur, voyant un vieil homme
sans nul savoir, espérer follement d'être employé eu quelque état, i)()ur lui couper broche , lui ordonna d'apporter queicpie thème à la façon des enfants. Ce docteur subtil, ne voulant présenter son écrit sans bonne signature, mit: Per me, Anthonius Cathelan.
Je ne dis rien qui ne se vérifie par sa main, le recteur, étant fâché de telle àncrie, lui remontra qu'il devoit être envoyé aux verges. Afin qu'on ne s'ébahisse de le voir tant hardi après être échappé de la discipline , alors il fut effronté jusque-là , de réjiondre : Comment? omnia nomina propria, nonne sunt indeciinabilia ? C'éloil bien assez pour le casser de ses gages. Et de fait, ce rustre, voyant qu'il étoit au bout de son rôle , tâcha, par nouvelles pratiques , à s'insinuer de nouveau. Mais il fit tant, en somme, par ses belles journées, qu'il fut banni , sur peine du fouet. J'ai bien voulu réciter en bref à la vérité ce qui en est, afin qu'on sache quelle excuse il a de mentir si vilainement contre les serviteurs de Dieu.
Cependant je ne m'amuserai pas à rembarrer les mensonges dont il a farci son beau livre , qu'il intitule je ne sais comment ; car jamais je n'ai daigné le regarder. Là , à ce que j'ai entendu , il me fait manger du rôti de quelques noces qui se sont faites à une bonne journée loin de moi , où j'étois autant prié que celui qui demeure outre mer. 11 dit que j'ai entretenu une nonnain, laquelle on m'a dit que j'ai vue une fois seulement, demi-quart d'heure, en présence de plus de dix témoins , et l'ai si bien marquée, que si je la voyois, je ne la saurois non plus discerner que si jamais elle n'étoit approchée de cent lieues. Que feroit-on à un tel galant , sinon de le remettre à son chapitre , où sa leçon lui soit chantée, selon le proverbe des moines, usque ad vilulos ? Mais afin qu'il ne se vante de m'avoir fermé la bouche par son épitre, à laquelle il veut qu'on me contraigne à repondre , je lui ferai sa dépèche courte et brève.
Quant à sa préface, je ne sais si j'y dois toucher ; car en la plus grand' partie, je n'y entends que le haut allemand, comme on dit. Et je crois de fait qu'elle a été composée après avoir bu sur le marché, voire quelque coup de trop ; car le cerveau lui voltige tellement, que, sautant du coq à l'àne, il s'oublie en moins
de quatre mots. Tant y a qu'à la fin il s'avise de nous accuser , que c'est parole de blasphème nous faire reformateurs de l'Evangile. Mais d'où a-t-il appris ce jargon, vu que nous tenons et crions haut et clair , sans fin et sans cesse , que c'est la seule règle à laquelle il faut que tout le monde se réforme? Tant s'en faut que nous y trouvions à redire , comme le pape et Mahomet , qui l'ont voulu accomplir, l'un par son Alcoran, l'autre par ses canons et statuts, avec toute la friperie de ses révélations. Mais la raison de messire Antoine est notable , à savoir , que Jésus- Christ a promis d'être avec ses fidèles jusques à la fin du monde. Or, il y a bien du coq-à-l'àne. Mais encore, par quel bout coramencera-t-il pour montrer que le pape et son clergé sont les fidèles de Jésus-Christ ? car il est certain qu'ils seront désavoués d'un tel maître. Vrai est que Cathclan se modère : Sauf meilleur jugement, dit-il, et si les Évangiles sont véritables. Ivrogne! falloit-il submettre à nul jugement la vérité de l'Évangile? Mais en cela, voit-on de quelle sobriété il gazouille. Ce lui a été assez d'amener cette vieille chanson , à laquelle nous avons tant répondu , que les pierres quasi en savent parler. Je confesse que Jésus-Christ a promis d'être toujours avec les siens. 11 reste de discerner lesquels ce sont. A cela lui-même répond , que les brebis oient sa voix. Le Père aussi en a prononcé sa sentence du ciel, constituant Jésus-Christ seul maître de son Eglise, par ce mot: « C'est mon Fils bien-aimé , écoutez-le. » Si le pape et les siens, ne se contentant de la pureté de l'Evangile, ont tout corrompu par leurs mélanges , et en somme ont détourné l'Eglise de son chef et pasteur, que faut-il plus plaider d'une cause tant liquide? Mais le principal est de voir combien messire Antoine se montre vaillant quand il entre en dispute.
Il demande pourquoi je défends de faire aumône aux papistes, vu que Dieu fait luire son soleil sur les bons et sur les mauvais ; comme si jamais on m'avoit ouï tenir ce propos , et si mes livres ne testifioient le contraire. Qui plus est, le vilain sait bien que du premier coup il fut secouru à mon aveu , et possible de mon argent; et le lendemain, quand il amena sa paillarde à ma porte, combien que je les refusai on leur quête , je ne leur alléguai pas cette raison ; mais que nous ne voulions frauder les pauvres pour
tenir ici le bortleau. Au reste, s'il entend que je fasse mal de n'exhorter qu'on donne à tout venant, sans discrétion, qu'il parle à saint Paul, lequel , Galates , G, met les domestiques de la foi en premier degré ; même qu'il se prenne à toute l'Ecriture, qui nous commande d'avoir égard tant à la nécessité qu'à la vertu des personnes. Et s'il me produit le soleil , je lui réplique ce qui est dit au psaume 51, « que Dieu tient la grande multitude de ses biens cachée à ceux qui le craignent. » Et ce n'est pas raison que nous veuillons être plus sages dispensateurs que lui. Mais je vois ce qui pousse Cathclan ; car il lui fait mal de n'avoir trouvé bourse ouverte pour le nourrir en saquainmanderie. Mais qu'y ferais-je? Faut-il que pour avoir éconduit un bélilre, voire affronteur et ruffien notoire , que le soleil soit appelé du ciel en témoin?
Son second article est de la chasteté , où il se fâche que j'enseigne que c'est tenter Dieu de promettre chasteté. En quoi il s'abuse : car chasteté doit être en tous fidèles ; mais le vœu de ne se point marier est la révolte contre Dieu , que je condamne. Il ajoute que pour confermer mon dire , je fais bouclier des prêtres grecs ; en quoi il montre que jamais il ne lut rien de ce que j'en ai écrit; et ce qu'il a ouï avoir été amené par quelque autre, il le décharge sur moi à l'étourdie. Mais encore ne le fait-il pas sans finesse , quelque badaud qu'il soit; car, se voyant dénué de réponse, il a cherché d'échapper à travers des marais. Et de fait, il lui suffît d'avoir récité mon dire, sans montrer si j'enseigne bien ou mal. C'est bien combattre sans coup férir; et toutefois làdessus il a tout gagné. J'ai dit que c'est témérité à l'homme mortel dévouer continence à jamais. Pourquoi? car notre Seigneur Jésus et saint Paul déclarent que c'est un don spécial , et dont tous ne peuvent jouir. Messire Antoine laisse couler ce propos, et à l'opposite amène que , selon saint Paul , celui qui demeure vierge fait encore mieux que celui qui se marie. Voire , quand il Jui sera donné. Mais appliquant cela indifféremment à tous , c'est bien contre l'intention de l'Apôtre ; lequel , protestant de ne vouloir mettre lien sur les fidèles, commande , pour éviter paillardise, que chacun ait son parti ; exhorte chacun de bien regarder sa mesure et ce qu'il peut , voulant que chacun soit laissé en sa
liberté. Voilà le vœu de continence bien défendu par riiessire Antoine. Vrai est qu'il ajoute un mensonge nouveau contre moi, mais de si belle couleur, qu'il n'est jà besoin que je m'en lave. Il dit que je tiens en mon secret trois moines et nonnains qui se sont ici mariés , pour paillards , et en appelle en témoins mes oeuvres , mes domestiques et ceux qui me pratiquent. Quant à mes œuvres ou livres , il se coupe la gorge , confessant que là j'approuve tels mariages. Quant à mes domestiques , amis , et tous ceux qui me fréquentent , il sera franchement démenti de tous. Mais que faut-il plus, quand Dieu et ses anges, et tout le monde jusqu'aux plus méchants , réprouveront l'impudence de ce bélître? Mais quoi? sa rogne lui cuit toujours , de ce qu'on ne l'a voulu ici recevoir avec sa bonne compagne. Mais en cela , voit-on en quelle révérence nous avons la vraie chasteté, ne pouvant souffrir que le saint mariage soit profané à fausses enseignes.
Le troisième article est des vœux, où il m'accuse de ce que je ne trouve pas bon qu'on voue, sinon ce qui est permis par la sainte Écriture. Voilà ses propres mots. En cela, quel mal y auroit-il ? Car il n'est pas licite de rien faire que ce que Dieu nous permet. Or, ne doit-on promettre sinon ce qui est bon d'accomplir. Par quoi ce maraud ne m'accuse d'autre chose, sinon que je voudrois que rien ne fût attenté sans le congé de Dieu. 11 met quand et quand, pour mon fondement, que tout ce qui ne se fait en foi est péché : ce que j'accepte, combien qu'il montre bien n'avoir jamais lu une seule page de tout ce que j'ai écrit des vœux. Mais qu'en répond-il? C'est que tous serviteurs et chambrières doivent honorer leurs maîtres, les sujets obéir à leurs princes et supérieurs, les marchands garder foi et loyauté. A cela, je réplique que de tous ces devoirs il n'y en a nul qui se fasse sans foi ; et ce sont choses commandées de Dieu, et fondées même en la loi de nature. Or, en ma doctrine , je distingue les vœux de superstition, et que les hommes conçoivent follement et à la volée, d'avec ceux qui sont conformes à la volonté de Dieu et tendent à bonne fin. Notamment, je dis qu'en promettant à Dieu, on y doit procéder sans comparaison en plus de révérence que si on contractoit avec les hommes. Ce suppôt de taverne, pour tout po-
tage, dit qu'on doit garder les promesses bien faites, sinon quMl entrelace un beau propos. Que celles qui ont été mariées sans leur consentement ni aveu sont tenues à ce qui a été fait seulement par leurs parents : de quoi je laisserai juger les plus bigots de la papauté , leur laissant la charge à leur dévotion de charger sur le dos de ce galant avec bons coups de leurs chapelets. Mais afin de donner plaisir, il ajoute encore quelque sornette : Qu'en celte ville on aime plus trois écus comptant que d'en attendre huit ou dix en crainte. Je confesse qiie l'argent comptant est trop aimé par tout le monde ; mais, Dieu merci , l'Évangile n'a pas empiré en cette ville la sûreté de contracter par promesse plus qu'auparavant. Mais il faudroit être trop mal avisé pour donner crédit à tels aflronteurs que ce gueux de l'hôtière, qui n'apporloit que son front d'airain, comme un moine débauché qui seroit prêt à tenir un passage de quelque forêt. Quant à ce qu'il dit, que j'apprends à tromper, il faudroit que je susse le métier ; mais loué soit Dieu que je n'ai trompé créature du monde en ma vie. Seulement, quelque dépit qu'en ait niessire Antoine, si faut-il que j'avertisse qu'on ne se laisse tromper.
11 vient puis après à la confession auriculaire , se plaignant que je dis qu'elle n'est pas nécessaire, pource que par icelle beaucoup de secrets se révèlent, qui après sont cause de paillardises, trahisons et semblables maux. En ceci voit-on que ce rustre trousse ses quilles, voyant bien qu'il n'y a plus d'écot franc pour lui, quand il eût brouillassé encore une demi-feuille de papier; car ma doctrine porte , touchant la confession papale, non pas simplement que pour les inconvénients qui en proviennent, il soit bon de la laisser; mais, en premier lieu, que la loi qui en a été faite est diabolique, pource qu'il n'est pas en l'homme mortel d'imposer loi pour lier les âmes et les assujettir sur peine de péché mortel, item, puisque Dieu par sa parole offre à tous pécheurs grâce et pardon , se réconciliant à eux moyennant qu'avec humilité et repentance ils se connoissent tels qu'ils sont, sans ajouter nulle queue de murmurer en l'oreille d'un prêtre, je dis que c'est une audace trop énorme et un sacrilège que les créatures restreignent à leur appétit le bénéfice de Dieu, et se constituent en sa place pour ajouter une condition de laquelle il n'a ja-
mais parlé. Je dis outre plus, que cette loi est du tout impossible, que l'homme confesse une fois l'an tous ses péchés, et par conséquent qu'elle ne peut sinon abîmer les consciences en désespoir. Ayant traité et déduit ces points, j'entre aux inconvénients qu'elle a apportés au monde. Je récite que ce n'a été que depuis bien peu de temps que telle tyrannie a été introduite; car combien que la superstition régnât déjà, si est-ce que la chose était laissée en la liberté et dévotion de chacun, comme on dit. Tellement que les papistes ne se peuvent vanter en cet endroit de leur ancienneté, dont ils font si grand bouclier, vu que le canon ou décret du concile Latran, qu'ils en produisent, a élé forgé de si peu de temps. Quant à tous les fruits qu'il allègue revenir de la confession, il est si sot de ne voir pas que, sans se confesser, un pécheur gémira, aura honte de soi, sera humilié et abattu. Car nous savons combien les prophètes et apôtres ont insisté sur la repentance, lesquels toutefois n'avoient pas ce beau remède, sans lequel, selon messire Antoine, tout est perdu. Mais quoi ! il ne voit pas entre nous les attrape-deniers dont il parle, desquels il voudroit bien tenir la clef sans registres, pour mieux goûter l'utilité qu'il prise tant, parce qu'il en a flairé de loin , ou seulement léché comme les gens de son état.
Au reste, il n'a pas été question d'abolir la confesse papale entre nous pour les abus qui s'y commettent; mais pource que c'est, en sa propre substance, origine et intégrité, une corruption insupportable. Qui plus est, ce vilain, sans y penser, se coupe la gorge, se moquant de ce que nous remettons à la mort et passion de Jésus-Christ ce qu'il attribue au menu fatras que le monde s'est forgé pour satisfaction; et combien que ce blasphème soit par trop commun en la papauté, il est si bête qu'il ne le sait colorera leur façon. Tant y a, quelque semblant qu'il fasse d'être marri, si eût-U bien voulu que la confesse n'eût pas été si étroitement requise ici; car il y a été examiné plus qu'il ne vouloit, non pas pour lui faire honte, ce qui n'est possilile à un front tant endurci, mais pour le fiiire dénicher, afin de ne point abuser celte Église. Il se ravise en la fin, et amène comme en ma personne le témoignage de l'Écriture pour abattre la confession, c'est qu'il n'y a que Dieu qui pardonne les péchés. Je confesse que cette
raison viendra bien en compte, mais non pas si crijment; car en disant que la puissance que Dieu a lui seul de remettre les péchés, ôte toute autorité aux hommes d'en faire loi à leur plaisir; mais cette bête, ne sachant à quel propos les choses se disent, jette les propos rompus à la volée , et cependant n'a pas le sens de distinguer comment Dieu pardonne seul les péchés, et toutefois a donné puissance aux hommes de les pardonner, à savoir, qu'en se réservant l'autorité, il a commis le ministère aux hommes. Bref, par sa bêtise, il empire de beaucoup la cause des papistes, laquelle de soi n'est que trop mauvaise. Or, il n'est pas question entre nous si l'office de remettre les péchés est donné aux hommes, ce que nous confessons, comme le texte le porte. Mais le noeud de la matière est, comment et en quelle sorte les successeurs des apôtres remettent les péchés ; si c'est en faisant une croix sur le dos, ou en teslifiant tant en public qu'en particulier aux pauvres pécheurs qu'ils sont réconciliés à Dieu. Sur cela, qu'on regarde la pratique des apôtres et comment ils en ont usé, et la question sera tantôt solue. Si quelqu'un combattoit contre cette puissance qui a été donnée de Jésus-Christ, à bon droit il seroil condamné comme faisant la guerre à Dieu. Voilà pourquoi Dieu prit la querelle de Moïse et d'Aaron, c'est pource qu'ils n'avoient jamais rien attenté sans son congé, comme ils le protestent : « Que sommes-nous, et qu'avons-nous fait? »
Quant au sacrement du baptême , il me reprend comme si je disois qu'il ne doit chaloir si les enfants sont baptisés ou non , disant que j'instruis les pères à ne s'en soucier. S'il étoit ainsi, pourquoi aurois-je tant combattu contre les anabaptistes? Même on sait l'ordre de notre Église être tel, que si un enfant meurt sans baptême par la nonchalance des parents , ils seront appelés et corrigés de telle faute. Mais c'a été tout im à ce rustre, en brouillant le papier, moyennant qu'il se fit payer son écot à l'imprimeur. Vrai est que je dis bien , quand il plaira à Dieu de retirer de ce monde un enfant avant qu'on ait le temps de le baptiser, qu'il ne le faut pourtant tenir pour damné; et de cela j'allègue rai sons et fondements , non pas tels que cet ivrogne babille , mais que la promesse de Dieu a bien assez de vertu pour les sauver ; car même on baptise les petits enfants, d'autant que dès le ventre
de la mère ils appartiennent à Dieu, étant déjà adoptés de lui, reçus dans son Église, et étant faits participants de la promesse de salut.ïout cela est scellé par leur baptême. Mais tant y a que Dieu n'est pas tellement sujet au signe extérieur , et n'y a pas tellement attaché sa grâce, qu'il n'accomplisse bien ce qu'il a promis, suppléant au défaut du baptême. Ce badin allègue que nul ne peut entrer au royaume des cieux, s'il n'est régénéré d'eau et d'esprit, voire comme si ce mot d'eau ne pouvoit signifier autre chose. Car, de fait, il n'est pas là fait mention du baptême, non plus que de la Cène au sixième chapitre du même Évangile ; mais par similitude ce nom d'eau s'attribue au Saint-Esprit, lequel est tantôt après exprimé. Et quand il est dit en l'autre passage : « Qui croira et sera baptisé , il sera sauvé », cette bête ne considère pas qu'il n'est là parlé que de ceux qui sont parvenus déjà en âge de discrétion; et même au membre opposite il n'est pas dit : Qui ne sera point baptisé sera damné, mais, « qui sera incrédule, s Voilà comme il sait plaider sa cause. Cependant je laisse passer qu'il saute si habilement du coq à l'âne, qu'on ne sait de quel côté il se rue, disant que c'est un blasphème insup|)orlable quand je dis que Dieu régénère ses élus quand bon lui semble, selon l'élection éternelle. La raison, dit-il, c'est que Dieu seroit menteur, qui a promis de ne laisser les siens orphelins. Devinez où il en est; car si saint Matthieu et saint Paul ne sont pas demeurés orphelins après avoir été appelés à la foi de l'Évangile, ce n'est pas que tous deux n'eussent été brebis égarées, et même que saint Paul n'eût été comme un loup ravissant. Je touche ces choses en un mot, pour montrer que ce vilain est autant digne de réponse que le cri d'un àne. Encore se déborde-t-il plus avant, voulant faire accroire que je tiens et enseigne que l'homme, après être régénéré, ne peutofTenser Dieu. Or, on sait que tous mes livres sont pleins de la doctrine contraire, même que j'ai débattu cette querelle par livre exprès contre les libertins. Pour le moins , on trouvera trois cents passages en mes livres , où je réprouve cette erreur; tellement que les papistes sont convaincus que la vérité de cet article a été très-bien éclaircie par moi : et ce vilain gueux de l'hôtière, en rotant le vin qu'il a bu, cuide persuader que vessies sont nuées. Combien possible qu'il a dit
ce ([tril pensoit, ne sachant rien de ce que je dis, sinon comme un bon pilier de taverne.
Il se montre aussi subtil docteur en son dernier article, où il dit que je prétends abattre le saint sacrement de l'Eucharistie. Et en premier lieu , il m'accorde que je confesse maugré moi que Dieu n'est pas hors de ses sacrements. Je vous prie , quel langage est cela ? Puis il me reproche que d'autres fois je dis que ce n'est qu'un signe. Or, quant au second point, où gît la question, tout le contraire se voit par mes livres, qui sont pleins de celle doctrine, que jamais les signes ordonnés de Jésus-Christ ne sont sans leur vérité, substance, vertu et effet. Voilà à quelles enseignes il me fait vacillant et inconstant. 11 vient puis à la messe, et, pour la bien maintenir, allègue ce que Jésus-Christ dit à ses disciples: «Prenez, mangez; cela est mon corps », voire comme si la messe étoit approuvée par ce qui est écrit en la Cène, vu qu'il y a autant de convenance qu'entre le feu et l'eau. Nous ne sommes pas sur ce différend, messire Antoine, si Jésus-Christ communique son corps et son sang aux fidèles en la Cène qu'il a instituée ;mais s'il y doit avoir un sacrifice auquel un homme mortel oiïre à Dieu au lieu de recevoir, comme les mots le portent, et auquel un seul mange et boive ce qui doit être commun à toute l'Église; si la consécration est un charme pour faire changer le pain de nature en soufflant et murmurant dessus ; si un tel acte doit être fait pour la rédemption des âmes; si l'usage en parvient jusques aux trépassés , et une infinité de tels erreurs exécrables. Mais ce maraud n'y regarde pas si profond; et cependant, pour gagner son procès en injuriant, il dit que je ne crois pas que Jésus-Chrîst ait été fait homme; comme s'il avoit montré en quoi je suis incrédule; mais. Dieu merci, tout le monde connoîten quelle révérence j'ai l'Écriture sainte. Mais afin d'éblouir les yeux des aveugles, il demande: Qui croira maintenant à la foi de Jean Cahin, puisque j'appelle la messe une idole , combien que je confesse que Jésus-Christ est en l'Eucharistie; comme s'il y avoit grande contrariété que la vertu de Jésus-Christ est présente à ce qu'il a ordonné, et que ce qui a été inventé à l'opposite n'est que pure illusion de Satan. Qu'est-ce que l'Eucharistie? c'est un sacrement que le Fils de Dieu a établi, auquel il accom-
plit en vérité ce qu'il y promet par (igiire. Qu'est-ce que la messe ? uue friperie de blasphèmes , laquelle n'a rien de commun avec les promesses de Dieu, non plus que les enchantements de sorciers. Voilà comment ce tavernier ou marmiton de cloître a bien appris à arguer. Il y a en la fin un bon petit mot qui sert de saupiquet pour donner goût au reste ; c'est que j'ai grand tort de profaner les accoutrements de la messe, vu que les sacrificateurs et lévites eu avoient sous la loi : comme si le voile du Temple n'avoit pas été rompu, pour montrer que tout cela est passé et aboli. Il ajoute que les femmes, en ceci, me montrent bien ma leçon , lesquelles ne profanent pas aux jours ouvriers leurs habillements de fête. Si la sainteté de la messe est fondée sur les cottes , robes, manchons, collets et affiquets des femmes , je quitte le jeu. Toutefois j'ai ma réplique, que quand ce bélitre est comparu par deçà, ce n'étoit pas en tel équipage. Ainsi, il n'y avoit en lui ni en sa paillarde pour honorer la messe, vu qu'il n'y avoit nulle réserve pour les dimanches ; même que son chapeau à lambeaux n'étoit pas trop honnête pour le plus maigre jour de la semaine.
J'ai bien voulu donner ce bref avertissement à ceux qui seront capables d'en faire leur profit, et cependant faire honte à ceux qui s'arment de tels boucliers en la papauté. Si ce bélitre poursuit à babiller en son impudence, je le pourrai aisément dépriser avec d'autres bêtes qui valent encore cent fois plus que lui ; car il n'est pas à moi de faire taire tous les chiens qui aboient parmi le monde.