AVANT-PROPOS
Jfoo cher lecteur (c'est la TîeîUe formule et c'est la seule boone), je vieos t*apporter un nouvel essai dont la forme est renouvelée des Grecs tout au moins, et qui te plaira peut-être médiocrement. Le temps n*est plus où
..» A gcBomdaM une humble préface.
Va «uteur au public semblait demander gr&ce.
On s'est beaucoup corrigé de cette fausse modestie depuis que fioîleau Fa signalée au mépris des grands hommes. Aujourd'hui on procède tout k fait cavalièrement, et si Ton fait une préface, on y prouve au lecteur consterné qu'il doit lire chapeau bas, admirer et se taire.
On fait fort bien d*agir ainsi avec toi, lecteur bénévole, puisque cela réussit. Tu n*en es pas moins satisfait, parce que tu sais fort bien que Fauteur n'est pas si mauvaise tête qu'il veut bien le paraître, que c'est un genre , une mode , une manière de porter le costume de son rà!c, et qu'au fond il va te donner ce qu'il a de plus fort et te servir selon ton goût.
Or, tu as souvent fort mauvais goût, mon bon lecteur. Depuis que tu n'es plus Français, tu aimes tout ce qui est contraire h l'esprit français, h la logique française, aux vieilles habitudes de la langue et de la déduction claire et simple des faits et des caractères. Il faut, pour te plaire, qu'un auteur soit h la fois aussi dramatique que Shakspeare, aussi romantique que Byron, aussi fantastique qu'Hoffmann , aussi effrayant que Lewiset AnneRadcliffe, aussi héroïque que Calde-
ron et tout le théitre espagnol, et, s'il secontente d'imiter seulement un de ces modèles, tu trouves que c'est bien pauvre de couleur.
11 est résulté de tes appétits désordonnés que l'école du roman s'est précipitée dans un tissu d'horreurs , de meurtres , de trahisons , de surprises, de terreurs, de passions bizarres, d'événements stupéfiants ; enfin dans un mouvement à donner le vertige aux bonnes gens qui n'ont pas le pied assez sûr ni le coup d'œii assez prompt pour marcher de ce train-ii.
Voilà donc ce que l'on fait pour te plaire, et si tu as reçu quelques soufflets pour la forme , c'était une manière de fixer ton attention, afin de te combler ensuite des satisfactions auxquelles tu aspires. Ainsi, je dis que jamais public ne fut plus caressé, plus adulé, plus gâté que tu ne l'es, par le temps qui court et les œuvres qui pieuvent.
* Tu as pardonné tant d'impertinences que tu m'en passeras bien une petite ; c'est de te dire que tu détériores ton estomac à manger tant d'épices, que tu uses tes émotions et que tu épuises tes romanciers. Tu les forces à un abus de moyens et à des fatigues d'imagination après lesquelles rien ne sera plus possible, à moins qu'on n'invente une nouvelle langue et qu'on ne découvre une nouvelle race d'hommes ; tu ne permets plus au talent de se ménager, et il se prodigue. Un de ces matins, il aura tout dit et sera forcé de se répéter. Cela t'ennuiera , et , ingrat envers tes amis comme tu l'as toujours été, comme tu le seras toujours , tu oublieras les prodiges d'ima-